Les bactériophages

L’avenir de la lutte anti-microbienne ?

Le nom de Félix Hubert d’Hérelle, virologiste né au Québec en 1873, est indissociable de la découverte des bactériophages. Entre 1917 et 1965, plus de 11 000 articles ou livres sur les bactériophages, appelés aussi « phages » ou « virus bactériens », ont été publiés. On ne sait combien il y en eut par la suite, leur nombre n’ayant pas été recensé. La base de données de l’Université Laval au Québec comprend environ 4 500 bactériophages examinés au microscope électronique.

Les virus sont divisés en cinq grands groupes : les virus des vertébrés, des invertébrés, des plantes, des bactéries et des protistes eucaryotes (champignons, algues, protozoaires). D’Hérelle a donc découvert le groupe des virus des bactéries (ou bactériophages).  

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Un peu d’histoire :

En 1915, à l’Institut Pasteur de Paris, d’Hérelle étudie les cultures bactériennes des recrues militaires victimes d’une épidémie de dysenterie. Il remarque que les cultures sont détruites par un agent inconnu, invisible et passant à travers les filtres destinés à retenir les bactéries. Or, cet agent signe la guérison des malades. Il fondera un « Laboratoire du Bactériophage » à Paris (1933) avec pour objet la production des phages thérapeutiques.

En 1934, d’Hérelle se rend en Russie sur invitation de son disciple G. Eliava pour y fonder des instituts de recherche sur les bactériophages à Tbilisi (actuelle Géorgie), Kiev et Kharkov. Pendant l’occupation allemande, D’Hérelle est interné et il écrit ses mémoires qui ne seront pas publiés. Il meurt en 1949, et malgré l’importance de ces découvertes, d’Hérelle est resté méconnu. 

Tandis que le monde occidental a « oublié » la phagothérapie, l’institut de Tbilisi fabrique, derrière le rideau de fer – à l’insu du monde occidental, des « phages thérapeutiques » depuis plus de 60 ans. Il s’agit surtout de phages de Pseudomonas, E. coli, Proteus, Staphylococcus, Streptococcus, Enterococcus, Klebsiella et Acinetobacter, scellés en ampoules et administrés par voie orale ou par vaporisation.

Jusqu’au démembrement de l’URSS, la fabrication des phages sera considérable et le nombre d’employés atteindra le chiffre de 1200. Depuis l’indépendance de la Géorgie, l’institut a perdu ses marchés et ne travaille que pour les besoins locaux. Mais plusieurs instituts américains, confrontés aux résistances bactériennes, ont redécouvert l’intérêt des phages, notamment contre les bacilles de Koch et de Hansen. En France, l’utilisation humaine des bactériophages est tout simplement interdite !

Les prochaines années seront donc sans doute celles du déclin de l’antibiothérapie de large spectre (les souches bactériennes multirésistantes aux antibiotiques se multipliant) au profit de bactériophages spécifiques.

Cas clinique : A la fin de 2004, une femme de 54 ans, atteinte d’une dilatation des bronches, a été vue pour une intervention sur la hanche. Elle était atteinte d’une surinfection pulmonaire chronique par une souche de Pseudomonas aeruginosa résistante à presque tous les antibiotiques. A la demande de la patiente, elle-même médecin, il fut recherché un bactériophage dans les eaux d’égout de l’hopital. Après culture et purification, l’extrait fut donné en aérosol deux jours de suite … La chirurgie fut réalisé avec succès deux mois après.  

Actualité : Le biologiste israélien Udi Qimron (université de Tel-Aviv) a conçu un « nettoyant miracle » qui viendrait à bout des microbes résistants aux antibiotiques à l’origine des contaminations nosocomiales. Il contient des bactériophages qui s’introduisent dans ces germes pour les doter d’un gène qui les rend à nouveau sensibles aux antibiotiques ! (Applied and Environmental Microbiology, 2011)

Bibliographie des bactériophages : 

D’Hérelle F. «The Bacteriophage and its Behavior » (Williams & Wilkins, Baltimore, 1926).

DUBLANCHET Alain « Des virus pour combattre les infections, la phagothérapie : renouveau d’un traitement au secours des antibiotiques » (Favre, 2009)

Centre de référence « Félix d’Hérelle » pour virus bactériens : Département de biologie médicale, Faculté de médecine, Université Laval, Québec, QC, G1K 7P4 (Canada) Mail : ackermann@mcb.ulaval.ca

Téléchargez la thèse de l’Université de Lausanne sur le sujet : Phagothérapie

LES VIRUS BACTÉRIOPHAGES : IL FAUT ALLER EN RUSSIE POUR EN BÉNÉFICIER

Dans le monde vivant, l’équilibre des espèces s’effectue par le biais de prédateurs spécifiques : des renards pour ne pas être envahis par les lapins, des lions pour réguler les gazelles, des chats pour limiter les souris. Il en va de même dans le monde des insectes, des poissons… et des bactéries, car la nature a tout prévu, quand l’homme apprenti-sorcier veut bien la laisser faire, voire l’aider.

