Gériatrie – principes

alt   Gériatrie

« Il faut ajouter de la vie à ses années plutôt que des années à sa vie » (J. Ségala)

 

Le point de vue du psycho-sociologue :

Le vieillissement commence dès le milieu de la vie, lorsque le temps qui reste à vivre devient plus court que celui qui a été vécu. Le sujet est alors dans un processus de décroissance au cours duquel il est soumis à un mouvement pulsionnel inverse de celui qu’il a rencontré au cours de l’adolescence. L’arrivée inéluctable de la mort dans la scène mentale provoque une crise. Au cours de la jeunesse et de la vie adulte, nous pouvons espérer que nous finirons bien par obtenir ce que nous désirons. Désormais, ce qui n’a pas été vécu perd régulièrement ses chances de l’être encore : si le désir n’a pas d’âge, les moyens de sa réalisation en ont un !

Le sujet de la soixantaine note que sa mémoire est moins brillante qu’avant, le vocabulaire est moins facile à trouver, la créativité et les associations de mots s’appauvrissent insidieusement. Le sujet masque la baisse de vitalité mentale par la réutilisation de son capital de connaissances, voire par la répétition. La meilleure façon de conserver une certaine jeunesse mentale est d’entretenir sa capacité à forger des représentations nouvelles, notamment des représentations de soi (remise en question personnelle ?).

Le fantasme d’éternité consiste à se comporter comme si la mort était évitable, voire n’existait pas (Medorrhinum). Dans la mythologie occidentale récente, Faust incarne un désir de renaître plus intense que la sagesse de la connaissance. Pour le sujet vieillissant, l’arrivée de l’irréversible sur la scène mentale induit un sentiment de déclin. L’homme redevient ce qu’il n’a en réalité jamais cessé d’être : un sujet temporaire, invité à trouver dans la passivité le plaisir qu’il perd en activité.

Une des conditions de la réussite du vieillissement psychique passe d’abord par la capacité à investir le féminin que chacun porte en soi, comme source de satisfaction. La seconde condition passe par le sentiment d’être utile : la transmission des connaissances d’une génération à l’autre est aussi une forme de vie affective et mentale. Le vieillissement réussi consiste à abandonner des prétentions antérieures pour en investir de nouvelles, à la mesure des capacités restantes.

D’autant que le corps ne suit plus et ramène sans cesse l’esprit au douloureux constat d’une autonomisation progressivement réduite, source de troubles narcissiques qui s’enkysteront. L’abaissement du seuil émotif accroît le sentiment de vulnérabilité du sujet vieillissant. Pour lutter contre le sentiment douloureux de déchéance, l’aptitude à forger de soi une image digne, comptant à ses propres yeux comme aux yeux des autres, est généralement la solution la plus efficace.

Vouloir aider et soigner les personnes âgées nécessite de connaître la gravité et la multiplicité des maladies somatiques, de tenir compte de l’extrême fréquence des troubles psychiques, de se préoccuper des conditions de vie sociale des « vieux », du rôle que leur réserve la société et les institutions dans lesquels ils peuvent être appelés à vivre. L’espérance de vie en Europe est à présent de 77 ans en moyenne (73 pour les hommes / 81 pour les femmes). En 2020 les plus de 60 ans représenteront 25% de la population (deux cotisants pour un retraité !).

Ce processus de vieillissement passe par trois phases, l’âge biologique et chronologique ne coïncidant pas toujours (rôle des facteurs innés et acquis). En pratique, c’est le critère d’utilité sociale qui dicte les étapes de l’avance d’âge :

1 – Les « jeunes retraités » (de 60 à 75 ans) qui représentent actuellement les ¾ des personnes âgées. C’est la « vieillesse active » avec seulement 30% d’isolés. Le déclin des fonctions mnésiques est un symptôme précoce de vieillissement. A cet âge, 94% vivent à leur domicile et 75% suivent un traitement médical continu. C’est le moment ou l’on observe les pathologies cardio-vasculaires, les maladies digestives et certains cancers.

 

2 – Le « 3ème âge » (de 75 a 85 ans) où le sujet fait l’expérience de la maladie avec invalidité (handicaps), de la solitude (deux fois plus de veuves que de veufs).

  • Le rôle de l’aide ménagère et des soins à domicile est alors important,
  • Certains optent pour des « foyers-logements » ou des maisons de retraite, pour cause de solitude en milieu rural ou d’insécurité en ville.
  • L’hospice (personnes âgées malades) est directement rattaché aux hôpitaux. Le patient y arrive souvent après une hospitalisation (maladie ou chute). II existe des maisons spécialisées pour les démences (longs séjours).

