La grossesse et l’allaitement

 

 

LES PREMIERS MOIS DE LA VIE

Les interactions maternelles précoces, incidences et manifestations somatiques des perturbations du lien mère-enfant…

L’attente de Bébé

Commençons notre parcours en partant du monde de la famille quand bébé est annoncé … Là particulièrement, il convient d’insister sur le rôle important des facteurs d’environnement, c’est à dire du système relationnel à l’intérieur duquel un enfant, au moment de naître et au cours de son développement, va être accueilli, désiré, investi, signifié. C’est ce qu’on appelle les « facteurs externes d’évolution »: la programmation qui pèse sur le bébé, c’est à dire le réseau d’attentes dans lequel il va devoir se situer.

La vie imaginaire et fantasmatique de la mère pendant la grossesse va avoir des effets sur le bébé et représente une base essentielle des relations ultérieures qu’elle aura avec l’enfant …

Tout est lié à sa propre vie affective, à ses relations avec le père du bébé et encore plus profondément avec sa propre histoire et à ses relations avec ses images parentales. Notons d’ailleurs les répercutions sur le plan fantasmatique parental de l’échographie (parfois troubles passagers d’intrusion, de profanation, angoisses de morcellement…).

Le bébé imaginaire :

Donc, l’enfant (enfant fantasmatique) est déjà inscrit dans la fantasmatique maternelle et paternelle, Il fait donc partie de notre monde psychique interne. Nous le portons en nous, indépendamment de l’existence ou non d’un bébé réel extérieur à nous. Il tient une grande place et un certain rôle dans le jeu des désirs infantiles de ses parents. Une négociation va devoir s’effectuer, une transaction tout à fait inconsciente, entre bébé et son environnement : cette problématique concerne la question de l’écart entre son type (enfant réel) et son rythme d’évolution et ce qui est attendu de lui. La manière dont cet écart va pouvoir se gérer concrètement sera très importante dans le développement individuel.

En effet, c’est une image symbolique composite faite en premier lieu des souvenirs de l’état infantile tel que nous l’avons vécu en réalité et en fantasme, ce dernier constituant les premières conceptions imaginaires que nous nous formons sur nous-mêmes. Mais ce sont toujours des souvenirs inclus dans un ensemble d’investissements affectifs, aussi bien réellement donnés que reçus : souvenir des interrelations affectives vécues avec les personnes de notre environnement (désir de régression, celui de redevenir un bébé; soit craintes : de retrouver les sentiments si intenses d’impuissance infantile, ou de jalousie par rapport à la naissance d’autres bébés).

L’investissement global du ou des bébés imaginaires est celui de l’avenir, de ce qui adviendra, ce qui peut advenir ou doit advenir : le bébé imaginaire est toujours symbolique d’une naissance ou d’une renaissance. Il est le support des projections du self : par exemple, le bébé imaginaire peut réaliser ce que le sujet n’a pas pu réaliser lui-même, il est le porteur des espoirs déçus des parents, l’enfant réparateur du narcissisme des parents.

 

Dans la situation de couple, le bébé imaginaire peut être projeté par l’un des membres du couple sur l’autre, la naissance d’un amour mutuel étant vécue, en partie, comme la conception d’un enfant. La relation amoureuse peut être d’autant plus idéalisée et passionnée que chacun peut se sentir une mère ou un père idéal pour l’autre, assimilé à un bébé admiré et adoré par sa mère ou par son père.

Dans le monde psychique interne, le bébé imaginaire est aussi présent sous la forme de la nostalgie de la relation fœtale idéalisée comme le tout premier lien véritablement symbiotique entre la mère et l’enfant : être deux tout en ne faisant qu’un. C’est un souvenir que nous portons tous en nous, mais ce sont les femmes qui ressentent le plus de nostalgie de ce lien primitif et fusionnel de la grossesse, car il commande la naissance et le développement de la capacité féminine de procréer et de porter un bébé, avec les doutes qui l’accompagnent toujours et qui ne seront vraiment levés que par la naissance d’un bébé réel.

