Brésil

   Situation des médecines douces au Brésil :

Notre ami, Jean-Marc DURIAUX, naturopathe et homéopathe suisse, est parti s’installer au Brésil il y a quelques années, pour les beaux yeux d’une brune locale – diront certains. Il nous livre son vécu des médecines naturelles dans le « melting pot » de races et de cultures qu’est le Brésil moderne.

Le Brésil possède une médecine populaire traditionnelle encore très vivante de nos jours. Cette médecine par les plantes est pratiquée par des « curendeiros », guérisseurs ou chamans, d´origine indienne pour la plupart, présents sur tout le territoire. Le guérisseur prépare sur l´heure, en présence de son patient, la fameuse « garafadas », faite avec des plantes sèches, feuilles, graines, écorces, racines etc…, qu´il triture dans son mortier de bois, avant d´introduire le mélange dans une bouteille d´un litre, remplie d´alcool de canne à sucre. Magie ?, pouvoir curatif des plantes utilisées traditionnellement par les indiens, cette pratique plait aux brésiliens par son mysticisme et … son prix très abordable. Considérez aussi l´immensité du pays et la situation socio-économique précaire et instable dans laquelle vivent toujours environ 80 % de la population brésilienne. Situation qui, jusqu´à nos jours, contraint ses habitants à utiliser autant que possible les ressources locales, pour les affections ordinaires les plus variées.

Nous avons aussi une ancienne tradition homéopathique au Brésil (cf. Benoit MURE), au nom de laquelle nous ne manquerons pas l´occasion de remercier la France qui nous a envoyé F. Benois, à qui nous devons l´introduction de l´homéopathie dans le courant 19 e siècle. Elle fut dès le début enseignée à la population et principalement à des thérapeutes non médecins qui ont su, de toute évidence, en faire bon usage. En effet, l´histoire de l´homéopathie au Brésil, n´a pas échappé au sort réservé à toutes découvertes qui dérangent l´ordre dominant. Après avoir été copieusement critiquée et attaquée pendant plusieures générations, elle fut reconnue en 1982 et « élevée » au rang de spécialité médicale par le conseil fédéral de médecine.

Les médecines douces, modèles civilisés telles que nous les connaissons en Europe, sont considérées comme un luxe accessible aux personnes sensibilisées, intéressées, faisant partie des 20 % aisés de la population. Seules deux régions au Brésil, en raison de leur développement socio économique, sont propices au développement de ces médecines douces soit :

1. La ville de São Paulo et ses environs immédiats avec ses 20 millions d´habitants, véritable mégapole, centre financier et économique de toute l´Amérique du Sud.

2. Le sud du pays, dont les habitants sont constitués majoritairement par les imigrants européens, d´origine italienne, allemande et polonaise.

En dehors de ces deux régions, les obstacles au développement des médecines douces sont nombreux, et sa pratique peut même s´avérer dangereuse pour le praticien, lorsque nous nous éloignons de la ville de São Paulo. J´ai moi-même vécu une expérience au début de ma pratique au Brésil, qui m´a permis de mieux comprendre, à mes dépens, la raison du faible développement des médecines douces dans ces régions. Le comportement de « l´élite », hérité et inspiré des anciens colonels dictateurs et marchands d´esclaves en est la cause. Les représentants de cette élite sont de véritables prédateurs du peuple, décidant de l´avenir d´une ville, de toute une région, en fonction de leurs propres intérêts. Ici tout s´achète, même la « justice ». Les amis peuvent « tout », les lois sont pour eux, les rigueurs de la loi pour leurs ennemis.

Voici ma petite histoire : arrivé en août 2000 au Brésil, dont je ne connaissais pratiquement que le 5% de ses 8000 kilomètres de plages merveilleuses, mon principal problème était alors de choisir une région pour y vivre et travailler. Je dis alors à mon épouse : « Mis à part São Paulo, emmène-moi où tu veux, ton choix sera le mien » ! Son choix dirigea nos pas sur la ville de Araçatuba, de 170.000 habitants, située à 600 km à l´intérieur de l´état de São Paulo. Ma petite étude de marché m´a rapidement renseigné sur le potentiel économique de la région : la ville et de sa région totalisent 600.000 habitants. Activité principale : élevage bovin et agriculture, un peu d´industrie. Seul 20 % de la population est économiquement active, soit 120.000 personnes. Deux médecins allopathes prescrivent un peu d´homéopathie (peu de concurrence). Deux pharmacies homéopathiques ont en stock le 50 % des remèdes que j´utilise couramment… Résultat ? Ce fut l´échec complet avec sept consultations en 6 mois !

Je ne connaissais vraiment pas le Brésil, la mentalité très provinciale des habitants de ces petites villes de l´intérieur, son ignorance. Je fus plutôt surpris lorsque j´ai découvert que la plupart des gens ne connaissent même pas le mot « homéopathie ». Contraint de mettre un peu d´eau dans mon vin, dès cette époque je me rendis 3 jours par mois à São Paulo, développant une petite clientèle, afin d´assurer les besoins de base de ma nouvelle famille.