Mais la plupart des médecins ne connaissent pas l’existence des bactériophages…

Des virus se nourrissant d’une bactérie spécifique

Nouvelle découverte ? Pas du tout : L’utilisation des virus bactériophages a été une thérapie efficace utilisée avant l’avènement des antibiotiques. Découverts tout d’abord en 1915 par Frederick W. Twort à Londres, puis observés de nouveau en 1917 par Félix d’Hérelle, et isolés par ce dernier, ces virus mangeurs de bactéries connurent dès cette époque leurs premières applications dans le traitement de grosses infections, et révélèrent publiquement leurs premiers succès au début des années 1920. On a appelé cela la phagothérapie.

Hélas, à partir des années 30, les bactériophages furent définitivement mis au placard au profit des antibiotiques bien plus rentables. Depuis ce temps, il n’existe plus aucune publication en France traitant de la phagothérapie.

Pourtant, Alain Dublanchet, médecin biologiste français qui s’est passionné pour la phagothérapie, mène depuis une dizaine d’années des recherches avec différents instituts. Grâce à lui, nous redécouvrons ce remède fiable et sans danger que la médecine française a (volontairement) fait oublier. Heureusement, d’autres pays, comme la Russie ou la Géorgie – où le Dr Alain Dublanchet a mené la majeure partie de ses recherches – utilisent toujours les phages.

À Moscou, on les trouve en vente libre pour 10 €, aussi couramment en pharmacie que les antibiotiques chez nous.

Les dramatiques inconvénients des antibiotiques

La grosse différence avec les antibiotiques (traduction : destructeurs de vie), est que ces familles de champignons microscopiques éradiquent tout sans distinction sur leur passage. C’est le nettoyage par le vide comme dans les sales guerres. Rappelons que dans un corps humain en particulier, nous avons en moyenne 5 kg de bactéries ouvrières sans lesquelles nous ne pourrions pas survivre. En première ligne il y a la flore intestinale qui est la principale gardienne de notre santé.« Quand l’intestin ne va plus, rien ne va plus,… même le moral ! »

Une seconde différence avec les antibiotiques, que je me permets de rappeler ici, (même si c’est politiquement incorrect), c’est que ceux-ci ne sont pas bactéricides, mais seulement bactériostatiques – ce qui veut dire que les bactéries pathogènes sont provisoirement endormies pour quelques semaines, et on recommence par la suite, avec les mêmes pour le plus grand plaisir des médecins et des pharmaciens – je pense par exemple au Bactrim dans les cas de cystite, qui vous soumet en quelque sorte, à un abonnement au long cours.

Enfin, tout le monde sait que la médecine actuelle se trouve confrontée à un énorme problème : non seulement les bactéries deviennent de plus en plus résistantes aux antibiotiques classiques, mais elles mutent même pour pouvoir s’en nourrir… Comme nous l’explique Alain Dublanchet dans un livre qu’il a publié aux éditions Favre « Des virus pour combattre les infections »cette résistance aux antibiotiques fut pourtant constatée dès la mise sur le marché de la pénicilline. Par la suite, les échecs répétés de ces antibiothérapies n’ont pas été remis en question par la science médicale qui s’est seulement obstinée à rechercher de nouvelles molécules de la même famille. Ainsi sont nées les fameuses infections nosocomiales – en fait des soins qui tuent !

25 000 morts par an en Europe, qui pourraient en partie être évitées.

Un vrai bactéricide a pour mission d’éliminer définitivement une bactérie terroriste ciblée, en laissant tranquille toutes les autres. Voilà ce que savent faire les bactériophages. Le Dr Alain Dublanchet affirme que toutes les infections qu’il a traitées ont été jugulées en 8 à 10 jours sans connaitre aucun échec.

En France, seuls quelques courageux osent employer la phagothérapie. C’est le cas de Paul-hervé Riche, médecin nimoins retraité qui prend en charge, depuis 40 ans les patients souffrant d’infections graves. Dans l’ouvrage qu’il vient d’écrire avec Philippe Garrigues (« Manuel de phagothérapie pratique », il explique : « La phagothérapie consiste d’abord à remettre en place les équilibres naturels du corps ainsi que le PH du sang, la glycémie et le contrôle des antiphages ». En l’espace de près de 40 ans, cette approche thérapeutique lui a permis, assure-t-il, de soigner des milliers de personnes, sur nombre de terrains infectieux… Et de récolter au passage quelques démêlés avec l’ordre des médecins (pour exercice illégal de la guérison ?).

