La douleur

    La douleur

Il n’existe pas de théorie unifiée de la douleur, de nombreuses inconnues persistent. La douleur n’est en effet ni mesurable, ni prévisible, ni proportionnelle à l’intensité du stimulus.

1 / à quoi sert-elle ? De signal d’alarme du système nerveux, mais la sensibilité est variable selon l’affection (ex.: la SEP qui est indolore) et selon la personnalité du sujet (plus ou moins « douillet » ?).

2 / qu’est-ce qui la provoque ? On distingue 4 catégories d’affections douloureuses, qui représentent chacune environ 25 % des cas de douleurs chroniques :

  1. –> les agressions externes (ex.: coup de marteau, fraise du dentiste, etc…) via les récepteurs de la peau et des muqueuses,
  2. –> les évènements internes (ex.: rhumatismes, compression d’un nerf, tension d’un fascia, etc…) … ces douleurs sont de localisation décalée par projection métamérique,
  3. –> les douleurs aberrantes, bizarres, incompréhensibles, qui peuvent durer indéfiniment (ex.: douleur d’un membre fantôme, élongation du plexus brachial, post zona, chimio ou radiothérapie, neuropathie diabétique, polyneuropathie sensitivo-motrice chez un sujet éthylique, vascularite …),
  4. –> les douleurs psychologiques, liées au problème général des troubles de la perception (ex.: névroses obsessionnelles algogènes).

Sur un plan biologique, on observe que les BNS des patients présentant des douleurs chroniques ont des paramètres significativement et constamment déviés, il s’agit surtout de :

  1. Magnesia (phosphorica), en hyperfloculation dans les syndromes algiques, en hypofloculation dans les douleurs chroniques, mécanisme de type névritique (douleurs crampoïdes, spasmes, colite …),
  2. Kalium (bichromicum), douleurs congestives (inflammations oculaires, laryngées, articulaires, gastriques…),
  3. Manganum, douleurs de type neurovasculaire, (migraines, douleurs articulaires, atteinte des cornes antérieures de la moelle …),
  4. Carbo (Réactif = Carbolicum acidum), douleurs de type psychogènes, en hypofloculation dans un contexte dépressif (douleurs pruriantes, inflammations digestives …),
  5. Cadmium (Réactif = Cadmium sulfuricum), dans les douleurs du cancer (classiquement estomac-duodénum), etc…

En outre, le BNS met en évidence et quantifie les dysfonctions d’organes sous-jacentes.

3 / que proposer pratiquement ?

A – Neuralthérapie : la chasse aux nocicepteurs, aux trois niveaux des controles de porte (gate-control systems)

  1. traitement focal des cicatrices et des foyers (dentaire dans 50% des cas)
  2. traitement métamérique (ostéopathique ou mésothérapie, cataplasmes …)
  3. déblocage des boucles mémorielles sous cortical (choc humoral ou auriculothérapie).

B – Les drogues « classiques » : le mécanisme de la douleur détermine le choix de l’antalgique

  1. antalgiques non morphiniques (effet périphérique) : aspirine (anti-prostaglandine), paracétamol, AINS à faibles doses
  2. opiacés (= endorphine), à effet central : codéine (faible), morphine et dérivés (fort)
  3. pour les douleurs par désafférentation : antidépresseurs ou anti-comitiaux
  4. ne pas oublier l’alcool = réduit le niveau de la douleur (2 verres de rhum = réduction 50% !).

C – Une évaluation du mode de réaction de l’individu qui souffre, car pour un niveau de douleur identique, la sensation va varier selon la personnalité du patient (les réponses ne sont ni linéaires, ni proportionnelles aux stimuli). Nous ne traiterons pas dans ce chapitre les névrites liées à des :

  • maladies aiguës fébriles (exemples : encéphalite, polio …),
  • affections dégénératives immunitaires (exemples : SEP, SLA …).

Le traitement de la douleur constitue une des plus grandes difficultés de l’homéopathie, car le remède n’agit pas directement sur le phénomène douloureux, mais sur les mécanismes de régulation physiologique qui la sous-tendent, d’où le grand nombre de possibilités thérapeutiques. C’est au niveau des signes psychiques et des comportements, c’est à dire de l’attitude devant la douleur, que se trouvent les caractéristiques utilisables, car le phénomène douloureux a toujours un impact révélateur de la personnalité. Ex.: « la douleur fait pleurer » : Coffea (s), Mezereum (hg), Platina (au), Pulsatilla (si) … En outre, la douleur « mange l’action des remèdes » (P. Schmidt), d’où la nécessité de répéter les prises dès que les symptômes réapparaissent.

