Bilan des intolérances alimentaires

Le bilan des intolérances alimentaires

Le tube digestif joue un rôle de « barrière perméable » : il laisse passer les nutriments (aliments digérés) permettant les apports nutritionnels journaliers indispensables à la vie. Ce phénomène met en relation permanente notre système immunitaire et les fragments alimentaires digérés. La plupart de ces fragments alimentaires traversant la barrière du tube digestif sont acceptés, « tolérés » par notre organisme et notre système immunitaire.

Les phénomènes d’intolérances alimentaires sont des réactions inappropriées dues à une rupture d’équilibre, un défaut d’adaptation de l’homéostasie. Ces mécanismes s’accompagnent quasi systématiquement d’un trouble de la perméabilité intestinale, elles correspondent à une hypersensibilité de type 3, c’est à dire retardée, dans la classification de Gell et Coombs.

Ils sont responsables de symptômes polymorphes :

  • digestifs : prurit du palais avec œdème des lèvres (syndrome oral de Lessof), aphtose, nausées et vomissements, ballonnements / flatulences, colique vésiculaire, colite aiguë, constipation / diarrhée…
  • mais aussi de manifestations extra-digestives ORL, comme une rhinite, un asthme, des sinusites, une sécheresse oculaire …
  • ou cutanéo-muqueux : dermite de contact, eczéma, psoriasis, acné, troubles de ongles et des cheveux
  • des troubles locomoteurs : crampes musculaires, fibromyalgies, des arthrites …
  • des troubles cognitifs : migraine, somnolence, hyperactivité, anxio-dépressif …
  • des pathologies dysmétaboliques : crise d’urticaire, des dérèglements thyroïdiens, voir même un choc anaphylactique …

Ces manifestations représentent environ 3 % des problèmes de santé chez l’enfant, elles sont moins fréquentes après l’âge de 15 ans. La sensibilisation peut être très précoce, à partir d’allergènes ingérés par la mère (surtout chez les familles d’atopiques).

On observe une augmentation inquiétante des « intolérances alimentaires ». Celles-ci sont induites par le dérèglement immunitaire (allergie de type 3 : retardée) et les modifications sensibles de nos habitudes alimentaires (céréales à gluten …) ainsi que par la multiplication des additifs (E300 et autres …).

Questionnaire « inflammation digestive » :

  1. Tendinites chroniques, plus particulièrement bilatérales (tennis elbow , tendinites d’achille, d’épaule, etc..)
  1. Douleurs articulaires, changeant de localisation dans la semaine
  2. Fatigue anormale persistante et/ ou une fragilité émotionnelle récente
  3. Infections ORL (sinusites) ou urinaires récidivantes (cystites)
  4. Asthme, rhinite allergique, eczéma, urticaire
  5. Acné rebelle, mycoses cutanées
  6. Allergies ou hypersensibilités alimentaires
  7. Reflux digestif, gastrite
  8. Colite rebelle
  9. Alternance constipation-diarrhées (glaires)
  10. Plus de 3 selles liquides par jour
  11. Les diarrhées après l’effort
  12. Diverticulose colique
  13. Les migraines rebelles (en dehors des règles) 
  14. Consommation d’alcool mal tolérée (fatigue, douleurs musculaires) 
  15. Prise d’antibiotiques plus de 3 fois / an
  16. Infections vaginales récidivantes
  • 2 items: inflammation mineure
  • 3 à 6 : inflammation digestive certaine
  • Plus de 6: Inflammation digestive importante.

La mesure sérique La mesure sérique des IgG spécifiques, permet d’avoir une bonne appréciation des hypersensibiltés alimentaires.

Les IgG1 et 3 (dosées dans le test INTO 20 ou 100) sont pro-inflammatoires et opsonisantes alors que les IgG4 sont protectrices.

Le dosage des IgG4 n’est utile que pour confirmer un défict en IDO ( Indol-Amine-Di-oxygénase) responsable d’une intolérance à l’Histamine ou pour vérifier l’évolution des allergies croisées ou « l’éfficacité « d’une désensibilisation. La candidose favorise ce déficit en IDO et la dégradation du tryptophane en Indican.

On commence par les 20 allergènes les plus fréquents = laits, oeuf, gluten, gluten, fruits à coque, fruits exotiques, crustacés, viandes … Si plus de 3 aliments sont en zone rouge, il est fortement conseillé d’élargir le panel, ainsi pour 60  allergènes testés = 145 euros / 120 allergènes = 235 euros / 221 allergènes = 280 euros.

Au delà de 3 allergènes fortement positifs (le plus souvent: lait, gluten et oeuf), il est inutile de faire de bilan d’hypersensibilté plus large. En effet, c’est le signe d’une perméabilité forte qui ne pourra se corriger que par l’exclusion des aliments, la correction de la dysbiose et de l’inflammation puis l’apport de glutamine et ce sur 2 ans minimum !

Intolérances

NB.

