Hémorragies

       Hémorragies

Cliniquement, les saignements anormaux se traduisent par :

  • des manifestations cutanées = purpura vasculaire (pétéchies et ecchymoses disséminées)
  • des saignements muqueux = épistaxis, gingivorragies, méno-métrorragies, hématuries
  • des hémorragies interstitielles = hématomes, hémarthroses

Les causes peuvent être multiples :

  1. une rare maladie constitutionnelle = ex.: l’angiomatose de Rendu-Osler (à présent soignée classiquement par la Thalidomide – qui inhibe l’angiogenèse)
  2. une fragilité vasculaire liée à l’âge, affection plus féminine
  3. une virose, affection bactérienne ou parasitaire (ex.: paludisme)
  4. après un traitement par les AINS, corticoïdes, héparine, sulfamides, chimiothérapie antitumorale …
  5. des allergies (purpura et prurit), diabète, insuffisance rénale …
  6. des dépôts de complexes immuns (purpura rhumatoïde), cryoglobulinémie (sensibilité au froid),
  7. un purpura thrombopathique auto-immun (au cours d’une autre MAI ?)…

 En l’absence de cause évidente, le myélogramme est indispensable (hémopathie, lymphome ?)

Un purpura, c’est une anomalie de l’hémostase. Divers élément y participent : les vaisseaux et les plaquettes (hémostase primaire), les protéines de la coagulation qui aboutissent à la formation du caillot de fibrine, enfin la fibrinolyse qui le dégrade. L’exploration de l’hémostase primaire utilise quelques tests spécifiques =

  1. la numération des plaquettes (ex.: thrombopénie de l’alcoolisme chronique)
  2. une évaluation de leur fonctionnement (deux voies possibles) : le temps de Céphaline activé et le temps de Quick (ou taux de prothrombine).

Les remèdes homéopathiques seront choisis selon le caractère de la perte sanguine, sa localisation et les symptômes intercurrents (un bilan clinique et para-clinique complet s’impose dans la plupart des cas) :

Sang rouge :

  • Aconitum (s) … avec agitation, hémorragie non-aggravée par le mouvement
  • Erigeron (fe) … congestion locale (surtout le petit bassin)
  • Ipeca (ph) … tendance syncopale, hémorragie aggravée par le mouvement
  • Melilotus (s) … congestion artérielle = bouffée de chaleur (antispasmodique grâce à sa teneur en proazulène et cinéol)

Sang rouge foncé ou noir :

  • Arnica montana (hg) … tendance ecchymotique
  • China (as) / Arsenicum alb. … antécédents de troubles hépatiques, de paludisme ?
  • Hamamelis (fe) … hémorragie veineuse
  • Crotalus (ge) … dans un contexte infectieux
  • Secale cornutum (pb) … tendance gangreneuse, douleurs brûlantes, crampes violentes
  • Sulfuricum acidum … patient éthyl ?

Sang clair : Phosphorus … avec congestion locale

Sang variable : Nitricum acidum … ulcères et polypes.

Selon le contexte :

  • Traumatique … Arnica montana toujours (ou CHIT « Arnica comp ».)
  • Millefolium (hg) … hémorragies génitales de sang rouge, sans cause (stérilet ?)
  • Ledum palustre (al) … ecchymoses ou hémoptysies (contexte goutteux ?)

Sur fond de problème hépatique :

  • Phosphorus (15 ou 30 CH) … la coagulabilité : hémorragies fréquentes et répétées
  • Lachesis et les venins … cirrhose (éthyl ?) -> hémolyse, ictère grave
  • Benzinum nitricum … anémie des hépatites toxiques ou des hémopathies
  • Arsenicum alb. ou Lycopodium … atrophie du foie et grosse rate (paludisme ?)

Purpura thrombopénique idiopathique

Maladie hématologique rare (800 nouveaux cas par an en France), survenant à tout âge, le PTI se traduit par une baisse anormale des plaquettes, avec pour conséquences des hémorragies cutanéo-muqueuses, digestives, des hématuries …

  • Arnica (hg) … la fragilité capillaire (ou Hamamelis- homaccord)
  • Bothrops ou Crotalus … hémorragies de sang noir, récidivantes.
  • Sulfuricum acidum … patient éthyl ?

Cette thrombopénie est liée à deux mécanismes : destruction accélérée de nature auto-immune (par exemple après vaccin ROR !) ou/et défaut de production, du fait d’un taux de trombopoïétine bas. Une rémission spontanée peut survenir durant les 12 premiers mois, après, la maladie est considérée comme chronique et traité par gammaglobulines et corticoïdes.

Nouveauté = Revolade (eltrombopag) premier antagoniste du TPO-R, est un générateur de plaquettes par voie orale. C’est une petite molécule non peptidique qui maintient le taux des plaquettes au dessus de 50 000/ ml. 50 mg, une fois par jour suffisent le plus souvent (remède de prescription hospitalière).

Hémophilie = 9 personnes sur dix pensent à tort qu’un hémophile se vide de son sang quand il se coupe !