 

  Schéma des voies de contrôle de la douleur

 

La MTC identifie la douleur comme une « perte de communication », au sein de la circulation des énergies. Elle distingue donc :

  • les douleurs vraies = plénitudes localisées —> à traiter par les hautes dilutions +++
  • les paresthésies = insuffisances localisées —> à traiter par les basses dilutions.

Le syndrome d’obstruction douloureuse (Bi), décrit par la MTC, couvre l’essentiel des douleurs dans un contexte systémique : Facteurs externes + Déséquilibres internes = « Bi »

  • VENT … Insuffisance de Qi et/ou de SANG
  • FROID … Présence de GLAIRES
  • HUMIDITE … Insuffisance de FOIE et REIN

=> Douleurs par plénitude locale sur obstruction

La causalité est souvent associée (on parle des « trois démons » en MTC), exemple du traumatisme : chaleur en superficie et humidité en profondeur. On peut cependant les différencier par leurs modalités particulières :

  • VENT = douleurs erratiques, suite d’efforts, d’émotions, de changement de temps
  • FROID = frilosité, raideurs (dérouillage matinal), douleur unilatérale intense
  • HUMIDITE = gonflement, localisation fixe et lourdeur de la zone.

NB. Le Froid en surface se développe volontiers sur la Sécheresse en profondeur (cf. Causticum), exemple : rhizarthrose du pouce (à la ménopause) = Froid (microtraumatisme) sur Sécheresse (par carence hormonale). L’Humidité et la Chaleur s’associent volontiers (l’un en profondeur et l’autre en surface, cf. Natrum sulfuricum).

Ces causes rencontrent certaines faiblesses internes et la situation peut évoluer rapidement et se manifester sous forme de :

  1. GLAIRES = obstruction des liquides organiques : douleurs en « coup de couteau ». Phénomène favorisé par l’insuffisance de Qi (> au repos) ou de Sang
  2. CHALEUR = articulations chaudes, rouges et gonflées. Phénomène favorisé par les GLAIRES (type chaleur-plénitude, cf. Lachesis), ou l’insuffisance d’EAU et de YIN du Rein (type chaleur-vide, cf. Sepia).

La manifestation se localisera alors sur l’organe le plus fragile :

  1. FOIE = tendons … douleurs et raideurs (entorse, PSH …)
  2. COEUR = stase de sang … phlébite
  3. RATE = volume des muscles … faiblesse
  4. POUMON = peau … sensation de froid
  5. REIN (sécheresse) = déformations … arthrite (goutte, PR …)

Stagnation = Psore dominante

  • Actea racemosa (s) … les idées se chevauchent dans le désordre, dysménorrhée et dorsalgies crampoïdes en décharges électriques (insuffisance de sang) : « Qu’est-ce que je disais donc …? »
  • Aconit nap. (s) … état d’anxiété intense (vide d’eau du rein), comme à l’approche d’une catastrophe : « Au secours, je vais mourir ! »
  • Cicuta virosa (cu) … troubles nerveux disproportionnés par rapport à la douleur
  • Colocynthis (cu) … spasmes violents, améliorés à la pression : « Ca me fait chier ! »
  • Cuprum … les crampes (yang bloqué), améliorées en buvant froid
  • Coffea (s) … névralgies avec agitation et tremblements, hypersensible et impressionnable,
  • Gelsemium (mn) … obnubilé, confus et abruti par la douleur, sa voix et ses gestes sont faibles et tremblants, céphalées hypertensives ou migraineuses, névralgies diverses : « Je n’y comprends rien ! »
  • Magnesia carb. … névrite chronique ?, douleurs fulgurantes, transpiration, latéralité gauche.
  • Magnesia phos. … les névralgies (insuffisance d’énergie), douleurs améliorées par la chaleur locale et la pression, latéralité droite.
  • Nux vomica (s) … râle contre les conséquences de ses excès (hygiène de vie contestable ?!) : « Il est inadmissible de souffrir comme cela ! »
  • Sepia (mg) … jadis courageuse, la voilà triste, abattue, découragée, migraines et douleurs lombo-sciatiques : « La vie, quel poids ! »
  • Sulfur … douleurs variables à type de brûlures erratiques et alternantes, amélioré par le froid (vasoconstriction) : « Je suis un cas complexe, demain ça ira mieux ! »
  • Avec pour Nosode = Psorinum … prurit et douleurs chroniques, une triste sérénité : « Je suis incurable !!! ».

