La valeur du symptôme

 

Réflexions sur la valeur à attribuer au symptôme …

« La vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. » Baudelaire 

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Comment ne pas vous laisser envahir par la parole du patient qui exprime ses symptômes ? Chaque thérapeute a son outil, ainsi les allopathes vont essayer de faire entrer celui-ci dans le cadre étroit d’un diagnostic nosologique, puis s’il ne cadre pas à celui-ci, on le négligera, s’il dérange, il sera important de le supprimer par action chimique : « Dominants et normatifs, les allopathes sont des grands chasseurs de symptômes » !

 

Au cours de vos consultations, vous êtes attentifs au discours de vos malades. Celui-ci laisse transparaître leurs prises de position, qui sont tout à fait révélatrices de leur problématique diathésique … Allons un peu plus loin dans l’approche systémique des symptômes, des remèdes et des maladies.

Les symptômes cliniques sont à valoriser sont au croisement … 

  1. des contraintes psychologiques actuelles et anciennes (historicité) 
  1. des contraintes physiologiques actuelles et anciennes (sommation) 
  1. du potentiel du génome (antécédents familiaux)

NB. L’image biologique du BNS, par le biais des tests de remèdes (au croisement des sollicitations organiques et psychologiques) résume, valorise et quantifie les symptômes cliniques.

Nous qui faisons une homéopathie diathésique, nous allons essayer de qualifier le symptôme, élément révélateur de la dysfonction, donc du (des) remède(s) nécessaire(s). Le remède homéopathique aura un effet durable s’il caractérise le symptôme, c’est à dire s’il est lié à l’histoire de votre patient et à la relation au monde qu’il a construite. Il représente une caractéristique locale d’un schéma général à découvrir. On peut envisager de façon « poétique » cette recherche comme celle du nom de la « petite plante » nécessaire, par ses différents traits caractéristiques (aspects des feuilles, racines ou fleurs) qu’elle dévoile peu à peu …

 

  un roman autobiographique : masochisme et résilience !


La causalité :

Le problème de la causalité des maladies est au centre de la problématique médicale. On peut, grossièrement, les classer en trois catégories :

1/ les causes héréditaires, déficit inné, aboutissant plus ou moins rapidement au développement d’une maladie immunogénétique. Certaines sont bien connues et très invalidantes (trisomie 21, mucoviscidose, myopathie …), d’autres ne se révèlent que plus tard au cours du vieillissement (diabète, artérite, diverticulose colique …).

2/ les causes occasionnelles, affections acquises qui vont toucher l’individu alors que l’affection est endémique dans la population. C’est le cas des maladies infectieuses épidémiques, des parasitoses ou des MST, mais aussi des troubles métaboliques liés à la nutrition (carence ou surpoids) et à la pollution (métaux lourds, médicaments, vaccins …).

3/ les somatisations, qui sont à notre avis les plus importantes, car ce qui ne peut plus se vivre (s’élaborer) dans la tête va s’exprimer dans le corps :

– elles touchent tous les individus durant leur vie et ces tensions sont actives 24h/24,

– elles induisent des troubles variés, de la simple dysfonction organique jusqu’aux irritations tissulaires chroniques et même des passages à l’acte, comme la plupart des conduites agressives ou suicidaires !

 

Le symptôme apparaît lors d’une épreuve (événement plus ou moins grave de sa vie) :

 – un choc affectif (événement traumatique ?)

 – un choc organique (car l’organe mémorise la surcharge d’informations)

 = c’est l’épreuve de réalité (que parfois il refuse de reconnaître !).

 

Le symptôme est l’expression de l’échec du refoulement. Ou, si vous préférez, c’est un mode particulier (manifestation psychosomatique) de réapparition du refoulé (avec sa part d’angoisse), tentative de changement de ce que les psychologues appellent « l’économie interne ». Le symptôme a donc un sens, expression de la réalité psychique du patient qui vous le présente. Il apparaît au sein d’une diathèse, c’est à dire d’un ensemble de comportements (psychiques et dysfonctions tissulaires) issus d’une étape ratée du développement de sa subjectivité.

 

Le symptôme est pour le patient une question qu’il se/vous pose … il vous appartient de lui faire comprendre le sens de sa question. C’est important, car ce n’est pas vous, mais lui, qui a la réponse adaptée à sa réalité psychique ! Pour décoder sa question, vous étudierez sa relation à l’autre et au monde (somme des illusions positives ou négatives), le type d’organisation de ses pulsions (fusion, oralité, analité, phallique), ainsi que ses mécanismes de défense …

 Les INTERDITS issus du « SURMOI post Oedipien » (SOP), au principe de l’adaptation

 Refoulement … (ne pas faire/réalité) sur une théorie qu’il a échafaudé !