La femme enceinte

Lorsque la femme est enceinte, elle est l’objet de modifications qui vont lui permettre de développer une fois l’enfant arrivé, la « préoccupation maternelle primaire » : le bébé imaginaire qu’elle porte dans son monde psychique interne ne va devenir un «bébé réel» qu’à travers un stade intermédiaire qui est celui du bébé « imaginé » par sa mère et par son père grâce aux investissements affectifs qu’ils font de cette grossesse. Même s’il s’agit en fait encore d’un embryon puis d’un fœtus, celui-ci est d’emblée investi comme le bébé qu’il ne deviendra en fait qu’à la naissance. Il reste donc très proche du bébé imaginaire, au tout début, et ce n’est que progressivement qu’il va être investi dans sa réalité et son altérité.

La femme enceinte opère une régression narcissique et réinvestit en elle même une partie importante de sa libido : elle retire un certain nombre de ses investissements du dehors pour les porter en dedans. Elle dort beaucoup, rêve beaucoup et à un moment donné de sa grossesse, les phases du sommeil paradoxal de la mère et du fœtus deviennent synchroniques : s’opère donc pendant la grossesse toute une série de modifications psychiques et physiologiques chez la mère, pour la mettre en phase avec son nourrisson, qu’elle lui soit de plus en plus adaptée.

 

L’ALLAITEMENT

48 heures après l’accouchement, la sécrétion hypophysaire de Prolactine induit la sécrétion lactée, entretenue ensuite par la succion du mamelon. L’allaitement au sein (ou au biberon) constitue une des modalités essentielles de l’interaction mère-nouveau né.

Motivations et facteurs influençant la décision de l’allaitement (motivations exprimées par les mères) :

  • Désir de poursuivre la relation mère-enfant mise en place par la grossesse
  • Caractère adapté du lait maternel aux besoins physiologiques du nourrisson

Principal argument pour justifier l’alimentation artificielle

  • Absence de disponibilité par rapport à la reprise de travail

 

Le rôle des pères

Les pères ont un rôle important dans la poursuite d’allaitement de par leur fonction d’étayage qu’ils peuvent assumer auprès de leur compagne pour soutenir leur décision d’allaiter… on note l’importance des informations apportées aux pères en cours de grossesse afin qu’ils soient en capacité d’assurer ce soutien.

A contrario : il est des situations où certaines femmes se sentent obligés par leur conjoint de ne pas allaiter. Les motivations du conjoint sont variables (jalousie, difficulté à supporter ce lien exclusif, sentiment d’exclusion)… ce qui est donné au petit ne lui est pas donné à lui !

Ce conflit de rôles révèle la véritable nature du lien entre les deux partenaires en tant que co-parents.

Les exigences sociales et professionnelles :

  • Les femmes tenues de reprendre rapidement leur activité professionnelle sont naturellement poussées à choisir un allaitement de courte durée ou une alimentation artificielle.
  • Un sevrage imposé par des contraintes externes provoque une vraie frustration pour la mère et de l’enfant alors que cet arrêt n’est pas une évolution naturelle de la relation avec leur enfant.

Autres facteurs expliquant le refus ou l’interruption précoce de l’allaitement :

  • Certaines caractéristiques socio-économiques et gynéco-obstétricales favorisent le refus de l’allaitement (jeunesse de la mère, niveau d’études peu élevé, isolement et pauvreté, primiparité, tabagisme …)
  • Utilisation précoce d’une tétine, la mise au sein tardive, une perte de poids importante du nourrisson, le non respect des intervalles réguliers entre les tétées …
  • La non-disponibilité du personnel de la maternité, l’absence de suivi à domicile
  • Phénomènes culturels et de mode : impact des facteurs culturels (représentation de l’allaitement, évolution des structures familiales, travail féminin), des stéréotypes sociaux et des informations relayées les ascendants
  • Caractéristiques émotionnelles de la mère : ses représentations de cet enfant, de la maternité et des signaux émanant du nouveau-né.