Plénitude = Sycose surtout

  • Belladonna (ca) … malade fébrile, douleur congestive battante, toute secousse est redoutée, amélioré par le froid : « Laissez-moi en paix ! »,
  • Chamomilla (na) … agitation, plaintes bruyantes, cris et colère, névralgie dentaire (// Plantago), amélioré par le mouvement passif : « C’est insupportable ! »
  • Cocculus (am) … épuisé nerveux (travail intellectuel ou veilles prolongées) et vertigineux : « Je ne tiens pas debout ! »
  • Cyclamen (na) … effacée et scrupuleuse, migraines et dysménorrhée : « Ne vous dérangez surtout pas pour moi ! »
  • Hepar sulfur (ca) … hargneux et vindicatif, sa douleur n’est due qu’a une négligence ou à une volonté de nuire. Il cherche une mauvaise querelle à son médecin (comme Lachesis et Mercurius) : « A qui la faute ? »
  • Ignatia amara (na) … inquiet, bavard, animé, sollicite les visites (qui lui font oublier ses douleurs) : « Faites-moi penser à autre chose ».
  • Kalium carb. … cardiaque épuisé, asthme ou dyspnée au moindre effort, douleur lancinante : « J’ai trop souffert »
  • Staphysagria (na) … malade réticent et compliqué, cystalgies… (problématique de sexualité sous-jacente ?) : « Si je pouvais tout vous dire … »
  • Thuya occ. (na) … douleurs fixes, tenaces et résistantes aux traitements : « J’ai un cancer ! »

Hypostructure = Tuberculinisme dominant

  • Arsenicum alb. … agité et anxieux, vite désespéré et épuisé par ses douleurs brûlantes (amélioré par la chaleur locale) : « Est-ce grave docteur ? »
  • Bryonia (ph) … sujet calme, immobilisé par le phénomène douloureux, comprimant fortement la région atteinte. La douleur est apparue progressivement, lancinante, piquante, améliorée au repos : « Je ne bougerai pas, fichez-moi la paix ! »
  • China (as) … hyper esthésique pâle et anémié : « Je suis vidé ! »
  • Lachesis (ge) … agitation bavarde mélée d’agressivité, douleurs congestives et constrictives : « Laissez moi vous dire encore … »
  • Phosphorus … agité et anxieux au crépuscule (Causticum), exalté puis rapidement apathique : « Vivement la nuit ! »
  • Pulsatilla (si) … résignée, elle pleure, douleurs erratiques améliorées par la consolation, la promenade : « Embrassez-moi, j’ai mal »
  • Silicea … sensation de fragilité et faiblesse générale des patients déminéralisés : « Vivement seule au lit ».
  • Stannum … le « mangeur d’aspirine », épuisé et moralement déprimé, il s’agite et fanfaronne encore parfois !

Blocage = Luèse (et adaptation) dominante

  • Apis mel. (hg) … avec œdème, douleur piquante, amélioré par les applications froides.
  • Argentum nitricum … « Souffrir, quel temps perdu ! »
  • Arnica (hg) … malade meurtri mais calme, qui se retourne sans cesse, tant le lit parait dur
  • Aurum … taciturne et mélancolique, ses douleurs sont nocturnes et ténébreuses : « Plutôt la mort ! »
  • Hypericum (hg) … les douleurs par traumatisme des nerfs, névralgie avec fourmillement et engourdissement, douleur du membre fantôme (// Ammonium mur.)
  • Lycopodium (al) … il donne l’impression de tout comprendre, d’être bien informé : « Je m’explique très bien mes douleurs ! »
  • Mercurius … bavard agité et touche-à-tout, abruti et tremblant quand il souffre : « Moi si vif, je ne me reconnais plus ! »
  • Platina (au) … une riche symptomatologie, veut être soignée par « un patron » célèbre, douleurs en anneau (comme Cactus) : « Pourvu que cela ne se voit pas ! »
  • Rhus tox. (hg) … ne peut rester en place, car le mouvement continu le calme, douleurs tiraillantes : « Lève-toi et marche ? »

