Ignatia amara

IGNATIA AMARA

La fève de Saint Ignace (aussi appelée Strychnos ignatii, loganiacée, comme Nux vomica), est une liane volubile originaire des Philippines, acclimatée en Cochinchine et dans les Indes Orientales. Les feuilles sont larges et ovales, les fleurs blanchâtres, axillaires, le fruit est une baie cortiquée (jusqu’à 13 cm de diamètre). Elle contient des graines nombreuses gris-brûnatres couvertes de poils au milieu d’une pulpe jaunâtre. On utilise la graine sèche.

Elle fut introduite en Europe par le jésuite Camelli qui lui donna son nom actuel en souvenir D’Ignace de Loyola, fondateur de son Ordre. Elle est connue en Extrême Orient et utilisée comme remède et comme poison. Très proche de la Noix vomique par sa grande richesse en alcaloïdes, la strychnine représente plus de 60 % des alcaloïdes totaux.

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HOMEOPATHIE diathésique : remède du groupe du Sodium (Kollitsch p. 41). « Et maintenant que vais-je faire, quelle sera ma vie … ? » dit la chanson

Problématique : Le choix à faire, quand le mode de fonctionnement, « de survie », que l’on a adopté, s’enraille et que l’on est incapable d’imaginer un système supplétif. Ignatia est une liane et comme telle représente « La rupture d’un plan de croissance préétabli » (B. Vial). C’est-à-dire l’inadéquation d’un script, d’un scénario (plan de vie préétabli) et du réel, lorsque les membres de son entourage ne collent plus aux rôles qu’il (elle) leur a attribué —> court-circuit conscient-inconscient au moment du choix …

Problème décisionnel de la valeur à donner aux choses (cœur), le poids de la décision, quand on n’a pas de repère-étalon pour juger de la toxicité de l’information. Emotivité bousculée (foie) par la vie en société, comprimée, non exprimée, refoulée, complexée et imaginaire nul : centrale de renseignement (rate) inopérante –> vision du monde en clichés (les rôles du script) qui ne résiste pas à l’épreuve de la dure réalité (le réel !).

La communication extérieure (envers la société) est bloquée par le blindage sycotique = pré-jugement

–> il (elle) ne comprend pas les autres : « Pourquoi n’agissent-ils pas comme je m’y attendais ?« . 

La communication intérieure est court-circuitée.–> il ne se comprend pas lui-même : « Pourquoi ne suis-je pas comme eux, qu’ai-je fait ?« , « Pourquoi pas moi » (rancœur de l’orgueil bafoué) ?, « Pourquoi moi » (la somatisation) ?. Révoltée contre elle-même, avant de l’être contre les autres » (S. Vallespir).

Tout cela entraîne un comportement névrotique = expression du dérèglement de l’attitude de l’individu envers la vie et la société, envers lui-même.

IGNATIA

             Celui-ci va s’exprimer par bouffées :

La « crise nerveuse où alternent rires, larmes, cris et sanglots, avec agitation désordonnée, soubresauts convulsifs, réactions hyperesthésiques et violentes aux bruits, à la lumière, aux paroles encourageantes, pouvant aller jusqu’à l’évanouissement, le tout se terminant progressivement par des soupirs violents, des bâillements, des larmes et une abondante émission d’urines aqueuses » (Barbancey), comparez Moschus (cu) et Valeriana (na).

L’expression hystérique comme moyen de communication avec la société (l’autre) : l’inconscient réprimé s’exprime par accès et symboliquement ; la déception s’exprime de façon inconsciente avec une variabilité extrême… donc, comportement paradoxal (cerveau inconscient non logique) =

–>  aggravé par la consolation (aspect logique, conscient, cerveau gauche),

–>  amélioré par la distraction ++ (inconscient, cerveau droit).           

Key-note :       L’isolement et les réactions paradoxales du « syndrome d’échec ».

Causalité :      « Le poids des mots, le choc des photos » (le réel)  –>

  1. Comment les recevoir (décodage), quelle valeur leur attribuer (encodage),
  2. Comment « vivre avec » (hypersensibilité émotionnelle)… la souffrance comme révélateur du réel.

Psyché :          L’émotion somatisée est extériorisée de façon paradoxale.

La crise d’hystérie est une demande d’aide, c’est une tentative de communication inconsciente : « Ce coeur qui bat, pour qui, pour quoi ? et ce matin qui revient pour rien …! » dit la chanson. Quand Ignatia se suicide, c’est un « suicide-chantage » : c’est son mode de communication, son langage hystérisé, « Intéresses-toi à moi, regardes-moi » : la quête d’identité (tub.).

