Les concepts homéopathiques

Les concepts développés à partir de l’homéopathie …

« Comme la plupart des découvertes scientifiques, l’homéopathie aura les raisonneurs contre et les expérimentateurs pour elle. Souvenons-nous de cette parole de Saint Paul : « Soumettez tout à l’épreuve et gardez ce qui est bon » » P. Schmidt.

 

Les « temps modernes » de l’homéopathie :

A — La hauteur des dilutions utilisées s’appuit sur les notions de « plénitude, d’insuffisance et de vide »

En médecine chinoise, il peut exister trois catégories de troubles au sein de chaque pôle organique : le vide, la plénitude et l’insuffisance. Il est très important de saisir ces concepts, afin de déterminer la situation dans laquelle se trouve le malade. De plus, comme nous allons le démontrer ci-après, le choix du (des) médicament(s), ainsi que de leur dilution dépend essentiellement de cette détermination.

La plénitude est une situation de « trop plein » d’un des 5 pôles organiques. Les Chinois appellent cela un « pervers », ce qui veut dire « pas à sa place », qui déborde. Une plénitude sera toujours aggravée par tout ce qui concerne le pôle en question. Prenons l’exemple d’un réservoir de voiture, s’il est déjà trop plein et qu’on tente de le remplir plus, on aggrave la situation… La solution sera de « disperser la plénitude ».

L’insuffisance est une situation de manque chronique d’un des constituants du pôle. En reprenant l’exemple de la voiture, on aurait la lumière rouge du réservoir qui clignote, indiquant que le réservoir est bientôt vide et qu’il faut rapidement aller le remplir. La solution sera de « nourrir l’insuffisance ».

Le vide, est la situation qui se présente lorsque l’on est allé au-delà de l’insuffisance. Dans notre exemple, on a continué à rouler malgré le signal rouge au tableau de bord et toutes les saletés du réservoir sont passées dans le carburateur ! Même si on rajoute de l’essence, le moteur ne marche plus ! La situation du vide correspond aux maladies chroniques (plusieurs années), graves et aggravées par toutes thérapeutiques, même celles qui semblent bien choisies. La solution en MTC sera de traiter le patient par les « merveilleux vaisseaux ». En homéopathie, nous aurons aussi recours à des remèdes tout à fait spéciaux : les Nosodes, qui ont été les premiers remèdes immunologiques proposés au monde médical.

Le plus difficile en médecine est justement la détermination d’un état de plénitude, d’une insuffisance ou d’un vide. Des symptômes de plénitude peuvent en fait souvent cacher une insuffisance sous-jacente !

HoméoDil  les toxiques s’utilisent en micro-doses seulement !

=> Hauteurs de dilutions et types de remèdes :

Or, si l’on réfléchit à ce qu’est un remède homéopathique, on ne peut qu’être frappé du caractère plus ou moins « plein » de matière de celui-ci. Les hautes dilutions étant les plus « vides », on peut donc postuler que le traitement idéal sera d’utiliser les dilutions en fonction des situations rencontrées :

  1. Problème de plénitude … haute dilution (c’est à dire supérieure à 12 CH, cf. nombre d’Avogadro)
  2. ou d’insuffisance … remède en moyenne ou basse dilution
  3. ou de vide … Nosode (complexes antigène-anticorps) en haute dilution, car le vide de « bonne énergie » implique son comblement par une énergie « perverse »

La matière médicale est composée de remèdes empruntés aux 3 règnes de la nature : minéral, végétal, animal. Tous ces remèdes peuvent en fait être classés en 2 catégories : toxique et atoxique (alimentaire). Les remèdes de type alimentaire vont surtout intéresser la structure, alors que les remèdes toxiques (poisons) agiront surtout sur les hyperfonctions pathologiques.

* Dans le règne minéral, nous avons des atoxiques comme Calcarea carb. (le calcaire), Natrum muriaticum (le sel de cuisine), Ferrum metal. (le fer) … Mais aussi des toxiques qui ont, soit une action d’empoisonnement (Arsenicum album), soit une action d’irritation (Chlore, Chrome), soit des substances toxiques du fait de leur haut poids moléculaire (Plumbum, Mercurius, Aurum … > 50 de Poids moléculaire, limite de toxicité – sauf pour l’iode).

* Dans le règne végétal, nous avons toutes les plantes alimentaires comme Avena sativa (l’avoine), Allium cepa (l’oignon), Taraxacum (le pissenlit), en fait un grand nombre de plantes de la phytothérapie classique. Mais nous disposons aussi de plantes toxiques qui contiennent des poisons végétaux violents, ex.: Belladona (la belladone), Conium maculatum (la ciguë), Digitalis purpurea (la digitale)…

* Dans le règne animal, nous avons des remèdes atoxiques qui sont les « organes sains » de l’organothérapie ou sarcodes (de « sarc » = la chair). Nous avons aussi des remèdes toxiques d’origine animale comme les venins de serpents (Lachesis, Naja, Bothrops, Vipera …), les araignées (Tarentula, Mygale, Latrodectus mactans), le venin d’abeille (Apis mel.)…

Il est essentiel de retenir que le remède atoxique agit plutôt sur la structure et qu’il faudra le prescrire en basse dilution pour nourrir une insuffisance. Une insuffisance se traitera toujours par la basse dilution d’un remède alimentaire qui vient nourrir la structure.

