L’anorexie mentale

L’anorexie mentale

« Tentative de maîtrise d’une peur morbide de grossir = jeûne et/ou restriction alimentaire qui induit maigreur et aménorrhée » (définie par le Pr. C. Lasègue en 1873)

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Essayez de voir la patiente comme un « oiseau tombé du nid » plutôt que comme un squelette anticipé ! C’est une maladie chronique émaillée de rechutes. Si, après 10 ans, une patiente sur deux est considérée comme guérie, certaines évoluent vers des épisodes boulimiques, ou au contraire s’aggrave en cachexie (IMC inférieur à 16) qui peut entraîner ostéoporose, insuffisance cardiaque et rénale (des ionogrammes seront demandés si nécessaire) et conduire à la mort (20 % des cas après 30 ans d’évolution !). Elle concerne 1 % des femmes (95 % des cas) de 14 et 18 ans, dans les pays industrialisés.

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Leur famille est généralement stable et soutenante, mais pour certains auteurs « trop moralisatrice, autoritaire ou rejetante ». Problématique narcissique (processus archaïques) exprimée sur le mode de l’analité = souvent associé à des troubles obsessionnels compulsifs (études et propreté) et à la dépression. Le thérapeute doit « jouer le rôle » de la mère et du père pour « recréer un espace psychique différencié » : développement d’images personnelles sur lesquelles on pourra travailler. Il pourra s’appuyer sur l’EDI (Eating Disorder Inventory), bref questionnaire (64 items) qui évalue le comportement alimentaire, l’image corporelle, et les traits de caractère (méfiance, perfectionniste, crainte de l’avenir …).

 

NB. le jeûne provoque une sorte d’excitation prolongée liée à la cétose = sorte « d’orgasme de la faim » (Kestemberg 1972) à l’effet psychoactif recherché. Les périodes de faim sont au contraire perçues comme une pulsion honteuse, qui traduit l’insupportable emprise du corps sur l’esprit !

 

Diagnostic différentiel : la maladie de Crohn au début, les tumeurs du système nerveux central et l’insuffisance surrénalienne, mais sachez aussi que l’anorexie est un symptôme fréquent chez l’enfant déprimé, obsessionnel, psychotique, paranoïde ou délirant.

 

Le traitement des anorexies mentales s’effectue en institution, dès qu’un risque vital existe. Les psychothérapies d’inspiration psychanalytique sont alors opérantes, ce sont elles qui donnent les meilleurs résultats à long terme. Mais avant cette prise en charge spécialisée, comment se positionner ? = évitez le « rapport de forces » : la jeune fille déni son aspect décharné … le praticien ne doit pas dénier le trouble psychologique. Leur vécu des hospitalisations est souvent persécutrice, le lien avec les parents est maintenu, même si les visites et les appels téléphoniques sont limités.

 

Etre écouté par quelqu’un qui cherche à les comprendre est pour elles une expérience nouvelle. La psychothérapie est le moyen d’entrer en contact pour l’amener sur un autre terrain, afin qu’elle se ré- approprie l’essence de ses actes. Progressivement, la manière de parler change et laisse entrevoir du désarroi et une souffrance auparavant masquée. La survenue d’une dépression ou d’un conflit avec les parents (idéalisés ?) n’est pas forcément de mauvaise augure.

 

Attention au contraire à la soumission aux désirs de l’autre (faux self ou même vrai relation sadomasochiste : jeux à deux dans un seul espace) qui marque l’idéalisation nostalgique d’une enfance protégée.

 

NB. On peut utiliser les protéines concentrées dans l’anorexie (1 à 2 sachets/jour), car ces jeunes patientes ont surtout un déficit de la masse maigre (muscles) alors qu’elles présentent une hypercholestérolémie paradoxale et une cellulite, mal placée évidemment ! Attention chez l’adolescente cellulitique : ne pas accepter un objectif de réduction pondérale déraisonnable qui peuvent induire un risque anorexique !

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L’homéopathie constitue une aide remarquable, d’autant qu’elle associera des remèdes en haute dilution (destinés à faire lâcher le fond obsessionnel) et des remèdes en basses dilutions (plantes et sels), soutenant les structures sous-jacentes en souffrance. On rencontre trois tableaux typiques :

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TUBERCULINISME (la problématique fusionnelle domine)

  • Arsenicum album (as) … jeune fille agitée et anxieuse (peur des germes ?), avec China (as) épuisée et aménorrhéique.
  • On rencontra aussi parfois : PhosphorusSilicea, Veratrum album (as) …
  • Tarentula hispanica (ge) : manie religieuse, agitée chronique …

PSORE (la problématique orale est retournée)

  • Sepia (mg) … exigeante, mais épuisée, recherche la solitude
  • ou Helonias (mg) … dépressive, s’agite pour ne pas sombrer
  • On rencontra aussi parfois : Ferrum met. …

SYCOSE (la souffrance narcissique de l’adolescence)

  • Natrum muriaticum … mélancolique introvertie, se culpabilise, a soif, sale beaucoup … avec Ignatia (déception) ou Staphysagria (non dit)
  • ou Cyclamen (na) … déprimée, morose et scrupuleuse, dégoûts alimentaires
  • On rencontra aussi parfois : Causticum (am), Hyosciamus (ca) manies …

Nosode : Carcinosinum (haute dilution) … compulsion obsessionnelle, perfectionniste, peur de devenir grosse, d’être rejetée, insomniaque …

Pour ma part, j’effectue toujours un BNS24, la plupart du temps évocateur : hypostructure + hypofonction

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Choix d’une plante en basse dilution = Anisum stellatum (na) 1 DH 10 gouttes avant chaque repas

ou : Avena sativa (zn), Carduus marianus (mg) …

J’accompagne toujours ma prescription (une plante ou Fleur de Bach) de :

  1. Sels de Schüssler (la structure est menacée) : Calcarea phos. + Magnesia phos. + Ferrum phos. + Kalium phos. + Natrum muriat. + Silicea 6 DH aa.
  2. Sérothérapie : « Diencéphale » + « Neuro-glandulaire » + « DVPF »
  3. Et d’acides gras Oméga 3, car le risque vasculaire est important.

Quand le trouble est évolué (maigreur extrême), le bilan va se compliquer d’aspects inflammatoires et lipidique !

Lorsque le problème se complique d’accès boulimiques, il faudra introduire un remède de dysneurotonie en haute dilution :

  • Anacardium (am) … impulsions contradictoires calmées en mangeant
  • Antimonium crudum (as) … jeune fille timide et romanesque, gastralgies
  • Ignatia amara (na) … déception et soupirs
  • Lachesis (ge) … volubile et impulsive, tendance éthyl ?
  • Nux vomica (s) … si éthyl ou toxicomanie associée
  • Pulsatilla (si) … capricieuse et revendicatrice
  • Vanadium (ph) … amaigrissement et hypo TA

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A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.