N´étant pas de ceux qui se laissent décourager par le premier échec, nous déménageons dans la ville de Marília, 200 km de Araçatuba, 500 km de São Paulo où m´attendaient onze homéopathes, une dizaine de pharmacies, presque tous les remèdes de ma liste « Synergie »… avec un potentiel de 150.000 habitants économiquement actifs, deux universités dont une de médecine. Il ne m´en fallait pas plus pour maintenir mon moral au beau fixe ! A la recherche d´un cabinet, mon choix se porta sur une magnifique maison qui venait d´être entièrement restaurée, située à un endroit stratégique de la ville, dans laquelle je louais deux salles.

Une connaissance plutôt bien intentionnée facilita mon premier contact avec un journal local afin de me donner un « coup de pouce » pour commencer. Mon article fut divulgué dans la presse du dit journal. A la suite de quoi je reçus la visite d´un journaliste du quotidien concurrent, suivit d´un troisième… Les trois parutions en première page avec photo, toutes entièrement gratuites ! Ce fut simplement merveilleux, je dirais même divin, le téléphone n´arrêtait pas de sonner. La manière dont mon agenda se colorait était digne des meilleurs moments de ma carrière. J´acceptais encore l´invitation de la chaine de télévision locale pour un interwew d´une demi-heure à 19h30, suivi d´un autre la semaine suivante, de 15 minutes.

C´est alors que je perçus, peut-être pour la première fois de ma vie, ce silence particulier, celui qui annonce la tempête. Quelques patients bizarres se présentèrent alors en consultation. Ils venaient de toute évidence pour autre chose. Je me doutais que ces gens étaient venus en espions. Un beau matin se présenta un homme pour un RGO (dont il devait d´ailleurs être réellement porteur). Il était grassouillet, de taille moyenne, apparemment de mauvaise humeur, mal rasé, les doigts jaunis par la nicotine… Sans le laisser paraitre, tous mes sens en éveil face à cet homme qui, j´en étais sûr, ne me voulait pas du bien. Alors que je tentais de me débarasser rapidement de cet individu en lui conseillant verbalement un peu d´argile blanche, trois hommes entrèrent dans mon cabinet exhibant leur carte de policier et un mandat d´arrêt. Vous imaginez ma surprise quand j´appris qu´ils venaient m´arrêter pour vol et détention de stupéfiants, sur la base d´une dénonce anonyme. J´ai été contraint de payer pour ne pas être jetté en prison et fut expulsé le jour suivant, avec un délai de huit jours pour quitter le pays. J´occupais pour la quatrième fois la première page de tous les journaux ! Déambulant (sans lunette noire) dans les rues, la population de Marília me reconnaissait, m´accordant spontanemment leurs appuis et encouragements.

J´appris bien plus tard que « l´élite » de Marília, tous francs maçons, ne laisse pas n´importe qui s´installer et se servir d´une part du gâteau (réservé aux médecins) sans son aval. Mon cabinet fermé, je n´eu ensuite aucune difficulté pour me libérer des accusations portées contre moi, récupérer mon équipement et faire avorter la tentative d´expulsion.

Revenons au développement des médecines douces au Brésil, avec leur coût, raison de son extrème élitisation. Le prix de la consultation à São Paulo se situe entre 120,00 et 300,00 Reais (de 60,00 à 150,00 CHF). Celà correspond au salaire minimum au Brésil, que tout le monde ne gagne pas… Quelques rares compagnies d´assurances remboursent la consultation en homéopathie, à l´exclusion des médicaments. Il n´existe pas de remboursement pour la naturopathie. La perception de nos méthodes par les patients est que « le naturel c´est mieux, mais c´est plus long, parfois beaucoup plus long »… Mais quand les soins médicaux conventionnels ne donnent pas les résultats escontés, on tente sa chance.

L´enseignement de l´homéopathie au Brésil est insuffisant, il n´a presque pas évolué depuis un siècle. D´où le manque de réponses efficaces et adaptées aux situations cliniques rencontrées actuellement dans nos cabinets. Certains homéopathes considèrent d´ailleurs qu´un praticien expérimenté peut atteindre un taux de 5% de guérisons ?!

Le patient brésilien veut tout, tout de suite. Habitué à une grande instabilité socio-économique, la population ne vit que sur court therme. Comme la prévention est basée sur le moyen et surtout le long terme … La clientèle est donc très irrégulière, seule une minorité accepte de suivre le traitement mis en place. De plus il est inutile de tenter d´expliquer des concepts abstraits à mes patients brésiliens qui pour la plupart ne sont pas des intellectuels. Notons au passage que 40 % de la population brésilienne est « analphabète fonctionnelle », c’est-à-dire que ce sont des gens qui savent lire et écrire, mais qui sont incapables de comprendre ce qu´ils lisent !

La presque totalité de mes patients ont des maladies chroniques relativement anciennes, ils ont épuisé tout ce que le système de santé conventionnel pouvait offrir. Beaucoup de patients ne savent pas vraiment ce qu´ils ont. Les médecins n´informent qu´un minimum leurs patients sur la nature de leur maladie. Celui qui dit des choses désagréables est un rabajoie … Eh oui, ce sont de grands enfants ! Si nous comparons le Brésil à nos modèles européens, immédiatement vient à nos esprits quelques peu perfectionnistes, que tout est à refaire. C´est sans doute une des raisons pour laquelle le Brésil est considéré « pays de l´avenir », où tout est difficile, mais où tout reste possible.

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.