Les intolérances alimentaires

   Les intolérances / allergies alimentaires

Le tube digestif joue un rôle de « barrière perméable » : il laisse passer les nutriments (aliments digérés) permettant les apports nutritionnels journaliers indispensables à la vie. Ce phénomène met en relation permanente notre système immunitaire et les fragments alimentaires digérés. La plupart de ces fragments alimentaires traversant la barrière du tube digestif sont acceptés, « tolérés » par notre organisme et notre système immunitaire.

Les phénomènes d’intolérances alimentaires sont des réactions inappropriées dues à une rupture d’équilibre, un défaut d’adaptation de l’homéostasie. Ces mécanismes s’accompagnent quasi systématiquement d’un trouble de la perméabilité intestinale, elles correspondent à une hypersensibilité de type 3 dans la classification de Gell et Coombs.

Elles sont responsables de symptômes polymorphes :

  1. digestifs : prurit du palais avec œdème des lèvres (= syndrome oral de Lessof), aphtose, nausées et vomissements, ballonnements / flatulences, colique vésiculaire, colite aiguë, constipation / diarrhée…
  2. mais aussi de manifestations extra-digestives ORL, comme une rhinite, un asthme, des sinusites, une sécheresse oculaire …
  3. ou cutanéo-muqueux : dermite de contact, eczéma, psoriasis, acné, troubles de ongles et des cheveux
  4. des troubles locomoteurs : crampes musculaires, fibromyalgies, des arthrites …
  5. des troubles cognitifs : migraine, somnolence, hyperactivité, syndrome anxio-dépressif …
  6. des pathologies dysmétaboliques : crise d’urticaire, des dérèglements thyroïdiens, voir même un choc anaphylactique … 

Ces manifestations représentent environ 3 % des problèmes de santé chez l’enfant, elles sont moins fréquentes après l’âge de 15 ans. La sensibilisation peut être très précoce, à partir d’allergènes ingérés par la mère (surtout chez les familles d’atopiques).

 

Les aliments les plus fréquemment incriminés sont :

Le blanc d’œuf … allergène n°1 toute population confondue. NB. Certains vaccins cultivés sur les œufs embryonnés de poule (la grippe par exemple) sont fortement contre-indiqués : signaler l’allergie au médecin avant toute vaccination !

Eviter toutes les préparations à base d’œufs de poule ou de poudres d’œufs nécessite la lecture des étiquettes et reposent sur l’exactitude de ces dernières. Entraîne la modification des recettes classiques de pâtisseries, crèmes, sauces et plats cuisinés divers à base d’œufs. En remplacement des œufs de poule : tester les œufs de caille, de canne ou d’oie dans les pâtisseries et les préparations culinaires.

NB. Il existe des poudres de substitut d’œuf (à base de fécule de pomme de terre et de farine de guar) qui donnent des résultats satisfaisants dans certaines préparations (crèmes, pâtes à crêpes)

Les cacahuètes (au premier rang des allergènes aux USA) … L’arachide est une légumineuse (comme les haricots, pois chiches, pois cassés, petits pois, lentilles, fèves, soja, lupin, luzerne). Sa consommation sous forme de graines fraîches et grillées, d’huiles, de pâte à tartiner et sous forme cachée dans de nombreux aliments et préparations issues de l’industrie agro-alimentaire ne cesse d’augmenter.

Les symptômes de l’allergie à l’arachide sont très divers : nausées, vomissements, douleurs abdominales, urticaire, eczéma, rhinite, asthme, malaise et choc anaphylactique pouvant entraîner la mort.

Les allergies croisées avec d’autres légumineuses sont possibles, la plus fréquente est celle du lupin : les graines de lupin sont traditionnellement consommées après macération dans le vinaigre ou l’huile dans certains pays méditerranéens, mais aujourd’hui, la farine de lupin est fortement utilisée en complément du blé dans la fabrication du pain et des brioches.

Les allergies avec les graines oléagineuses (noix, noisettes, noix exotiques) sont également souvent associées. La guérison de l’allergie à l’arachide est rare : 10% environ des enfants atteints seulement pourraient guérir.

 

Le poisson ou les crustacés … sont au troisième rang des allergènes.

Les protéines allergisantes des poissons se trouvent dans le tissu musculaire, elles perdent donc une partie de leur allergénicité à la cuisson. Chez les individus les plus sensibles l’ingestion d’une quantité infime, le simple contact ou l’inhalation de particules au cours de la cuisson d’une préparation peut suffire à déclencher une réaction allant jusqu’au choc anaphylactique.

En principe une allergie à un poisson est croisée avec tous les autres, mais certaines personnes tolèrent certains poissons et pas d’autres. Parmi les fruits de mer, les allergies les plus fréquentes sont celles au crabe, aux crevettes, à la langouste, au homard et aux huîtres.

 

Le soja … est une légumineuse particulièrement riche en protéines (33 à 35%) et en lipides (10 à 12%).