Aujourd’hui, alors que la phagothérapie revient au devant de la scène médicale, il tient au titre d’héritier, en ligne directe, du découvreur français des bactériophages. « J’ai été formé par André Raiga-Clémenceau qui, lui-même fut le seul élève de Félix d’Hérelle ».
Son ouvrage peut être commandé sur son site internet : www.bacteriophage.info.

La Russie tire son avance thérapeutique du passé

En Russie, cette technique a été conservée, si bien que les phages sont utilisés jusque dans l’espace, pour soigner les astronautes. En effet, lorsqu’on tourne les yeux vers les pays de l’Est, on y découvre une avancée incroyable dans le traitement des infections les plus graves, ainsi qu’une véritable recherche scientifique dédiée à cette méthode délaissée.

C’est à Tbilissi, en Géorgie, que se trouve le Phage Therapy Center qui propose un programme de traitement contre les infections réfractaires aux thérapies classiques.Les témoignages de guérisons inespérées sont aussi nombreux qu’étonnants. Et les études menées sur des patients dont l’état de santé était dramatique, relatent que ces gens, condamnés à une mort certaine, ont tous été sauvés par l’utilisation de phages.

L’avantage clé de la phagothérapie est qu’elle fonctionne sur des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques sans les rendre de plus en plus récalcitrantes au fil du temps, car le phage répond à un processus naturel d’équilibre du monde bactériologique.
Mais pour que ce traitement repasse l’ancien rideau de fer, il faudra l’accord de nos autorités de santé. Or les phages étant des virus, ils n’entrent pas dans le cadre de la législation européenne. Cela promet malheureusement de gros retards… et tant pis pour les patients ! Mais si vous êtes dans une impasse infectieuse, pensez à la Russie…

Michel Dogna

Notre remarque : En fait il y a un problème avec les phages, c’est que l’on ne peut pas les administrer par voie générale :

sinon le corps fabrique des anti-corps pour s’en débarrasser … donc, utilisables uniquement voie cutanéo-muqueuse ou digestive !

Phagothérapie : quand les virus guérissent…

L’IPSN est allé à la découverte d’une science étonnante et pourtant très ancienne, capable de détrôner les antibiotiques et de redonner espoir à de nombreux malades, dont ceux touchés par Lyme ! Alain Dublanchet, expert mondialement reconnu, nous introduit dans les arcanes de ce fascinant sujet.

Des virus pour combattre des bactéries

Pratique pourtant ancienne, abandonnée par la science moderne, l’utilisation des phages était une thérapie très efficace avant que n’apparaissent les antibiotiques. Que sont-ils ? Les phages sont des virus naturels capables de détruire les bactéries (chaque virus a une action sur une bactérie spécifique). Découverts tout d’abord par Frederick W. Twort à Londres en 1915, observés de nouveau par Félix d’Hérelle en 1917 puis isolés par ce dernier, ces virus « mangeurs » de bactéries révèlent dès cette époque leurs premières applications thérapeutiques dans le traitement d’infections diverses et connaissent leurs premiers succès au tout début des années 1920.
La « phagothérapie » est l’utilisation de ces virus appelés aussi bactériophages pour traiter des infections bactériennes. En effet, les phages ont la particularité d’infecter les bactéries qu’ils ciblent de façon spécifique, et même de les détruire sans endommager les cellules humaines, animales ou végétales. Alain Dublanchet, médecin biologiste français, spécialiste de la phagothérapie, mène depuis une dizaine d’années ses recherches avec différents instituts, notamment l’Institut Pasteur. Nous redécouvrons grâce à lui ce que la médecine a oublié : un remède fiable et sans danger.
Actuellement, la médecine recense environ 6000 phages, chacun associé à une seule bactérie. Les phages sont donc un mode de thérapie bien connu, mais en France, personne n’en parle ! Mais d’autres pays, comme la Russie ou la Géorgie où le Dr Dublanchet a mené la majeure partie de ses recherches, utilisent encore les phages. Là-bas, on les trouve même aussi couramment en pharmacie que nos chers antibiotiques.

Antibiotiques : quand les soins tuent !