  1. L’hypersensibilté à la « levure de boulanger » est fréquente et majore l’état inflammatoire chronique. Pour certains, elle doit faire suspecter une candidose digestive chronique, à vérifier par le dosage des IgG anti-candida, ou une sensibilité à l’histamine.
  2. L’hypersensibilté au « mélange de miels » est également fréquente, elle doit faire suspecter une sensibilité aux pollens.
  3. L’hypersensibilté à la vanille doit faire suspecter une intolérance au chocolat (car elle rentre dans la formulation de presque tous les mélanges)

Cet état inflammatoire chronique mérite d’être quantifié avec le protidogramme, la ferritine est souvent élevée, ainsi que le dosage du Zinc particulièrement bas dans les hyperperméabilités intestinales. 

Nous avons ainsi l’habitude des services des « Laboratoires Réunis » au Luxembourg

Autres laboratoires pratiquant ces tests en Suisse : IMMU-PRO, bilans à 22, 90, 180 ou 270 tests d’aliments et d’additifs alimentaires (laboratoire Salamin à Sierre (Valais)

En fonction de la symptomatologie clinique, il peut y avoir l’indication d’un dosage d’anticorps anti-gliadine et anti-transglutaminase (IgA et IgG). Du sérum est conservé à cet effet.

Intolérances

 

NB. Toujours plus de personnes se disent intolérantes ou allergiques au gluten. Les régimes et aliments « gluten free » font fureur. Pourtant, seul 2% de la population est réellement allergique à cette protéine. Ils souffrent de cœliaquie, une maladie auto-immune. Leur intestin ne digère pas la protéine. Dans leur cas, le seul traitement est l’éviction complète du gluten.

En dehors de ces 2%, certains souffrent de sensibilité non coeliaque au gluten. Pour eux, le diagnostic ne révèle rien. Ils ressentent en revanche des effets bénéfiques après l’exclusion de gluten de leur alimentation. Comment l’expliquer alors que l’homme mange des céréales depuis plus de 10’000 ans? Certains pointent du doigt l’industrie agroalimentaire. Pour réduire les coûts de production et améliorer la texture du pain ou encore des pâtisseries, les industriels ont réclamé des farines avec des teneurs en gluten plus élevées et composées de molécules plus grosses. Ce sont ces molécules que certains peinent à digérer. Mais elles ne seraient pas seules en cause. Certains hydrates de carbones ont aussi subi des modifications. Or, ces fructanes – appelées FODMAPs – pourraient aussi provoquer une hypersensibilité dans une partie de la population. Après la chasse au gluten, la chasse aux hydrates de carbone ?

   … Réactions croisées !

 

La mise en évidence d’une intolérance alimentaire implique une attitude simple, en trois ou quatre temps :

  1. l’éviction totale 3 à 12 mois (bien lire les étiquettes des plats préparés), pour les aliments à sensibilité forte
  2. la rotation, c’est à dire de ne plus manger les mêmes aliments avant 5 jours (tenir un carnet alimentaire), ce qui permet d’éliminer les sensibilités secondaires, non testées
  3. le test de provocation (que personnellement nous évitons) pour vérifier l’activité clinique, après une phase d’éviction (au moins deux mois), on peut demander au patient de manger largement d’un seul aliment réactogène, puis on observera les symptômes et la prise de poids dans les 3 à 6 jours qui suivent.
  4. la réintroduction, un seul aliment à la fois, en micro-doses progressives (prend 4 à 6 semaines par aliment) au bout de 6 mois à un an.

 

NB. ne pas confondre les intolérances alimentaires avec :

  1. les déficits enzymatiques génétiques, qui touchent surtout lactose et fructose.
  2. les aliments histamino-libérateurs (réactions iGE médiés) qui provoquent des réactions rapides après l’ingestion (de 1 à 3 heures), contrairement aux intolérances qui ne se déclarent que après 1 à 3 jours :
Fromages fermentés : emmental, parmesan, roquefort, gouda, camembert, cheddar
Charcuterie : saucisson sec, jambon, foie de porc et toute la charcuterie emballée
Blanc d’oeuf
Poissons (quantité variable selon la fraîcheur), coquillages, crustacés : thon, sardine, saumon, anchois, hareng, conserves de poisson (thon, anchois, maquereau, oeufs de poisson), poissons séchés, poissons fumés
Légumes : tomate, épinards, petit pois, choucroute, lentilles, haricots, fèves
Fruits : frais, jus, confitures, glaces et sorbets
Banane, fraises, agrumes (orange, pamplemousse, citron, mandarine, clémentine)
Ananas, papaye, mangue
Noix, noisette, cacahuète
Chocolat et cacao : barre, poudre, bonbons, pâtisserie, glace, crème, boisson, poudres pour petit-déjeuner cacaotées, céréales pour petit-déjeuner au chocolat, café
Alcool : bière, vins rouges, cidre, liqueurs

 

Bibliographie :

RUEFF Dominique : « L’immuno-nutrition » (F.X. De Guibert, 2007)

DUCARRE Marc : « Kilos en trop et si c’était une intolérance alimentaire ? » (Marabout, 2015)

Téléchargez la brochure : Brochure intolérances alimentaires

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.