Le remède toxique sera très logiquement prescrit en haute dilution (Arsenicum album, Lachesis ou Mercurius en 1DH ne sont pas de bons remèdes !) afin de disperser une plénitude, une hyperfonction pathologique. A noter qu’actuellement encore, certains praticiens utilisent des dilutions relativement basses de ces remèdes, ce qu’il vaut mieux éviter de faire.

Samuel Hahnemann était d’ailleurs bien conscient du phénomène, puisqu’il préconisait, pour réaliser une pathogénésie, que : « La dose à administrer au sujet en expérience doit être inversement proportionnelle à la toxicité du produit » (Organon 121).

Exception logique : les remèdes minéraux qui sont les constituants naturels du corps (ex.: les sels biochimiques de Schüssler), peuvent aussi être utilisés en haute dilution pour le traitement d’une plénitude pathologique.

En pratique, il y a une autre dimension à prendre en compte : plus on veut traiter la cause (choc primaire), plus on va utiliser un remède unique en haute dilution. A la réflexion, cela semble logique, car avec le temps, dans le corps humain, l’information est diluée (environ 3 litres par jour) et dynamisée par le système vasculaire (au rythme de 1 pulsation par seconde). Si l’on veut atteindre une information ancienne, il faudra donc donner le remède similimum à une dilution/dynamisation équivalente (c’est-à-dire d’autant plus élevée qu’elle est ancienne).

Homéo+

 

B — Apport de l’homotoxicologie : la notion de « phases pathologiques »

Dans les années 1950, un homéopathe allemand, H.H. Reckeweg décrit, dans son fameux « tableau des phases », la progression des dysfonctions organiques en six grands types de pathologies, allant des troubles fonctionnels simples aux maladies somatiques graves. Nous pouvons reprendre et développer cette conception :

–> Les maladies fonctionnelles (critère biologique : les « Albumines » élevées ou normales) :

Dysfonction du sang et de l’énergie (pathologies de niveaux 1 et 2, cf. H.H. Reckeweg) qui induisent une stagnation d’abord, puis des épisodes inflammatoires aigus (chaud et humide) observés (à répétition) durant l’enfance et l’adolescence, avec des manifestations cutanéo-muqueuses (ex. : inflammations ORL, sueurs …) et dystoniques (ex.: tétanie, énurésie …). Le concept hahnemannien de la PSORE (et du Tuberculinisme).

–> La désadaptation (critère biologique : les Euglobulines divergent = stress oxydatif) :

Moment de déséquilibre du milieu intérieur sous l’influence d’une agression (microbes, vaccins, médicaments …) ou de soucis (émotions non historisées). Ainsi, à l’âge adulte, apparaissent des troubles du système lymphoïde que la MTC appelle justement : les « glaires » (pathologies de niveaux 3 ou 4 de Reckeweg) = prise de poids, maladies de surcharge (ex.: diabète, arthrite, goutte, fibrome utérin ou adénome prostatique …), puis les lithiases, en phase de sécheresse, qui peuvent se compliquer d’épisodes « inflammatoires » (ex.: poussée d’arthrite sur fond d’arthrose), sur fond d’épisodes allergiques ou suppuratifs chroniques. Le concept hahnemannien de la SYCOSE (humide ou sèche)

–> Les maladies lésionnelles (les « Albumines » deviennent franchement basses = la structure souffre) :

Dysfonction de l’eau et du feu (pathologies de niveaux 5 ou 6 de Reckeweg) = syndrome sec et brûlant avec dégénérescence organique évolutive :

  • les insuffisances cardiaques, respiratoires, hépatiques et rénales (rôle du tabac et alcool),
  • l’artériosclérose (proximale) ou la micro-angiopathie diabétique (distale),
  • l’auto-immunité d’organes (ex.: Thyroïdite, SEP, PR, Crohn …) ou conjonctive (ex.: Sclérodermie et LED), les dégénérescences : maladies de Parkinson (sous-cortex) et d’Alzheimer (cortex),
  • les cancers (dont la fréquence s’accroît avec l’âge).

