La mélatonine

   La mélatonine (C13H16N2O2)

Elle est surtout connue comme étant l’hormone de régulation des rythmes chronobiologiques ou hormone du sommeil, chez l’homme et chez tous les mammifères.

Cette hormone est synthétisée à partir d’un neurotransmetteur, la sérotonine, qui dérive elle-même du tryptophane, un acide aminé essentiel. Elle est sécrétée par l’épiphyse en réponse à l’absence de lumière. La mélatonine semble avoir de multiples fonctions, chez l’homme et les mammifères : effets hormonaux divers, antioxydant (capture des radicaux libres), participant à la détoxification de l’organisme. Elle semble aussi jouer un rôle important dans le système immunitaire. 

On a récemment découvert que divers végétaux produisent aussi de la mélatonine. Selon une étude des chercheurs du Health Science Center de l’Université du Texas, les noix et les noisettes sont une source importante de mélatonine facilement absorbée par l’organisme. Après avoir comparé le taux sanguin de rats nourris de noix à celui de rats nourris normalement, les chercheurs ont noté que la consommation de noix entraînait une multiplication par trois des taux sanguins de mélatonine. Ils pensent que les bienfaits des noix découlent de la synergie entre la mélatonine et les nutriments qu’elles contiennent. La mélatonine se retrouve également dans le vin, le maïs, le riz, les tomates et les pommes de terre, mais en quantités nettement inférieures. 

La mélatonine agit différemment selon son origine :

  • celle produite dans l’épiphyse et à partir du tube digestif agit comme une hormone endocrine car elle diffuse dans le sang,
  • celle produite par la rétine agit localement.

Une étude internationale a montré que la glycémie dépendait aussi de l’expression de quelques gènes dont celui codant un récepteur (MT2) de la mélatonine. Or ce récepteur MT2 est trouvé dans la rétine, dans le nerf optique, dans la région du diencéphale, mais aussi dans les cellules du pancréas sécrétant l’insuline (chargée de contrôler la glycémie).

On pensait déjà que la mélatonine intervenait aussi dans l’appétit (et peut-être dans certains cas d’obésité), car injectée à des rats, elle augmente leur prise de nourriture et leur poids. Par ailleurs, une mutation du gène codant pour le récepteur 2 (MT2) de la mélatonine est associée à une augmentation du risque d’obésité et au diabète de type 2, mais aussi aux troubles du sommeil. 

HORLOGE BIOLOGIQUE


En temps normal, l’hormone du sommeil est sécrétée la nuit uniquement (pic de sécrétion à 5 heures du matin chez l’homme, en moyenne, car sa production est inhibée par la lumière). Dans les régions à hiver très gris comme l’Europe du nord, c’est la baisse de luminosité hivernale (jours courts et gris) qui déclencherait une surproduction de mélatonine engendrant chez un grand nombre de personnes une asthénie, voire une dépression, qui disparaissent au printemps.

 

Système immunitaire

Associée au calcium, la mélatonine peut aider la réponse immunitaire des lymphocytes t. son utilisation médicale pour augmenter cette réponse est cependant soumise à controverse, puisqu’elle favoriserait également les maladies auto-immunes ! 

 

Autres effets  

La mélatonine jouerait aussi un rôle dans la régulation de la pression artérielle, la libido (sur les rats d’expérience !) et la protection des os.

 

Disponibilité et sécurité

La mélatonine est à priori non toxique et les effets secondaires rapportés sont peu fréquents, excepté une somnolence, si prise à haute dose. Une étude du département de nutrition de l’université Andrews indique que certains comprimés de mélatonine contiendraient jusqu’à 10 fois la dose nécessaire pour provoquer l’effet physiologique. Selon cette étude, à ces fortes doses, la mélatonine pourrait provoquer des migraines et des sautes d’humeur et déstabiliser l’équilibre hormonal de l’organisme.

 

Aux Usa, au Canada et au Mexique par exemple, la mélatonine est en vente libre. En France et en suisse, sa vente est toujours régulée. Sur un plan pratique, 0,3 mg (=300 μg microgrammes) représente une dose quotidienne suffisante pour recaler un rythme circadien déphasé. Cela implique que la mélatonine, pour ceux qui peuvent se la procurer, est plus abordable qu’on aurait pu le penser. Contrairement à un médicament de type somnifère, la mélatonine ne provoque pas d’effets secondaires comme l’accoutumance. 

 

Analogues pharmaceutiques :

Alors que la mélatonine n’est pas largement recommandée par les autorités médicales, RAMELTEON ((S)-N-(2-(1,6,7,8-TETRAHYDRO-2H-INDENO-(5,4)FURAN-8-YL)ETHYL)PROPIONAMIDE), un médicament vendue sous le nom de Rozerem (propriété de Takeda pharmaceuticals), conçu pour activer les récepteurs de la mélatonine mt1 et mt2, a été approuvée pour le traitement de l’insomnie aux Etats-unis ! ce médicament sera probablement vendu en Europe sous le nom de VALDOXAN/THYMANAX (Novartis). 

 

Usages en médecine vétérinaire :

La plupart des animaux semblent produire de la mélatonine et/ou y être sensibles. la mélatonine est un produit vétérinaire qui permet des gestations à toute période de l’année chez des mammifères d’élevage (chèvre…). Les poules exposées à la lumière pondent toute l’année, phénomène induit par l’éclairage forcé

RÉFÉRENCEs :

1.    REITER RUSSEL J. ; DUN XIAN TAN ; BURKHARDT S. ; MANCHESTER Lucien C. “Melatonin in plants, in nutrition reviews” ; 2001, ED : INTERNATIONAL LIFE SCIENCES INSTITUTE ; VOL. 59, NO9, PP. 286-290 (47 REF.) 

2.    ARTICLE « Les clés du sommeil », POUR LA SCIENCE, Janvier 2004

3.    « Pineal melatonin exhibits more pronounced antistressor properties than anxiolytic diazepam ». EKSP KLIN FARMAKOL. 2007 NOV-DEC;70(6):9-12.

4.    BROTTO LA, GORZALKA BB. (2000) « Melatonin enhances sexual behavior in the male rat. » PHYSIOL BEHAV. 2000 FEB; 68(4):483-6. PMID: 10713287

5.    REITER RJ, MANCHESTER LC, TAN DX. “Melatonin in walnuts: influence on levels of melatonin and total antioxidant capacity of blood”. NUTRITION. 2005 SEP; 21(9):920-4.

6.    ZHDANOVA I, WURTMAN R, REGAN M, TAYLOR J, SHI J, LECLAIR O. (2001) « Melatonin treatment for age-related insomnia. » J CLIN ENDOCRINOL METAB 86, 10, PP. 4727-30

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.