En conclusion, l’interruption de l’allaitement sera perçue par la maman d’une façon totalement différente s’il s’agit d’un souhait exprimé et prévu, le résultat d’une contrainte (perçue comme une violence), ou si elle est liée à un sentiment d’échec, d’incompétence…

 

Le développement émotionnel de l’enfant et la relation mère-enfant :

  • L’établissement d’un contact précoce entre la mère et l’enfant dans la première heure de vie limite les abandons à la naissance et favorise la décision de l’allaitement.
  • Les mères allaitantes rapporteraient des niveaux d’émotions négatives moins élevés au nourrisson, et percevraient leur nouveau-né comme plus facilitant… davantage assurées dans leur rôle de mère, elles seraient plus enclines à passer du temps à des interactions positives avec le bébé (jeux partagés). Cette proximité (lait maternel, odeurs) favorise la capacité de l’enfant à discriminer le « familier » du « non familier ».

 

Biologie de l’allaitement :

  • Les modification hormonales physiologiques liées à l’allaitement créent chez la mère un climat émotionnel favorable à la mise en place de la relation mère-enfant par l’abaissement des niveaux de stress et d’anxiété, et facilitent le comportement maternel de protection et d’attention.
  • Cela est particulièrement évident dans les situations à risques multiples : prématurité, dépression du post-partum, mères empêchées par leur indisponibilité physique d’investir leur enfant, de répondre aux besoins de l’enfant d’une manière « qui va de soi ».
  • En situation de détresse du nouveau-né, le besoin de proximité et de disponibilité au bébé, que favorise le corps à corps intime, est essentiel à la restauration du sentiment de sécurité et de protection. La proximité avec la maman joue un rôle apaisant et une action sur les circuits de la satisfaction réduisant la tension interne.
  • De même, pour certaines mères ayant des difficultés à « lire » les émotions de l’enfant, et à gérer leurs propres émotions négatives, l’allaitement permettrait de diminuer leur propre réactivité négative.

Incapacité à sevrer l’enfant

  • Certaines femmes sont stigmatisées pour cela par le corps médical : en fait cela traduirait un besoin de conserver le seul moyen d’assurer un lien de proximité avec leur enfant… C’est en particulier le cas des femmes anorexiques…
  • Il convient alors de proposer des solutions pour faciliter ce sevrage et de rassurer ces femmes sur la qualité du lien à leur enfant (aide auprès de professionnels de parentalité).

 

L’accueil de bébé : la fratrie

La place de l’enfant dans la fratrie est évidemment très importante pour l’investissement qui en est fait. On connaît très bien l’investissement spécifique quasi immuable de chacune des places dans la fratrie : l’aîné surinvesti, le second davantage accepté pour lui-même, mais quand même cadet, le petit dernier outrageusement gâté, le garçon presque toujours surinvesti de façon éhontée par rapport à la fille, l’état presque obligatoire d’abandon des enfants de famille nombreuse, etc.

Il n’y a pas d’âge idéal de l’aîné pour accueillir un second enfant

Il y a des avantages et des inconvénients quelque soit l’âge. Ce qui compte, c’est la volonté du couple de fonder une famille et son sentiment d’être prêt pour accueillir un deuxième enfant.

Ayez à l’esprit que votre ainé peut percevoir la grossesse de sa mère avant même qu’elle soit annoncée à la famille. C’est Françoise Dolto qui l’a expérimenté au travers de dessins d’enfants. C’est important de ne pas trop tarder à leur dire. La meilleure période, c’est celle qui succède à la première échographie. Elle permet d’évacuer les premiers risques d’une interruption de grossesse.

Comment lui annoncer la nouvelle ?

Tout dépend de la maturité de l’enfant et de sa relation avec ses parents. Il me semble que l’information doit être présentée en plusieurs couches successives et de la manière la plus simple possible. Ce qu’il faut éviter, c’est de l’annoncer comme un projet pour l’enfant ou de s’en excuser auprès de lui. C’est un projet familial dont il fait partie, mais pour lequel il n’est pas décisionnaire. Il faut également le rassurer sur sa place dans la famille, sur l’affection qu’on lui porte et que l’on continuera à lui porter.

