Douleurs chroniques et réflexologie

Douleurs chroniques et réflexologie (Isabelle Moinon et J.Yves Henry)

Il est clair qu’un épisode aigu de souffrance organique bénéficiera d’un traitement spécifique et aura la plupart du temps une fin heureuse. Cet article traite plus particulièrement les douleurs résistantes, sans cause apparente … cervico-brachialgies invalidantes, lombalgies tenaces, sciatiques résistantes et épisodes viscéraux répétés, sans que rien ne soulage vraiment durablement.

Ces patients hantent nos cabinets, déçus de l’approche uniquement pharmacologique proposée par les spécialistes ou le « centre anti-douleur ». Ils ont raison, car nous avons un rôle à jouer, souvent décisif !

Pour obtenir le brillant résultat espéré, il faut avoir à l’esprit le circuit de la douleur, tel que les neurophysiologistes le décrivent :

1/ un événement nocicepteur, encore appelé « champ perturbateur », c’est à dire déclenchant un signal d’alerte, qui peut être :

a – d’origine organique : traumatique (cicatrice – même ancienne et indolore), infectieux (ex.: foyer dentaire) ou dégénératif (ex. : arthrose)

b – d’origine psychologique : conflit intrapsychique non résolu (pulsions/interdits)

 

2/ une fragilité des mécanismes de régulation endocriniens. Le niveau des stéroïdes baissant (épuisement lié au stress permanent ou à des thérapies hormonales intempestives), on observe une sécheresse cutanéo-muqueuse nette et des phénomènes d’acidose localisées : fatigue, irritabilité, fissures et ulcérations.

 

3/ un retour inflammatoire (activation des interleukines et du système immunitaire) et douloureux, parfois à distance du nocicepteur ?!

alt

 

Pour obtenir un résultat probant et durable, nous devrons tenir compte de l’histoire du patient : le « depuis que », avec ses événements concomitants qui vont nous guider dans notre démarche diagnostique et thérapeutique, car nous devons agir aux trois niveaux de la dysfonction :

A – recherche des « nocicepteurs périphériques » = dans 50% des cas, une lésion bucco-dentaire est en cause : carie, poche parodontale, granulome, dent mobile, trouble de l’occlusion … appareil mal ajusté (le foyer n’étant d’ailleurs – la plupart du temps – pas ressenti comme une gène réelle). Dans les autres cas, on trouve des foyers gynécologiques (cicatrice d’épisiotomie, salpingite …) et des cicatrices plus ou moins profondes, dont le traitement local à la crème anesthésique ou au laser rouge s’avèrera nécessaire.

En réflexologie plantaire, la palpation des zones réflexes de chaque dent nous donnera l’information, s’il existe une perturbation ou un déséquilibre. Pour le profil psychologique de la dent, les travaux du Dr. Roths nous aiguilleront avec une approche d’énergétique dentaire.

Dans le cas d’une cicatrice toxique, la planche de Mme Hanne Marquardt et Madeleine Turgeon pourra nous orienter pour une première observation. Nous pourrons surtout traiter la zone réflexe de la partie du corps où se trouve la cicatrice. Le thérapeute ne doit pas oublier que la personne peut revivre le traumatisme de la cicatrice, et ne doit pas négliger cet aspect.

B – recherche des « lésions ostéopathiques » = le long du dos se trouve les points SHU de commande organiques (cf. MTC), qui correspondent d’ailleurs aux ganglions sympathiques para-vertébraux. Il conviendra de corriger les niveaux en dysfonction (souvent assez nette dans le cas d’une dysrégulation endocrine), par voie réflexe ou par une action métamérique directe (ostéopathique si nécessaire)

Les points SHU en zones réflexes plantaires sont souvent source de tensions. La stimulation des 2 côtés de la zone réflexe de la colonne vertébrale (aller-retour cervicales-coccyx) permettra de déterminer la localisation et la profondeur du blocage.

C – agir sur les « boucles mémorielles » = au niveau du tronc cérébral, les informations se recoupent et on peut y observer une amplification de signaux minimes et/ou une permanence d’informations algiques dont la cause s’est estompée. Ces troubles seront préférentiellement testés et traité par l’oreille.

En auriculothérapie, les points 27 et 28 Nogier par exemple sont des points de référence. Avec l’aide d’un palpeur à pression, nous pouvons détecter si ces points sont à traiter. En digitopression, l’harmonisation de ces points auriculaires donnera une autre dimension au traitement: c’est également une méthode plus douce que la pose d’aiguilles.

La réflexologie crânio-sacrée, développée par la Dresse Faure-Alderson est également un outil précieux pour travailler sur des chocs émotionnels récents ou anciens.

Cas clinique : Mr. F est un père de famille de 50 ans qui souffre depuis 6 semaines d’une sciatique paralysante. Sa seule position à peu près supportable est le décubitus dorsal : il trône sur le canapé du salon, regardant la télé d’un œil désabusé. Il vient de sortir de l’hôpital où on lui a infiltré les articulations sacro-iliaques, sans grand succès. Un rapide examen révèle que ses deux canines du bas sont mobiles – bien peu douloureuses. A ma demande, son passage chez le dentiste pour une double extraction fait céder en quelques minutes la douleur et la paralysie, au point qu’il peut rentrer chez lui à pied ! Ce phénomène de « guérison minute » est bien étudié par la « neuralthérapie » (voir cours de FMC sur ce site) dont il convient d’adapter les principes à notre pratique de réflexologue.

Dans ce cas, la mise en évidence et le simple traitement du nocicepteur a suffit à apporter une guérison rapide complète et permanente. Il n’y a donc pas de limite à notre pratique, simplement une approche méticuleuse du cas – l’interrogatoire et les tests de souffrance d’organe sont essentiels – et la stratégie multiniveaux de traitement, qui renforcera le résultat, est également importante.
Dans tous les cas, les techniques réflexes resteront un moyen naturel de traitement, et n’iront pas à l’encontre des traitements médicaux.

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.