Elle est consommée depuis des millénaires par les asiatiques et assure une grande part de leurs apports en protéines. Introduite depuis une vingtaine d’années en occident, elle est surtout consommée par les personnes ayant un régime alimentaire de type végétarien, mais elle est proposée de plus en plus sous forme de boisson ou « lait » de soja, yaourts, crèmes dessert et « steak » de soja. Le soja est également de plus en plus employé dans l’industrie agro-alimentaire comme substitut à d’autres sources de protéines animales.

De nombreuses préparations de type « aliment lacté diététique » pour nourrissons à base de soja sont proposées en remplacement des préparations à base de lait de vache dans les cas d’allergie aux protéines de lait de vache : c’est dans ce cadre qu’apparaissent alors la plupart des cas d’allergies (10% environ des enfants allergiques aux protéines de lait de vache sont allergiques au soja) !

 

NB. Le soja OGM (obtenu par transgénèse) possède un gène codant d’une protéine de la noix du Brésil hautement allergisante : le « soja OGM » est devenu de ce fait aussi allergisant que la noix du Brésil et il est à exclure pour les personnes allergiques à cette noix. 

Le lait de vache … le lait contient 35 gr de protéines/litre.

Le caillé (80% des protéines) est surtout constitué de béta-globuline, alphalactalbumine et caséine en agrégats, allergène chez l’adulte. La B-lactoglobuline, qui est absente dans le lait de femme, est considéré comme l’allergène majeur chez l’enfant (8% de la population pédiatrique), d’où divers procédés pour « materniser » le lait de vache.

A noter que les patients se trompent souvent en se déclarant « intolérants au lactose » (maladie génétique rare – détecté par la présence du gène LCT-13910T>C) alors qu’ils font en fait des réactions aux protéines du lait (cas de tous les enfants atopiques !).

 

Le gluten … toutes les céréales panifiables contiennent du gluten : le blé (passé de 6 à 24 chromosomes, par la volonté de nos semenciers), l’épeautre, le kamut, l’orge (donc la bière !), l’avoine, le seigle. Voir le dossier « Régime Seignalet » sur ce site (Campus / Naturopathie / Tronc commun / Régimes).

 

Les fruits et légumes … la fréquence de cette allergie est en forte augmentation partout dans le monde.

Les personnes allergiques aux pollens sont trois fois plus sensibles aux fruits et légumes que dans la population générale. Ces allergies se manifestent parfois au simple contact ou à l’épluchage par des réactions de type dermatites, rhinites, conjonctivite, asthme. Après ingestion les symptômes allergiques sont divers : indigestion, urticaire, œdème, choc anaphylactique.

Parmi les légumes, notons les ombellifères (anis, carotte, céleri ++, fenouil, coriandre), tomates, radis, épinard, persil, carotte, petits pois, poivron, pomme de terre  …  Certains allergènes végétaux sont détruits par la cuisson, ainsi une compote de pomme n’est pas allergisante, les carottes cuites sont moins allergisantes que crues…d’autres au contraire le restent (fenouil).

Les allergies aux fruits exotiques sont en forte augmentation depuis quelques années, le premier fruit en cause est le KIWI, suivi par l’AVOCAT, la BANANE, les LITCHIES, les fruits de la PASSION et toutes les « noix » exotiques (noix du Brésil, noix de cajou, noix de pécan, sésame, noix de coco, pistache)

Il existe de nombreuses allergies croisées avec les végétaux, celles qui sont le plus souvent répertoriées sont :

– les allergies croisées POLLEN-VEGETAUX : pollen de bouleau – rosacées (pomme,
cerises, pêches, abricots) pollens de bouleau-bétulacées (noisettes), pollens d’armoise-
céléri, pollens de graminées – tomates 
– les allergies LATEX-VEGETAUX : avocat, banane, kiwi, châtaigne, mandarine, cerise, fraise, melon, raisin et figue.
– Les allergies entre les différentes LEGUMINEUSES : cacahuètes, pois, soja, lentilles. 

 

Les épices et condiments … l’ajout systématique d’épices (moutarde, curry, graines d’ombellifères) dans de nombreux plats ou sauces prêts à l’emploi explique la montée de cette allergie qui est aujourd’hui au 4ème rang chez les enfants et adolescents. La moutarde est l’épice la plus souvent responsable d’allergies

Le régime avec éviction de certains condiments ou épices ne pose aucun problème au niveau de l’équilibre alimentaire, mais des problèmes pratiques au niveau de la cuisine, des repas pris à l’extérieur et surtout au moment de l’achat de la plupart des préparations alimentaires ou l’étiquetage se contente de préciser la présence d’épices sans pour autant préciser l’espèce ou les espèces utilisées. Dans les cas les plus graves, l’éviction de toutes préparations prêtes à l’emploi peut être conseillée.  

 

   fruits à coque

L’interrogatoire doit éliminer ce qui n’est pas une allergie, mais une intolérance. Ainsi le lait peut générer une allergie à ses protéines, mais aussi une intolérance au lactose par déficit en disaccharidases. La consommation d’aliments riches en histamine (exemple : les fraises … voir plus loin) provoque des symptômes assez comparables.