Si les antibiotiques ont représenté jusqu’ici une solution inégalable pour traiter toutes sortes d’infections plus ou moins graves, la médecine actuelle se trouve confrontée à un problème effrayant : les bactéries sont de plus en plus résistantes à ces traitements, plongeant ainsi le corps médical dans une impasse thérapeutique.

Comme nous l’explique Alain Dublanchet dans son livre « Des virus pour combattre les infections », cette résistance aux antibiotiques fut pourtant constatée dès la mise sur le marché de la pénicilline. Par la suite, les échecs répétés de ces thérapies n’ont pas été remis en question par la science moderne qui s’est obstinée à rechercher de nouvelles molécules avec une confiance aveugle en l’efficacité des antibiotiques. La machine infernale est donc lancée, donnant naissance à de redoutables effets rebond supplémentaires. L’ironie du sort veut que nous assistions peu à peu à l’apparition d’infections à bactéries multirésistantes directement liées aux soins : les fameuses infections nosocomiales !

Il s’agit d’infections consécutives à des soins reçus en milieu hospitalier, apparaissant généralement 48 heures après l’admission du patient. Du fait de la vulnérabilité propre aux malades, l’exposition à des bactéries résistantes représente un grand risque, pouvant provoquer des infections difficiles, voire impossibles à traiter. Depuis quelques années, elles représentent non seulement une cause de plus en plus importante de décès, mais, surtout, la proportion d’infections dues à des bactéries résistantes croît de façon inquiétante.

Il devient donc urgent aujourd’hui de s’orienter vers d’autres moyens thérapeutiques. Pour cela, la thérapie par l’utilisation des phages représente un espoir solide dans le traitement des infections les plus difficiles à combattre. Sans doute pourra-t-on envisager des traitements couplés comprenant des antibiotiques à l’action globale et des phages à l’action ciblée.

La science de demain vient du passé ?

À partir des années 1930, les phages ont sombré dans l’oubli au profit des antibiotiques. Ainsi, cela faisait près de trente ans qu’il n’existait plus aucune publication en France traitant de la phagothérapie, ni même d’application thérapeutique. En Russie cependant, cette pratique a été conservée, si bien que les phages sont utilisés jusque dans l’espace, pour soigner les astronautes. Ce qui d’ailleurs intéresse de plus en plus les armées françaises et américaines.

En effet, lorsqu’on tourne les yeux vers les pays de l’Est, on découvre une avancée incroyable dans le traitement des infections les plus graves, ainsi qu’une véritable recherche scientifique dédiée à cette pratique délaissée des phages. C’est à Tbilissi, en Géorgie, que se trouve le Phage Therapy Center qui propose également un programme de traitement contre les infections réfractaires aux thérapies classiques. Les témoignages de guérisons inespérées sont aussi nombreux qu’étonnants ! Et les études menées sur des patients dont l’état de santé était dramatique relate que ces personnes, condamnées à une mort certaine, ont ainsi été traitées par des phages, et toutes ont été sauvées par ces derniers.

L’avantage clé de la phagothérapie est qu’elle fonctionne sur des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques sans les rendre de plus en plus récalcitrantes au fil du temps. Tout simplement car le phage répond à un processus naturel permettant un équilibrage des bactéries. En effet, à l’inverse des antibiotiques qui, à cause de leur spectre trop général, ont la réputation de détruire la flore intestinale (nos bactéries internes), les phages ont l’avantage de cibler précisément une seule bactérie tout en évoluant, en s’adaptant de façon coordonnée avec cette dernière, faisant face ainsi à ses possibles résistances. De ce fait, les bactériophages constituent une piste sérieuse dans la découverte de traitements fiables contre les infections bactériennes résistantes aux antibiotiques.

Mais pour que ce traitement d’avenir soit effectif, il faudra l’accord de nos autorités de santé. Or les phages étant des virus, ils n’entrent pour l’instant pas dans le cadre de la législation européenne. Cela promet malheureusement du retard, préjudiciable aux patients.

 

Pour aller plus loin…

Ce sujet représente de nouvelles perspectives pour la prise en charge des infections les plus résistantes, tout en apportant un réel espoir tant pour les individus que pour le corps médical. Aussi, il ne serait pas étonnant que la phagothérapie retrouve ses lettres de noblesse dans les prochaines décennies, apportant des réponses là où il n’y a plus aujourd’hui de solutions. Si vous désirez approfondir la question, voici quelques pistes :

  • Le livre « Des virus pour combattre les infections » du Dr. Alain Dublanchet, paru aux éditions Favre
  • Le documentaire « La guerre des phages », 2005
  • Le documentaire « Virus contre bactérie », 2012
  • L’association Phag Espoirs

Augustin de Livois

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.