La relation fraternelle est par nature ambivalente, cohabitent des sentiments négatifs, tels que la jalousie, avec des sentiments positifs comme l’affection, la complicité. Mais à ce stade, il lui faudra du temps pour intégrer l’annonce. Souvent, il n’y a pas de réaction au début. Par la suite, il peut exprimer sa contrariété par davantage de caprices, par un besoin constant d’être rassuré. Il peut y avoir également des petits troubles du sommeil ou de l’alimentation, mais il ne faut pas tout attribuer à la grossesse, il peut y avoir d’autres raisons. Le meilleur service à lui rendre, c’est de rester ferme sur ses principes d’éducation : on ne donne pas de coup de pied dans le ventre de maman, on ne dort pas dans le lit parental… Mais on observe que les phases de régression ont surtout lieu après la naissance.

Conseils lors de la naissance :

Il va falloir savoir accorder du temps à l’aîné de la fratrie lors d’une activité qu’il partagera seul avec l’un des deux parents et de ne pas trop le charger de responsabilités, de progrès à réaliser. Ce n’est pas parce qu’il est l’aîné qu’il devient grand, il peut avoir envie de rester l’enfant chéri de ses parents et cela est légitime. Jusqu’à trois ans, voire au-delà, il a encore besoin d’être porté, câliné, il voudra s’assurer qu’il est encore votre « bébé ». Quant à la maman, elle ne doit pas hésiter à solliciter le père. Il n’y pas de schéma préétabli de la paternité, ce qui compte c’est d’arriver à trouver la bonne complémentarité dans le couple.

 

Les enfants prématurés

Toutes les études réalisées sur les enfants prématurés démontrent les aspects positifs de l’allaitement maternel sur le développement cognitif. L’impact traumatique de la prématurité, les distorsions des premières interactions mère-enfant (hauts niveaux d’anxiété et/ou de dépression des mères) sont réduits par les contacts mère-enfant dans la période néonatale (contacts peau à peau).

Comment vont se négocier les enjeux de la naissance entre les parents et les équipes médicales, alors que la question de la survie de l’enfant se pose à tout instant ?

La problématique du deuil est en effet au premier plan : deuil d’une grossesse achevée pour les parents, venant souvent après une grossesse difficile, perte brutale du statut de femme enceinte, interruption de l’expérience physique de la grossesse, ainsi que des rêveries qui l’accompagnent, enfin deuil d’une naissance « normale », d’un enfant parfait. Les quelques jours après la naissance où le pronostic vital de l’enfant est en question peuvent être extrêmement difficiles pour les parents et mettre en route un processus de deuil prématuré qui peut entraîner un désinvestissement de l’enfant. La survie de l’enfant “médicalement obtenu” entraîne alors chez les parents une très forte culpabilité, des moments de désespérance et nécessite une nouvelle élaboration : les parents d’un enfant né prématurément, potentiellement menacé de mort, présentent, y compris le père, un vécu psychique particulier durant cette période.

Ce n’est pas l’identité personnelle dans son ensemble qui est bouleversée par l’événement de la prématurité, mais c’est une partie importante de cette identité, à savoir celle qui touche à l’identité filio-parentale.

Lors d’une naissance prématurée, les parents se sentent incapables, défaillants, impuissants à remplir leur fonction auprès de l’enfant. Puis, l’enfant les déçoit dans leur attente. De l’enfant imaginé pendant la grossesse, il ne reste qu’un être chétif, risquant de ne pas survivre par lui-même, qui restera peut-être handicapé à vie. Ils en veulent à leur enfant comme ils s’en veulent à eux-mêmes. Le travail psychique que d’autres parents commencent à réaliser précisément à la naissance de l’enfant, à savoir la construction de l’identité filio-parentale qui consiste principalement dans le deuil de la concrétisation des idéaux de la parentalité ne peut se faire. Comment faire le deuil de la concrétisation de l’enfant idéal alors que l’enfant en chair et en os qui était censé incarner cet idéal risque justement de mourir ? Comment accepter de ne pas être à la hauteur de la mère idéale alors qu’ « on n’est même pas capable de mener à terme une grossesse » ?