Certaines de ces allergies sont de mécanisme IgE dépendant (tests cutanés possibles), mais existe aussi des formes liées à l’activation des mastocytes. Le diagnostic se fonde sur la clinique, la positivitékdes tests cutanés (après l’âge de un an), complété si nécessaire par un test de provocation labial (en milieu hospitalier). Le régime d’exclusion n’est pas toujours simple à effectuer en raison de l’incorporation de l’aliment à des préparations culinaires variées (lire soigneusement les étiquettes !). Dans d’autres cas, il s’agit d’une réaction immune retardée lié à la présence d’IgG3 spécifiques.

  1. Réaction IgE médiées = vraies allergies alimentaires (type 1) … réactions immédiates (urticaire, œdème, asthme), même si l’aliment est consommé à l’état de traces
  2. Réaction IgG4 médiées = intolérances … réactions retardées (type 3), essentiellement digestives, rhumatismales et cutanées

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Quelques laboratoires effectuent des tests alimentaires spécifiques de ces IgG4 sur le sérum qui leur est transmis. Nous avons ainsi l’habitude des services du Laboratoire S. BARBIER   BP 40834   France – 57013 METZ  (tel. 03.87.74.30.56).

Liste des 30 allergènes principaux testés (96 euros) : Banane, Blanc d’œuf, Cabillaud, Cacahuète, Carotte, Blé, Orge, Seigle, Fraise, Kiwi, Lait de vache, Noisette, Orange, Poivre, Pomme de terre, Poulet, Riz, Soja, Tomate, Viande de bœuf…

Si plus de 3 aliments sont en zone rouge, il est fortement conseillé d’élargir le panel : ainsi pour 60  allergènes testés = 145 euros / 120 allergènes = 235 euros / 221 allergènes = 280 euros (dossiers ci-dessous à télécharger)

Autre laboratoire (au Luxembourg) pratiquant ces tests : IMMU-PRO, bilans à 100, 200 ou 300 tests d’aliments et d’additifs alimentaires.

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Régimes alimentaires et allergies :

Le « régime Seignalet » (sans lait de vache, ni gluten), qui réduit magnifiquement l’évolution des maladies immunes (cas des grandes hyper Gamma), se montre souvent décevant dans les pathologies allergiques (généralement hypo Gamma). Soit parce que l’allergie touche un autre groupe d’aliment que les laitages et le gluten, soit parce qu’il s’agit d’une poly sensibilité.

Pourquoi de telles intolérances ? Quelles pourraient en être les causes ? Sont-elles définitives ? L’alimentation moderne n’a plus grand chose à voir avec celle de nos ancètres !  … C’est probablement du côté de la médecine chinoise que se trouvent les réponses … En Asie, pour être équilibrée, elle doit contenir les éléments (viandes, légumes, céréales et fruits) correspondant aux 5 pôles organiques, aux différentes saisons, ainsi qu’aux besoins spécifiques de chaque patient.

Par exemple : www.nutri-site.com/dossiers/ali-chinoise.htm

Une alimentation systématiquement désadaptée peut qu’entraîner des intolérances aux aliments ne convenant pas aux déséquilibres fonctionnels du patient (exemple : insuffisance grave ou « vide » d’un pôle organique) !

Il faut aussi souligner l’effet : 

—> déclenchant de certains aliments histamino-libérateurs, riches en histamine ou en tyramine, comme :

  • poissons et crustacés
  • certains fruits (fraises, framboises, banane, ananas, kiwis, papaye, poires)
  • le cacao (chocolat),
  • certains agrumes et fruits exotiques (orange, pamplemousse, ananas, avocat)
  • certains fruits à coque (noisette, noix et arachides)
  • la tomate (Ketchup), la choucroute, les épinards, les germes de blé 
  • le thé (noir ou vert)
  • le vin blanc, la bière
  • fromages fermentés, charcuteries et gibiers, poissons fumés

—> sédatif de l’œuf de Caille (« Béminovum » du lab. Schmidt-Nagel en Suisse), riche en Phosphore, en Fer, Cuivre et Zinc, vit. B1 et B12

 

Banque de données (et propositions de recettes) sur les allergies alimentaires : http://www.cicbaa.org/pages_fr/regimes/index.html

Parfois, ce sont les additifs alimentaires qui sont incriminés :

Il existe sur le net des centaines de sites qui proposent conseils et recettes, nous vous signalons par exemple :

  • le livre de Eva-Claire Pasquier : « Recettes gourmandes pour personnes sensibles » (ed. Tredaniel).
  • pour un point de vue plus médical, vous pouvez lire le livre de D. Rueff : « L’immuno-nutrition » : se nourrir selon son immunité » (2007).

 

Indications homéopathiques en fonction des intolérances alimentaires : 

Les remèdes homéopathiques des intolérances alimentaires

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.