Histoire et principes

 

L’homéopathie, histoire et principes

« L’idéal thérapeutique consiste à rétablir la santé d’une manière rapide, douce et permanente, à enlever et à détruire la maladie dans son intégralité, par la voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, cela d’après des principes clairs et intelligibles«  (S.Hahnemann, dans l’Organon, 2ème paragraphe).

Les « médecines naturelles » sont basées sur l’utilisation thérapeutique d’une évidence biologique : les êtres vivants sont des ensembles de systèmes autorégulés. Ce sont des méthodes de stimulation visant à rétablir la santé par le libre jeu des régulations biologiques : le remède (dose, aiguille, oligo-élément …) n’agit que comme « donneur d’ordre » introduisant dans l’organisme cybernétique malade, un véritable « programme de correction » que celui-ci appliquera … ou ne pourra appliquer (ce qui est la limite de ce type de thérapeutique).

Celles-ci reposent essentiellement sur deux types d’approche :

1/ La loi d’identité : « Une substance à dose infinitésimale (diluée et dynamisée) a une activité sur son propre métabolisme« .

— Ce principe été démontrée par de nombreuses expériences scientifiques (ex. : intoxication du pigeon à l’arsenic puis récupération de la chronaxie et reprise des éliminations du toxique après des doses homéopathiques d’Arsenicum album),

— Il a de nombreuses applications pratiques : Oligo-éléments / Sels biochimiques de Schuessler / Isothérapie / Organothérapie …

2/ La loi de similitude

Concept plus large, basé sur la comparaison systématique de la totalité des symptômes observés d’un malade, avec la totalité des symptômes induits par un remède (pathogénésie) ou d’une information chez le sujet sain. Cette méthode a été utilisée depuis des siècles par les médecins du monde entier. Applications pratiques aux :

–> Symptômes cliniques : l’Homéopathie (depuis S. Hahnemann 1815, date de publication de l’Organon)

–> Symptômes physiques : la « Médecine Traditionnelle Chinoise » (5000 ans environ !) et l’ostéopathie (codifiée en occident depuis A.T. Still 1875)

–> Symptômes biologiques : les « Bilans Nutrition-Santé » (méthode initiée par G. Henshaw, depuis 1930) et développée par MyBioBox dès 2000.

 

L’homéopathie

Le mérite de la codification d’une méthodologique analogique scientifique échoit à un médecin allemand : Samuel Hahnemann (1755 – 1843). En 1790, il est frappé par l’incohérence des explications données sur les propriétés de la quinine. Il a alors une intuition géniale : pour comprendre les effets d’une substance sur un malade, il est nécessaire d’avoir un point de comparaison valable, et cette comparaison ne peut être fournie que par le sujet sain. S. Hahnemann absorbe alors de la Quinine et constate qu’à faible dose, ce remède, réputé pour guérir la fièvre, lui en donne !

Après de multiples vérifications, Hahnemann écrit : « La Quinine qui guérit la fièvre, provoque chez le sujet sain les apparences de la fièvre« . Puis plus tard, après d’autres expériences sur le Mercure, la Belladonne, la Digitale, l’Ipéca : « Pour guérir une maladie donnée, il faut faire prendre au malade un remède, qui, administré à un sujet bien portant, lui donnerait les symptômes de cette maladie« .

L’utilisation de la loi de similitude implique la connaissance de l’action sur l’homme sain des différentes substances actives (alimentaires ou toxiques), c’est ce qu’on appelle les « pathogénésies ». La somme des pathogénésies constitue la « Matière médicale homéopathique ». C’est le recueil des symptômes (changements de façon de sentir ou d’agir, à la fois sur le plan local, général et psychique), sous l’action expérimentale des remèdes.

Son ouvrage fondamental : « l’Organon » définit l’introduction de la méthode expérimentale à l’échelle humaine, ainsi que les règles d’observation clinique dans une vision synthétique de la maladie (analyse des interrelations causes manifestations, dans un contexte psychosomatique).

Le choix thérapeutique proposé par cette méthode est basé sur la similitude des symptômes du malade, avec ceux susceptibles d’être provoqués par le remède, quelque soit la maladie considérée : le remède choisi n’est donc pas déterminé par la nature de la maladie, ni par le mécanisme supposé des troubles en cours, mais par les réactions morbides particulières à chaque malade.

 

L’homéopathie possède donc une doctrine codifiée et rigoureuse. Elle repose sur trois bases :

1/ une méthodologie : la loi de similitude

« Les propriétés thérapeutiques des médicaments résidant exclusivement dans leur faculté de provoquer des symptômes pathologiques chez l’homme sain et d’en faire disparaître chez le malade… L’expérience nous apprend que tous les médicaments guérissent, sans exception, les maladies dont les symptômes se rapprochent le plus possible des leurs… Dans l’organisme vivant, une affection est atteinte d’une manière durable par une autre, dynamiquement plus forte, si celle-ci (différente d’espèce) lui ressemble cependant beaucoup dans sa manifestation » (S. Hahnemann, Organon paragraphes 22 et 26).