                        Le scénario

« Ce sont des « drames psychologiques » comparables à des pièces de théâtre, divisées en scènes et en actes, avec des rôles attribués à des personnages. Au fil des années, nous avons souvent oublié et refoulé le drame familial sur lequel s’appuie notre script. Néanmoins, nous continuons d’en jouer des adaptations dans notre vie quotidienne. Inspirés par ce que nous en avons (ou n’avons pas) vécu dans notre enfance, nous nous mettons en quête de personnages pouvant tenir les rôles que nous créons » (Pamela Levin). « Dans cette attente, nous choisissons les gens qui conviennent pour jouer le rôle de la mère, du père, frères, sœurs, mari, amant, fiancé, ou d’autres personnages importants » (Eric Berne). Lorsque ceux à qui nous avons attribué ces rôles refusent de les jouer, nous en concevons une profonde déception : rien ne correspond plus à rien, il faut supprimer le scénario… Ignatia est incapable aussi bien de l’adapter, que de le supprimer !

                        Le malaise existentiel

L’anxiété (vide de Yin du Cœur), souvent sans raison apparente ou consciente, qui prend à la gorge (cf. points « portes du ciel » en MTC), empêche que l’attention se fixe et qui dérive sur une action détournant de soi-même.

                        La disproportion entre le motif et l’effet, la cause réelle et les réactions observées.

Emotionnel agressible : « Ignatia vit la sensation de choix comme le drame de sa vie et en même temps il (elle) a une rancune contre les autres qui ne l’aident pas à choisir, ou l’obligent à choisir » (Masi).

                        La recherche du contrôle pulsionnel

Allant tantôt dans le sens d’une sur-adaptation excessive (jusqu’à l’inhibition), souvent sur la corde raide, à la limite de l’adaptation et ne se maintenant sur cette fragile instabilité que par le jeu des contradictions… tantôt s’effondrant dans la désadaptation : ses nerfs ont craqué !

                        La difficile maitrise des instincts

Pour accepter le principe de la réalité (Yi en MTC), il est nécessaire de contrôler les pulsions (Hun) : ce contrôle indispensable passe par leur acceptation préalable, c’est-à-dire un équilibre à obtenir entre les mécanismes défensifs du Sur-moi (et du Moi) et le dynamisme pulsionnel du Ca (libido). Cet équilibre ne peut s’obtenir que par une « remise à zéro du compteur » mémoire. C’est là que se situe le problème d’Ignatia… 

Soma :             Remède d’urgence, le plus tôt possible après une forte émotion

(ce peut être une réaction parfaitement légitime).

Action précieuse également sur le second temps, rapide ou lointain d’un choc émotionnel, de ses prolongements et ses décompensations :

                         1 – spasmes  —> dérèglement total du système nerveux sympathique :

En MTC : Yang non contrôlé = tension de la carapace externe sur vide interne, puisque l’élément Cœur n’est pas rempli par l’élément précédent (foie), lui-même non contrôlé par le rein.

à tension nerveuse perpétuelle, avec fond d’hypersensibilité générale : grande sensation de fatigue (épuisé!), pousse de profonds soupirs ++

à spasmes polymorphes avec tendance aux larmes et pathomimie : syndromes douloureux ou fonctionnels (céphaliques ou digestifs le plus souvent) copiés inconsciemment sur l’entourage ou l’information médicale ambiante.

à « boule hystérique » à la gorge, qui l’empêche de manger (déroute l’ORL !), ou au plexus solaire : VB / Estomac (le pain quotidien du gastro-entérologue !) = peurs, refus, inhibitions (processus défensif de répression).

à spasmodicité périphérique jusqu’à l’incoordination motrice : tremblements, maladresse des mouvements allant jusqu’à évoquer la chorée.

                        2 – migraines, vertiges et insomnie (Shen troublé)

Le méridien du Cœur passe au cerveau : cf. le point 22 DM = « le clou d’Ignatia », sensations de plénitude douloureuse du cerveau, parfois pression crampoïde dans le front et l’occiput avec obscurcissement de la vue, rougeur de la face et larmoiement.

– état véritablement dépressif avec abattement, rumination taciturne, crise de désespoir, jusqu’à la tentative de suicide théatrale.

– tous ces symptômes sont aggravés par les contrariétés, la consolation (logique = consciente), le surmenage nerveux, et au contraire améliorés par la distraction (= inconscient), comme Helonias (mg).

Modalités : 

  • Aggravé par : les émotions (griefs, chagrins, soucis, peur, blessures …), l’air froid, les odeurs, le toucher, le café, le tabac
  • Amélioré par : les changements de position, en urinant, la pression locale (= vide d’énergie), en étant seul (Natrum mur.)
A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.