Les images idéales ne sont alors que plus fortes et vont perdurer : l’enfant idéal, rêvé, est encore plus précieux, le parent idéal encore plus puissant ! Alors le deuil réel de l’enfant va être vécu dans une sensation d’irréalité, la prématurité de la naissance et la prématurité de la mort donnant à ces évènements un caractère d’étrangeté et gênant l’élaboration d’un processus de deuil.

L’accompagnement et le soutien des parents après la naissance, qui s’est toujours produite dans l’urgence, est indispensable. Le père est souvent au premier plan, parce que plus disponible que la mère prise dans sa culpabilité, son angoisse, et parfois la question de sa propre survie, ce qui peut laisser des traces dans la dynamique du couple par rapport à l’investissement de l’enfant.

 

Les solutions thérapeutiques proposées aux parents en difficulté doivent porter sur l’actuel. Les couples, surtout la mère, sont souvent en état d’effondrement narcissique. Les parents doivent être autorisés à parler de leur culpabilité pour parvenir à élaborer ces moments difficiles. Dans ce cadre aseptisé du monde hospitalier, les parents ont un rapport particulier et étroit avec le personnel médical : sentiments mélangés d’autant plus importants que l’entourage familial fait défaut (notamment, présence et soutien de la part des grands-parents) tels qu’agressivité et dépendance, rivalité et reconnaissance, fortes critiques des dysfonctionnements hospitaliers et/ou profonde gratitude.

Les parents vont donc gérer plus ou moins bien leur ambivalence envers l’équipe médicale : à la fois idéalisation avec une reconnaissance intense d’avoir le savoir-faire de pouvoir maintenir l’enfant en vie, mais aussi parfois reproche d’avoir gardé vivant un enfant porteur d’un handicap. Dans les cas moins dramatiques où le pronostic vital n’est pas en jeu, la mère vit souvent le séjour de l’enfant dans l’unité de pédiatrie, comme une incapacité à subvenir aux besoins de ce dernier.

 

L’enfant en grande prématurité souffre, il est exposé à des stimulations sensorielles, auditives et visuelles, sans commune mesure avec l’enfant né à terme. Il est très peu réactif ; pourtant la communication avec ces enfants est possible. Elle se fait par le regard et le contact. La possibilité de mettre les bébés « peau à peau » avec leur mère, même s’ils sont intubés, permet l’investissement de l’enfant de façon plus satisfaisante. Et l’allaitement (même avec un tire lait + gavage) doit être proposé dès que possible.

 

Devenir des enfants prématurés : la grande prématurité peut engendrer des handicaps… Selon une étude récente de l’Inserm, 40 % des anciens grands prématurés présentent des troubles moteurs, sensoriels ou cognitifs à l’âge de 5 ans. Certes, la gravité des troubles est variable, les taux de déficience sévère, modérée et légère s’élevant respectivement à 5 %, 9 % et 25 %. Ainsi par exemple, 9 % des grands prématurés présentent une paralysie cérébrale se traduisant par des troubles moteurs, 32% ont obtenu un score très moyen de capacités cognitives (équivalent du QI) et 1 % ont une vision inférieure à 3/10 aux deux yeux.

Enfin, les taux de déficience sont d’autant plus élevés que les enfants sont nés plus prématurément. Ainsi, 18 % des enfants nés à 24-26 semaines de grossesse présentent une paralysie cérébrale, contre 12 % de ceux nés à 29 semaines et 4 % de ceux nés à 32 semaines. Chaque semaine de grossesse en plus permet de réduire le risque de déficience.

La publication de ces résultats soulève la difficile question éthique de la réanimation des grands prématurés, dont 10 000 naissent chaque année en France.