 Schémas cognitifs organisateurs qui peuvent changer (principe des thérapies cognitives)

 + Les DESIRS (faire/espoir) organisation pulsionnelle infantile, qui elle ne change pas

 = CHOC adaptatif ! … épreuve de réalité -> symptôme = manifestation d’une tentative d’adaptation comportementale au sein d’un type d’organisation

 

Ego

Le symptôme (trouble fonctionnel ou lésionnel) est la résultante de trois dysfonctions :

  • biologique (le corps)
  • psychologique (la tête, importance des interactions familiales)
  • sociologique (l’environnement, la culture de son groupe d’appartenance)

 

Car l’homme est un être doué d’une vie psychique qui imprime ses marques à son enveloppe charnelle :

 

–> Bonne adaptation, le conflit se règle dans la tête … selon les trois phases classiques :

  1. idéologique … identifications idéalisées (poumon)
  1. utopique … crise : désillusion, tentative de maintien de l’idéal (foie)
  1. mytho-poétique … se remotive sur un projet, mais a fait le deuil de l’idéologie (rein)


–> Si le conflit reste intra-psychique, il y aura difficulté d’adaptation (SPO fragile), déstabilisation passagère pour retrouver un équilibre (l’autre existe et capacité à s’illusionner) : le corps parle = troubles fonctionnels (stades 1, 2 et 3 de Reckeweg).

 

Ambivalence pulsionnelle liée à l’histoire psycho-sexuelle du sujet (autorisé / interdit = double contrainte)

 

Refoulement imparfait -> symptôme sur le corps (compromis fonctionnel qui évite la réalisation du désir)


–> Le conflit n’est pas géré (SPO inopérant ou dégradé : l’autre n’existe pas = l’ennemi c’est soi !), le choc n’a pas de sens = le corps souffre troubles lésionnels (stades 4, 5 et 6 de Reckeweg).

 

Ne peut (plus) s’illusionner, donner du sens à ce qui arrive. Inaptitude à élaborer les conflits, à subjectiver les excitations –> désorganisation progressive (problème vital parfois d’ordre archaïque : actualisation de ce qui s’est passé dans l’enfance ?)

 

Sur un plan diathésique, on observe que l’axe :

 

– Poumon (Moi-idéal)  vers Foie (objet / ça) est celui des pathologies (dysfonctions premières)

– Rein (Idéal du moi) vers  Coeur (Soi / narcissisme à nourrir) celui des solutions, tentatives plus ou moins opérantes pour donner du sens à ce qui arrive. La dépression (Rein) correspond ainsi à une absence de projet.

 

La thérapeutique devra prendre en compte les troubles lésionnels, liés à l’histoire présente, mais aussi conséquence des attachements archaïques …

7fois

 

« Guérir, c’est aguerrir« , c’est à dire faciliter son adaptation, réorganiser son vécu sur des basses nouvelles intégrant la « nouvelle donne ». Cela permettra le réinvestissement sur de nouveaux projets, de nouveaux objets (relations humaines) en reconnaissant la réalité du changement (souvent de la perte) … La capacité à vivre « l’épreuve de vérité » passe par un travail de deuil (de ce qui a été, n’est plus et ne sera jamais plus), processus indispensable à un nouvel investissement. L’accepter pour l’intégrer à son histoire, en lui donnant du sens, afin de réinvestir un futur possible …

 

Recalés à « l’épreuve de vérité », vos patients pourront peut-être bénéficier, par votre thérapeutique, d’un « examen de rattrapage », s’il n’est pas trop tard pour rectifier le tir, c’est à dire « accepter ce qui est », via un travail de deuil et l’élaboration d’un nouveau projet (NB. le sentiment d’utilité est antidépresseur).

 

Méfiez-vous de :

 

– « l’empathie » qui n’a jamais aidé personne : le thérapeute n’est pas l’ami du patient ! Au contraire, celle-ci peut conduire à une forme de prise de pouvoir. Elle peut être utilisée comme le premier stade d’une induction hypnotique (le « Get in tune with » de M. Erickson), dans le bon sens : contourner les mécanismes de défense ou dans un sens plus pervers : les hypnotiseurs de foire.

 

– la « position de soutien prolongée » qui est aussi une forme de prise de pouvoir. Si au début, elle peut s’avérer indispensable pour assurer un contexte de sécurité, l’absence de détachement (séparation) nuit à la nécessaire remise en mouvement psychologique indispensable à la reconstruction.

 – la position de « savoir » qui bloque l’échange : si vous avez d’emblée les réponses, vous cimentez ce qui peut naître de l’entretien, au pire vous passez pour un gourou (appropriation narcissique du praticien).

 – de « l’idéologie » qui est une négation des différences

 – des « autres intervenants dans la relation » … chaque patient est en moyenne suivi par quatre personnes : le médecin traitant, le professeur (ou spécialiste), le para médical (kinésithérapeute, infirmière ou pharmacien) et le « guérisseur » (vous en l’occurrence ?). Votre positionnement n’est pas forcément simple, car les avis et conseils de ces praticiens sont bien souvent contradictoires !

   Une excellente revue naturopathique

A propos de l'auteur
Françoise HENRY

Auteur de remarquables pages d’homéopathie et de psychologie, alors qu’elle avait commencé sa carrière par le droit, elle nous a quitté en 2013, suite à la complication d’une greffe rénale. Nous lui devons tous beaucoup pour sa lucidité et ses efforts dans le domaine des médecines douces.