Grippe aviaire

      La grippe aviaire

II y a plus de virus sur Terre que n’importe quelle autre forme de vie. On a ainsi découvert :

  • — des macrovirus, observables au microscope optique,
  • — les bactériophages qui régulent l’ensemble des souches microbiennes et qui ont été largement utilisés en URSS, comme traitement anti-infectieux de base,
  • — des virus aux effets anti-tumoraux, que l’on essaye à présent de modifier génétiquement !

L’actuelle « grippe aviaire » est une épizootie (le réservoir de virus est chinois = infection chronique du canard). Rappelons que l’on identifie les virus grippaux (à ARN segmenté, Myxovirus influenzae) par :

  1. leurs types: A (pandémies), B (épidémies hivernales), C (faiblement contagieuse)
  2. leurs déterminants: H (16 hémagglutinines, qui servent à faire pénétrer le virus dans la cellule cible) et N (9 neuraminidases, qui permettent au virus de se détacher après réplication intra cellulaire).

Rappel des épidémies aviaires (identifiées) :

  1. 1878, en Italie, première « grippe du poulet » en Europe
  2. 1917, A(H1N1), la « grippe espagnole », mutation d’un virus aviaire : 500 millions de personnes contaminées à travers le monde et environ 20 millions de morts. Ce virus a été séquencé récemment (Tabenberger et coll. dans « Nature », octobre 2005)
  3. 1957, A(H2N2), la « grippe asiatique » due à une hybridation virale, c’est-à-dire à un réarrangement de virus déjà existants, 4 millions de morts.
  4. 1968, A(H3N2), la « grippe de Hong-Kong » (virus issu d’une hybridation), 2 millions de morts.
  5. 2003, A(H7N7), virus aviaire hollandais (86 personnes infectées, un décès). Les autorités abattent 25 millions de volatiles et vaccinent avec le vaccin H7N1, ce qui jugule l’épidémie, car se sont en effet les déjections des oiseaux, l’eau ou les objets souillés qui – inhalés – sont contaminants. Or, les animaux survivants continuent à disperser le virus pendant une semaine !
  6. 2005 et 2006, grippe saisonnière, due principalement au virus de formule H3N2.

Le virus H5N1 apparait dans le sud de la Chine en 1996, affectant surtout les canards et les oies, puis à Hong-Kong en 1997 (18 humains infectés, 6 décès). Les autorités abattent 1,5 millions de volatiles, ce qui maitrise l’épidémie. Il n’existe pas de cas de transmission par voie digestive.

Le tableau clinique des personnes infectées est celui de la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires :

  1. Forte fièvre (40°) et pneumopathie
  2. Puis détresse respiratoire aiguë (cyanose sur œdème pulmonaire),
  3. Ou, en cas d’absence de signe respiratoire, de la diarrhée et une encéphalite,
  4. Enfin de défaillance organique et de CIVD… 50% des patients ! 

Où est passé la maladie, qui a légèrement muté en 2003, puis a suivi les migrations d’oiseaux ? :

  1. Décembre 2003 … Corée du sud, Indonésie (14 décès)
  2. Janvier 2004 … Cambodge (4 décès), Chine (7 décès), Hong-Kong, Japon, Thaïlande (14 décès), Vietnam (42 décès), quelques cas de contamination de félins ont été observés (2 tigres et 2 léopards dans un zoo)
  3. Juillet 2005 … Kazakhstan, Mongolie, Russie, Sibérie (41 décès)
  4. Octobre 2005 … Croatie, Roumanie, Turquie (4 décès), Ukraine
  5. Janvier 2006 … Chypre, Irak (1 décès),
  6. Des 2006 … puis Europe de l’ouest et Afrique

Le risque actuel est minime, car la contagiosité est faible … Le risque potentiel en cas d’hybridation ou de mutation est au contraire énorme : on serait en présence d’un virus pandémique qui affecterait 15 à 35% de la population, avec un taux de décès de l’ordre de 10 à 50%, soit (chiffres officiels) pour le Suisse = 1 à 2 millions de malades et 10 000 à 20 000 morts !

Le cheminement habituel à travers la barrière des espèces est le suivant :

Oiseaux -> Félins -> Porc -> Homme

Notons que dans le même temps, la « grippe du cheval » aux USA vient d’infecter les chiens !

On nous propose donc :

– De vacciner les volailles, en dédommageant les paysans des pays touchés, afin d’éliminer les oiseaux infectants (1,9 milliards de dollars ont ainsi été débloqués lors de la conférence de Pékin en février 2006).

– De limiter la contagion par le port de masques (idem SRAS … efficacité = quelques heures par masque), des gants plastiques, des lunettes de protection et des solutions désinfectantes. La mobilisation de tout le personnel de santé et la limitation des déplacements est prévue. Le dépistage à l’arrivée dans les aéroports sera obligatoire, avec mise en quarantaine de tous les passagers d’un même vol si nécessaire !

– De traiter dès les premiers symptômes … Or les australiens qui ont réalisé une méta-analyse de 52 études randomisées concluent à l’inefficacité des antiviraux (Amantadine, Rimantadine, Relenza et Tamiflu) contre le virus de la grippe (The Lancet, 19 janvier 2006). Ce qui n’a pas empêché les gouvernements européens de constituer des stocks de millions de doses (pour le plus grand bonheur des laboratoires).

– De stocker des vaccins, or :

  1. la culture sur œuf embryonné reste problématique (il faut une année pour produire un vaccin en quantité),
  2. les virus aviaires sont peu immunogènes sur l’homme, le problème de l’effet des adjuvants existe (alumine et squalènes),
  3. le glissement antigénique est la règle, même lorsqu’on a identifié un variant pandémique.

Cependant 40 millions de doses ont été commandées chez Sanofi-Pasteur ! A qui profite la peur ?.

A télécharger … une information récente d’une possible reprise de l’épidémie ?!

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.