 

L’arrivée de bébé et la vie de couple

C’est une période d’une grande sensibilité pour tous les partenaires de la triade (maman-papa-bébé). La conception du bébé, amorce une période de « crise » et de recherche d’un nouvel équilibre psychique, pour chaque partenaire du couple, individuellement, ainsi que du couple à part entière. Rappelons que la grossesse s’est accompagnée de remaniements psychiques défensifs chez les futurs parents …

La naissance de bébé s’accompagne de sensations, d’émotions, de pensées nouvelles. La rencontre avec le bébé, le deuil de l’enfant imaginaire, l’accès à la parentalité, provoquent le réveil des identifications infantiles pour les parents. Lorsque l’organisation psychique d’un parent se trouve débordée par les problématiques inconscientes infantiles, Bébé peut absorber l’excitation parentale au point de déstabiliser sa propre organisation psychosomatique.

Ce n’est donc pas simple de rester un couple… dans le meilleur des cas, la maman, toute consacrée à la préoccupation maternelle primaire, est peu disponible pour autre chose que bébé. Mais il faudra pourtant qu’elle fasse une place dans son esprit au géniteur, afin de permettre à la triangulation (place du papa) de se mettre en place… seule garante du développement psychique harmonieux ultérieur de l’enfant.

 

La fonction du père

Il y a une énorme différence entre l’investissement de la mère et celui du père. Le bébé imaginaire devient un bébé réel beaucoup plus tôt pour la mère, car elle le porte concrètement dans son propre corps, tandis que, pour le père, le bébé ne prendra toute sa réalité qu’à partir de sa naissance.

Hommes et femmes ont évidemment tous en commun le souvenir inconscient de la vie fœtale, seules les femmes enceintes peuvent le revivre pleinement, car elles ressentent simultanément leur propre revécu fœtal et leur vécu maternel actuel de porter un bébé. L’homme ne peut qu’imaginer cette conjonction. C’est la raison pour laquelle beaucoup de femmes enceintes vivent leur grossesse comme les moments les plus «pleins» de leur existence, remplis par un sentiment de bonheur et de complétude spécifiques qu’elles n’éprouvent que lorsqu’elles sont enceintes.

La rencontre d’un homme devenant père avec son enfant se construit à partir de l’annonce de sa grossesse faite au père par la mère, dans le registre du langage donc, mais elle va devoir s’incarner progressivement : d’abord dans le temps de la grossesse qui n’est pas sans provoquer chez de nombreux hommes des pathologies, puis dans les temps de l’accouchement et du post-partum.

 

La situation particulière de la prématurité, dévoile les diverses modalités de la construction de la fonction paternelle pour un homme, ainsi que les différents rôles qu’il doit tenir face à l’enfant, à la femme devenant mère et à la dyade mère-enfant. La prématurité est en effet une anticipation du temps de survenue de l’enfant qui montre l’importance pour l’être humain du respect de la logique temporelle, de la dépendance à l’Autre et de la nécessaire fonction tierce pour se déprendre de la fusion première.

 

La technologie biomédicale qui repousse les limites antérieures de la vie de plus en plus tôt, dévoile la complexité de la fonction paternelle au moment de la survenue de l’enfant. L’homme doit autant reconsidérer sa place de fils que trouver une place de père « toujours trop vite arrivée » ou encore maintenir vivante la fonction d’amant de sa femme qui se trouve remise en cause par la naissance. La survenue de l’enfant, spécialement dans la prématurité, est toujours traumatique, et nécessite de reconstruire les nouvelles donnes d’une relation avec la femme, la mère et l’enfant.

Dans une société où le père semble appelé à tenir une place identique à celle de la mère, au moins en ce qui concerne les soins à donner à l’enfant nouveau venu, quand il ne remplace pas la mère alitée, la question de ce qui spécifie sa fonction d’homme et d’amant de la femme reste mal définie et dépend du vécu fantasmatique de chacun.

 

A propos de l'auteur
Françoise HENRY
Auteur de remarquables pages d'homéopathie et de psychologie, alors qu'elle avait commencé sa carrière par le droit, elle nous a quitté en 2013, suite à la complication d'une greffe rénale. Nous lui devons tous beaucoup pour sa lucidité et ses efforts dans le domaine des médecines douces.