 

3 – Le « 4ème âge » (à partir de 85 ans) ou l’on observe un homme pour trois femmes. 1/4 d’entre eux vivent chez leurs enfants, les autres sont en domicile privé (avec aide ménagère ou tierce personne, selon la « grille nationale de dépendance ») ou dans les institutions (vues plus haut). A cet âge, un vieillard sur trois seulement peut encore marcher plus d’un kilomètre. La télévision par ses aspects reposant et distrayant occupe alors une partie importante de leur temps. Les chutes et les accidents domestiques sont un facteur important de mortalité à cet âge, elles sont favorisées par les atteintes rhumatismales et neurologiques.

 

alt   Évaluation du problème rencontré :

Le praticien doit faire la part entre l’état objectif actuel (majoré de plaintes, de souffrances, d’appels à l’aide) et l’existant antérieur. L’appareil psychique évolue beaucoup plus par crises successives que de façon linéaire. Le soutien psychologique est importante à ce stade, permettant la mise en ordre des pensées du sujet, ainsi que l’évaluation de ses ressources. Deux questions doivent préoccuper le praticien :

  • « Pourquoi ? » … comprendre la fonction pour accepter la situation,
  • « Quel est l’enjeu ? » … renvoie à la structure de la personnalité.

C’est dans la façon de gérer le présent que des différences importantes se font jour entre les individus : selon leur aptitude à transformer le présent en plaisir (aussi bien direct que sublimé) les sujets âgés trouvent dans la vieillesse les dernières chances offertes par la vie. Pour se faire, il faut que le sujet :

A – conserve assez de plaisir a vivre … ce qui implique l’estime de soi (narcissique) difficile à maintenir, quand on a perdu à ses propres yeux une partie de ses qualités, de son attrait. Le grand âge correspond toujours en une perte d’objet d’amour. Face aux réajustements imposés par le vieillissement, le sujet adoptera diverses positions :

* 1 – la rigidité = conformisme, surinvestissement du connu (obsessionnalité) comme rempart contre l’inconnu, l’irruption de l’inattendu (Medorrhinum, Carcinosinum). Les nouvelles idées ne sont adoptées que dans la mesure où elles renforcent les anciennes (Kalium carbonicum).

* 2 – la dénégation = décalage entre le fait perçu et la réalité : le Moi oublie ce qui le dérange (sujet à base tuberculinique ou luétique). Le déni est une défense contre la réalité extérieure, il est psychotique par essence (refus de reconnaître une perception), le clivage entre le bon et le mauvais se rigidifie (Anacardium (am), Aurum), le cloisonnement mental se renforce et peut conduire à l’ignorance d’une partie de soi. Actes manqués et dénis sont tour à tour opposés à l’interlocuteur : « J’ai été prise par une vieillesse inattendue « .

* 3 – la régression = ne pouvant se garantir contre des dangers extérieurs, le sujet cherche des satisfactions pour l’aider à vivre. Des pulsions partielles s’expriment alors : sensibilité à la flatterie de certains vieux messieurs (Lycopodium), retour d’un intérêt soutenu pour l’argent (Arsenicum), les plaisirs de la table (Antimonium crudum, Calcarea carb.), l’utilisation de troubles somatiques (ex.: hypochondrie intestinale) pour éviter un conflit non résolu (Argentum nitricum).

* 4 – l’adaptation = un certain redéploiement des moyens psychiques reste possible. L’aptitude à se réjouir des qualités des autres nourrit la chaleur des relations. Les identifications sont remises en jeu et ébranlent l’organisation de la personnalité, certains ont parlé à ce sujet de « seconde crise de l’adolescence « . On voit alors réapparaître des quêtes artistiques (peinture, littérature, musique …) ou identitaire (ésotérisme) qui avait été abandonnées à l’orée de la vie adulte (Phosphorus). C’est aussi un moment d’adaptation durant lequel on peut observer des moments d’oppositions, d’angoisses et de dépression (de qualité presque juvénile !).

B – trouve les moyens d’une lutte contre la souffrance. C’est à ce niveau qu’une approche thérapeutique cohérente va « faire la différence ». De multiples études retiennent d’ailleurs le mauvais état de santé comme un des facteurs péjoratifs majeurs de l’évolution d’une dépression chez le sujet âgé.

Jeune

NB. Se sentir utile a un formidable effet antidépresseur : selon une étude publiée par l’American Journal of Cardiology, les patients victimes d’un infarctus qui possèdent un animal de compagnie ont six fois moins de risque de mourir dans l’année suivant l’opération. Une enquête de l’université d’Harvard démontre que le simple fait de s’occuper d’une plante réduit de moitié la mortalité des pensionnaires des maisons de retraite !

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.