 

Hypericum2

 

Selon son type (cf. le répertoire de Kent) :

  1. – brûlures internes — Cantharis (ca), Sulfur, Phosphorus
  2. – rage de dent — Chamomilla (na), Plantago
  3. – pulsative — Belladonna (ca), Glonoïn (s), Ferrum phos., Lachesis
  4. – aiguilles de glace — Agaricus (pb), Secale cornutum (pb)…
  5. – écharde — Nitricum acidum
  6. – erratiques — Pulsatilla, Kalium sulf. …

Selon les modalités :

– très localisée

  • Phosphorus … brûlante, améliorées par le froid
  • Kalium bichromicum … piquante, ponctuelle (couverte par une pièce de monnaie)
  • Ignatia amara … le clou au vertex

– améliorée plié en avant : Colocynthis (mg) … spasmes discontinus, latéralité gauche

– améliorée penché en arrière : Dioscorea (mg)

Citons au contraire quelques remèdes curieusement (et anormalement) hypo-esthésiques :

Belladonna, Hyosciamus, Stramonium (les solanées), Opium, Platina

MTC : Rétablir une circulation correcte du sang et de l’énergie fait disparaître la douleur !

  • Manifestation aiguë et chaleur = aiguilles, points à distance, éventuellement faire saigner.
  • Manifestation chronique et froid = Moxas (chaleur) sur les points locaux.

Recherchez les points AH SHI (sensibles à la pression). Les confrères homéopathes et mésothérapeutes pourront infiltrer ces zones, avec des ampoules des lab. Heel ou Weleda, et décupler ainsi leurs résultats.

Conseils diététiques :

  1. VENT = évitez les aliments irritants (rhubarbe, champignons …)
  2. FROID = évitez les légumes crus et les boissons froides
  3. HUMIDITE (et glaires) = évitez le lait et les fromages
  4. FOIE (tendino-musculaire) = évitez les aliments acides (citron, vinaigre)
  5. CHALEUR (inflammatoire) = évitez l’alcool et les épices

Phytothérapie : De nombreuses plantes des BNS ont un remarquable effet sur ce syndrome et sont d’ailleurs utilisés classiquement dans la pharmacopée occidentale et chinoise (*) :

  • Asparagus off. (ca)* … chasse le vent, fortifie le Yin des reins
  • Cinnamomum (si)* … chasse le vent, fortifie le Yang des reins
  • Cochlearia off. (hg) … nourrit le Yin du rein et du foie (reminéralisante)
  • Fraxinus exelsior (na)* … évacue l’humidité et la chaleur
  • Gentiana lutea (ka)* … disperse le vent et l’humidité
  • Glycyrrhiza glabra (s)* … élimine la chaleur et tonifie le Qi (fabacée)
  • Oriza sativa (zn)* … chasse le vent et la chaleur
  • Paeonia (s)* … nourrit et fait circuler le sang
  • Pinus sylvestris (ca) … répare les tendons (proche de Calcarea fluor.)
  • Symphytum off. (ca) … reminéralisante (fractures, pseudarthrose)
  • Vanilla planifolia (mg) … sécheresse et stagnation (PR = glaires + chaleur !)

Les labiées (ex.: Scutellaria galericulata (io)* éliminent la chaleur et l’humidité

Si vous souhaitez réaliser un BNS12 ou 24, cliquez sur ce lien : www.mybiobox.com

Les plantes à essences (ex.: Myrrha (au)*, Olibanum (ag)*, Thymus serpyllum (cu)*, Salvia (si)* …) apportent beaucoup d’énergie, elles activent la circulation du sang, en éliminant les stases. Les formes « pour le bain » du Sapin, de la Lavande et du Romarin (lab. Weleda) sont particulièrement agréables et pratiques.

Intérêt des oligo-éléments dans la période aiguë : Magnésium + Potassium, tant que dure la douleur.

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.