L’expérimentation sur l’homme sain est un des pivots de la méthode homéopathique : c’est cette astuce qui permet de débusquer et de comprendre les mécanismes biologiques essentiels des organismes vivants. On peut ainsi considérer que l’homéopathie est une méthode toxicomimétique.

2/ un principe : la totalité des symptômes

« La totalité des symptômes est la principale chose dont le médecin doive s’occuper dans un cas morbide individuel quelconque, la seule qu’il ait à combattre par le pouvoir de son art, afin de guérir la maladie et de la transformer en santé… Le plus important est la recherche dans l’ensemble des symptômes, de ce qui est spécifique de la réaction individuelle du malade. C’est la voie vers le remède semblable qui le guérira… Il faut surtout et presque exclusivement, dans la recherche du remède homéopathique spécifique, s’attacher aux symptômes objectifs et subjectifs caractéristiques les plus frappants, les plus originaux, les plus inusités et les plus personnels » (S. Hahnemann, Organon 153).

Le similimum est le remède dont la pathogénésie recouvre en totalité les symptômes du patient. Parfois la couverture du remède ne sera que partielle, C’est ce qu’on appelle un Simile.

Dilutions

3/ une technique : l’utilisation des micro-doses dynamisées

Afin d’éliminer l’effet toxique des remèdes employés, S. Hahnemann a expérimenté des déconcentrations successives (au 1/100) des remèdes. Il a été surpris de constater une permanence de l’effet thérapeutique des dilutions ainsi employées, même au-delà du nombre d’Avogadro (limite théorique de la présence d’une seule molécule de médicament dans la solution).

Nous sommes à présent à l’époque des nano-technologies : à partir d’une certaine déconcentration, les physiciens observent que les qualités des matériaux peuvent être significativement modifiées ! Nous savons maintenant que l’effet thérapeutique des hautes dilutions est lié aux modifications induites dans le solvant liquide, par les caractéristiques ondulatoires du médicament employé (cf. travaux de Yves LASNE en RMN, à Lyon, dès 1985).

 

Deux autres découvertes vont marquer la vie d’Hahnemann :

A/ Le phénomène de l’aggravation thérapeutique (accentuation passagère des symptômes après la prise du remède) le conduiront à codifier plusieurs méthodes de dilutions-dynamisations (les CH jusqu’à la 30, puis les LM dans la 6ème édition de l’Organon). Afin d’éviter ce phénomène, certains de ses successeurs ont proposé la prise du remède en « échelle » de dilutions croissantes (ex. : 30K puis 200K, MK, XMK …). En homéopathie diathésique, nous faisons disparaitre cette aggravation en associant systématiquement la haute dilution (plus de 12 CH) à une basse dilution (1 à 6 DH) d’un remède complémentaire (nous reviendrons sur cette pratique).

Il n’y a pas de posologie en homéopathie ! C’est S. Hahnemann qui a le plus utilisé le placebo, la prise d’un remède (inerte) satisfaisant le malade, tout en laissant au remède actif donné précédemment le temps de développer son action. Ne prescrire que si le patient présente les symptômes du remède reste essentiel, c’est-à-dire qu’il faut attendre que les symptômes reviennent pour proposer une nouvelle prise du remède. La fièvre et la douleur, semblant « manger l’effet du remède » (P. Schmidt), nécessite une répétition plus rapide de celui-ci.

B/ La récidive périodique des troubles primitivement soulagés va le conduire à publier plus tard un troisième ouvrage : « Les maladies chroniques » (œuvre capitale, à notre avis inachevée), préfigurant l’immunologie, dans lequel il passe de l’approche « tactique » développée dans l’Organon à une approche « stratégique » des maladies et des remèdes présentant sa conception naissante des évolutions diathésiques, ainsi que la méthode d’utilisation des remèdes dans ce concept, soutenue par l’utilisation des Nosodes. C’est d’ailleurs dans cet ouvrage qu’il présente un début de classification des remèdes par « familles » (anti-psoriques, anti-sycotiques, anti-luétiques).

 Avantages

 

Si les confrères « héritiers » d’Hahnemann ont continué l’œuvre du maître durant deux siècles, on peut observer plusieurs périodes et plusieurs directions :

Au cours du 19 ème et au début du 20 ème siècle, ceux-ci vont essentiellement compléter leurs connaissances de la Matière médicale et mettre en place un certain nombre d’outils destinés à en simplifier la pratique. De grands noms vont dominer la pensée homéopathique de cette époque :

* C. HERING (1800 – 1882) développe l’homéopathie aux USA, où elle va prendre un essor considérable. Il expérimente de nombreuses substances médicinales et publie une volumineuse matière médicale en 10 volumes.