 

L’hémophilie qui touche 1 enfant sur 100 000 naissances. C’est une affection grave et rare liée à un défaut du chromosome X qui code l’information pour fabriquer les facteurs VIII et IX de la coagulation. La femme (XX) est porteuse saine du gène de cette maladie qu’elle transmet à son fils (ne possédant qu’un XY, la maladie apparait donc). Mais dans un cas sur trois, il n’y a pas d’antécédent connu dans la famille : la maladie est alors liée à une nouvelle mutation génétique. On parle d’hémophilie :

  1. mineure lorsque le taux des facteurs VIII et IX est compris entre 5 et 30% de la normale,
  2. modérée lorsque le taux des facteurs VIII et IX est compris entre 1 et 5% de la normale,
  3. sévère quand le taux est inférieur à 1%

La transfusion des facteurs manquants reste le traitement de base, mais :

  1. Phosphorus peut améliorer les choses. Il est bon que l’enfant prenne après chaque choc deux granules du complexe (CHIT) : « China comp. » (Arnica + Phosphorus + China 30K)
  2. 22 autres remèdes sont cités au Kent, dont : China, Crotalus, Elaps,  Erigeron (fe) sur épisode anémique, Lachesis, Nitricum acidum, Sanguisuga, Secale, Sulfuricum acidum …
  3. Symphytum off. 1 DH, en cas d’arthropathies

Traitement anthroposophique de l’hémophilie : Marmor D6 + Stibium D6

NB. Avec la thérapie génique, des espoirs de guérison sont entrevus à moyen terme. Une autre technique est aussi étudiée, celle du saut d’exon (CNRS – Généton, Institut Cochin) qui permet d’agir en aval sur le message délivré par le gène anormal, afin de rétablir la fabrication de protéines fonctionnelles.

Selon la localisation, il conviendra d’ajouter :

Epistaxis =

  • China … « Il saigne chaque fois qu’il se mouche« , hémorragies abondantes et asthéniantes avec troubles hépatiques
  • Ferrum phosphoricum … anémique hypersensible, chlorose.
  • éventuellement : Ammonium carbonicum ou Carbo vegetabilis

Hémoptysie =

  • Melilotus (s) … l’hémorragie soulage les troubles congestifs (Melilotus-homaccord)
  • Sanguinaria (ph) … avec migraines ou bouffées de chaleur
  • Zincum … prémenstruelle

Bronchite hémorragique =

  • Mercurius … suppuration jaune-verdâtre irritante –> ulcérations saignantes des muqueuses
  • Ipeca (ph) … avec signes digestifs, Bryonia alba (ph) ou Ferrum phos.

Hémorragies vésicales = Anilinum (as) ou Drymis winteri (na)

Hémorragies utérines =

  • Sabina (na) ou Thlaspi (na) … métrorragies (sang rouge + caillots)
  • Secale cornutum (pb) ou Ustilago (pb) … hémorragies de sang noir.
  • Erigeron canad. (fe) … hémorragies « en jets » de sang rouge
  • Cinnamomum (si) … métrorragies nettement aggravées par le mouvement
  • Lachesis ou Sulfuricum acid. … hémorragies de la ménopause.
  • mais aussi : Helonias (mg), Hydrastis (k) …

Hémorragies conjonctivale et/ou occulaire … voir le « service d’ophtalmologie »

Hémorragie cérébrale (ictus rouge) = Arnica (ou Glonoïnum) + Crotalus (à droite) ou Bothrops (à gauche) + si coma : Opium / Helleborus (cf. le complexe « Heleborus comp. » CHU).

NB. 25% des hémorragies méningées par rupture d’anévrisme font l’objet d’erreurs de diagnostic. Il faut y penser devant toute céphalée d’installation brutale, violente, inhabituelle.

Hémorragies des états infectieux graves = les venins (CHU « Lachesis comp. ») ou les acides (« Acidum comp. ») : sang noir + caillots

Hémorragies profuses =

  • Sanguisuga (la sangsue) … cf. Compton-Bornet.
  • Cinnamonum zelanicum (si) … saignement capillaire

Complexes homéopathiques Heel (après avoir identifié et éliminé les causes iatrogènes) :

  1. Remède clef du purpura = Arnica compositum (Traumeel)
  2. Remède clef de la fragilité capillaire = Cinnamomum- homaccord
  3. Remède clef de l’hémophilie et des tr. de la coagulation = Phosphor-homaccord
  4. Remède clef des auto-immunités = Placenta compositum + Thymus suis
  5. Remède clef des agranulocytoses = Galium-Heel + Tonsilla comp. + Molybdan comp.

Phytothérapie :

  • Alchemilla vulgaris (mg) … riche en tanins, astringeante et vulnéraire
  • Thlaspi bursa pastoris (na) … règles trop abondantes (ménopause ?)
  • Carduus marianus (mg) … contient de l’histamine et de la tyramine qui facilitent l’aggrégation plaquétaire
  • Equisetum (Prèle) … hémostatique et cicatrisante.

Organothérapie/Sérothérapie : Rate ++ qui « maintient le sang dans les vaisseaux » dit la MTC

NB. MTC : chaque fois qu’il y a saignement (épistaxis, gingivorragie…), il y a « chaleur au sang » et risque de « Shen troublé » (décompensation psychoaffective) !

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.