C’est le concept hahnemannien de la LUESE

1910Denvers  hôpital homéopathique de Denvers (Colorado) en 1910

 

C — 2ème apport de la MTC : les 25 régulations, organisation des « familles de remèdes »

P. Kollistch introduit, en France dès 1955, une vision systémique et physiopathologique au sein de la matière médicale : il hiérarchise les 2000 remèdes qui sont regroupés, en fonction de leurs symptômes, en 25 « familles » thérapeutiques. En comparent ces deux approches, il nous est apparu évident que les 25 familles de remèdes de la Matière médicale décrivaient les troubles des 25 (5×5) grandes régulations organiques du pentagramme de la MTC, jetant les bases d’une approche systémique qui permet à présent d’envisager quels échanges tissulaires sous-tendent les symptômes des différents remèdes.

Récepteurs organiques :

  • Pôle lymphoïde (Rate-pancréas) = Hg/Ba/Pb/Sn/Ac
  • Pôle métabolique (Foie) = S/Mn/Mg/Fe/Cu
  • Pôle cutanéo-muqueux (Poumon) = Ph/As/Ge/Zn/Si
  • Pôle vasculaire (Coeur) = K/Na/Io/Ca/Am
  • Pôle conjonctif (Rein) = Au/Ag/Al/Ch1/Ch2

Une telle organisation des remèdes de la Matière médicale homéopathique permet :

— d’expliquer facilement le niveau organique des effets des remèdes et le pourquoi de leurs symptômes et de leurs modalités : « aggravé par » … mouvement (exercice), saveur (aliments), froid, soif, émotions, etc … qualifie une plénitude ou le vide (plus rarement) de l’élément correspondant. Alors que « amélioré par » … vous signale l’insuffisance de l’élément correspondant.

— de trouver rapidement le similimum en quelques questions visant à déterminer :

  1. Sur quels pôles organiques se situent la cause et les manifestations du problème,
  2. Quel constituant est en jeu (le sang, l’énergie, la fonction, la structure), ce qui revient finalement à déterminer le(s) familles(s) qui parmi les 25 a (ont) besoin d’une amélioration de sa (leur) régulation,
  3. Puis vient finalement la détermination du vide, de la plénitude ou de l’insuffisance, qui va déterminer le type de remède et la dilution à utiliser.

Pour chaque remède de ce cours, nous signalons entre parenthèse le groupe auquel appartient le remède, ex.: Lachesis (ge) … ce qui précise immédiatement sa diathèse et le type de troubles prédominants dans celle-ci (ex.: Lachesis (ge) : tuberculinisme = poumon / énergie / ambassadeur du coeur – sang).

Vous trouverez le détail des symptômes de ces remèdes dans la partie « Homéopathie diathésique » pour les remèdes minéraux et animaux, dans la partie « Herbier » pour les remèdes végétaux.  En cas de doute, utilisez la fonction « cherchez » du site.

A noter – quand vous lirez des ouvrages d’homéopathie – qu’il ne faut pas confondre les termes :

— nous parlons de « diathèses organiques » comme regroupement des remèdes par pôles d’organes (synergie fonctionnelle), lieu des causes des maladies (dans l’espace),

— les ouvrages classiques parlent de « diathèses hahnemanniennes », critères de manifestations des maladies (cf. les 3×2 phases évolutives, vues plus haut = dans le temps).

Il existe 5 types de Nosodes :

  1. Tuberculinum = vide d’énergie du pôle Poumon … patient asthénique et en quête du « paradis perdu »
  2. Psorinum = vide de Yang du pôle Foie … patient frileux et dépressif
  3. Luesinum = vide d’eau du pôle Rein … patient sec et insomniaque
  4. Medorrhinum = vide de feu du pôle CÅ“ur … patient anxieux et arthrosique
  5. Les stock-nosodes (les autres : il en existe à peu près 150) représentent des situations de « blocage partiel » du pôle Rate.

 

En résumé :

Le remède homéopathique peut être considéré comme la réponse symbolique et énergétique aux symptômes, expressions d’un refoulement qui n’est plus suffisamment opérant au sein de la réalité psychique du patient, c’est à dire du trouble de sa position dans le monde (diathèse) et sa tension actuelle (remède).

Les homéopathes ont l’habitude des caricatures, aspects un peu négatifs de la tendance diathésique :

Patients « tuberculiniques » … dépendants, passifs (agités ou non, ils peuvent se laissent mourir)

Patients « psoriques » … avides et paresseux (oralité, crainte du manque), ou scrupuleux (analité, crainte de la dépendance, désir de maîtrise et auto-érotisme)

Patients « luétiques » … tyranniques, agressivité sociale (actes tournés vers les autres)

Patients « désadaptés » … décalés (parfois déjantés et antisociaux : passage à l’acte ?)

Patients « sycotiques » … conformistes, égoïstes et méfiants (défiance à l’égard des autres).

 

Nous allons rentrer dans les détails de ces troubles de la subjectivité et des remèdes qui correspondent à ces différents tableaux cliniques dans les chapitres qui vont suivre 

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.