* Son élève le plus célèbre fut l’américain J.T. KENT (1849-1916), qui publia trois ouvrages essentiels :

  1. Une matière médicale synthétique qui présente les remèdes comme des modes d’adaptation psychosomatiques personnalisés : il décrit ainsi mademoiselle Pulsatilla, madame Lachesis, monsieur Lycopodium…
  2. Un volumineux répertoire (dictionnaire des symptômes), actuellement informatisé pour une utilisation courante au cabinet médical. Il existe des répertoires plus modernes, comme le Barthel, qui reprend les travaux de Kent et de divers autres auteurs.
  3. Un ouvrage de référence quant à la doctrine homéopathique « La science et l’art de l’homéopathie » dont la traduction de P. Schmidt est une merveille.

Rapidement et jusqu’à présent, trois tendances vont se développer et s’affronter parfois :

– Les « Unicistes » (ou « kentistes »), surtout anglo-saxons, prônent, comme son promoteur J.T. Kent, la répertorisation et l’utilisation d’un remède unique en haute dilution (similimum symptomatique du moment). Son écho se retrouve sous la plume de P. Schmidt et de ses élèves : « La maladie possède des causes et une origine plus profondes qu’il ne nous apparaissait à première vue. Le trouble initial provient d’une faute, on peut même dire du péché de l’esprit, donc du péché contre l’esprit, et cette faute façonne l’intérieur de l’homme; elle le rend sensible aux causes morbides. Ensuite, la Force vitale déréglée qui anime le corps physique ne peut plus maintenir l’ordre et l’harmonie et la maladie fait son apparition« . Ce courant insiste aussi sur le refus d’associer l’homéopathie à d’autres thérapeutiques.

– Les « Complexistes » (ou « spécifistes »), courant essentiellement germanique (Griesselich), qui utilisent une posologie à dynamisation décimale limitée. S’ils admettent la loi d’analogie et l’expérimentation sur l’homme sain, ils minimisent l’individualisation du malade et les symptômes subjectifs de la matière médicale. C’est le cas de Schüssler (les « sels biochimiques »), de Rademacher (le « drainage »). Ce courant s’enrichira dès 1832 de l’isothérapie (W. Lux) : la thérapeutique « aequalia aequalibus » prend rang dans l’arsenal thérapeutique du médecin homéopathe.

– Les « pluralistes », médecins francophones pour l’essentiel, tentent de développer une approche diathésique de la pathologie et de la matière médicale. Citons ainsi L. Vannier (développant l’aspect morpho-psychologique des remèdes), M. Fortier-Bernoville, A. Nebel (la notion de Tuberculinisme), A. Rouy, H. Bernard, R. Zissu, D. Demarque, O.A. Julian (nouvelles pathogénésies) et bien d’autres…

Il faut avoir en tête ces antagonismes, car lorsque vous lirez divers ouvrages homéopathiques, vous serez parfois surpris d’y découvrir des conseils forts différents.

Personalisation

 

La médecine a fait un bond en avant à la fin du 19 ème siècle, grâce aux découvertes de L. Pasteur (la théorie microbienne) et de C. Bernard qui met en avant le concept d’homéostasie qui explique la constance du milieu intérieur et sert de fondement théorique à la physiologie des régulations.

La physiologie et l’endocrinologie se développent alors rapidement, mettant en avant les notions inhérentes à l’ordre homéostasique : stabilité et adaptabilité, sous le contrôle de régulations hiérarchisées (rétroactions). Les travaux de I. Fleming (les antibiotiques), dès la seconde guerre mondiale, semblent couronner la « toute-puissance » de l’allopathie.

Or, après la seconde guerre mondiale, des progrès vont être aussi faits afin de systématiser la pensée homéopathique face aux progrès constants de la médecine universitaire (marqués par la large diffusion des antibiotiques et corticoïdes) :

  • P. Kollistch introduit, en France dès 1955, une vision systémique et physiopathologique au sein de la matière médicale : il hiérarchise les 2000 remèdes qui sont regroupés en 25 « familles » thérapeutiques,
  • G. Henshaw (USA) et P. Henry (Belgique) contribuent au développement de méthodes biologiques permettant le choix objectif des remèdes,
  • C. Mercier (France) et H.H. Reckeweg (Allemagne) codifient l’emploi de formes injectables d’un emploi élégant et sûr dans les cas aigus.

Aux Amériques, la pression de l’école psychanalytique fut telle (introduction des notions freudiennes du « ça »/ du « moi »/ de « l’idéal du moi » et du « surmoi ») que celle-ci va éclairer sous un angle nouveau la notion d’évolution diathésique (fragilités des malades). Citons ainsi les ouvrages américains de E.C. Withmont, C. Coulter (USA), P.S. Ortega (Mexique), alors que G. Withoulkas (Grèce) et J. Scholten (Hollande) en Europe reprendront ces notions.

L’utilisation de remèdes gazeux dynamisés : O2, H2, N2, CO2, SO2, CH4, NH3, Hélium …, dans certaines pathologies résistantes (allergies, arthrose, ostéoporose …) apporte bien des succès et ouvre un nouveau champ d’exploration à la matière médicale homéopathique, qui a encore un bel avenir devant elle !

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.