Les nombres en MTC

LES NOMBRES.

Dans toutes les cultures traditionnelles les Nombres ont une importante valeur symbolique : ils sont sacrés ! Dans notre culture actuelle, un chiffre a une valeur quantitative (combien ça coûte ?).

La « numérologie » persiste à considérer l’importance qualitative du Nombre derrière la valeur quantitative du chiffre

Pourquoi est-ce important dans l’étude de la médecine traditionnelle chinoise ?

« On ne peut pas rentrer dans la compréhension des textes chinois si on ne porte pas la plus grande attention aux structures numériques sous jacentes à la construction de ces textes ».

Voici quelques règles :

Un Nombre a plusieurs significations qui sont liées à celle des nombres qui le constituent. Nous serons amenés à souligner cela quand nous parlerons par exemple du « 5 ».

« 5 » a la signification du « 4 » plus « 1 » ou celle du « 3 » plus « 2 ».

Autres règles :

  • La multiplication de deux nombres implique la notion d’engendrement
  • Le « carré » signifie l’accomplissement. (On va donner des exemples)
  • La première série numérique d’où tout provient va de 1 à 10.
  • Le dix c’est le retour à l’unité (après avoir fait un tour donc à l’étage au dessus. 1 + 0 = 1)

-Exemple d’analyse numérologique d’un nombre 2008 c’est 2+0+0+8=10 =) 1+0=1 tout comme 1999.

Il n’y a pas d’année dont la valeur soit zéro. « 0 » est le vide médian. La plus parlante image, a été pour moi celle proposée par Lao Tzeu : observons la roue, elle tourne ! Mais au centre de la roue il existe un lieu mathématique immobile. Ce centre ne peut pas avoir de dimension il ne peut pas être matériel il ne peut être « que » vide.

Et Lao Tzeu dit, parlant de la roue : « ce vide en son mi- lieu en permet l’usage » (ça nous intéresse en cela que toute articulation, –et pour nous bien sur l’ATM- si elle fonctionne correctement doit être « le lieu du vide »).

Le « 1 » C’est le concept d’unité. Il est à la fois principe premier et « ultime ». Origine et devenir.

La série mathématique des nombres commence à 1 et s’étend à l’infini. Mais chaque nombre peut être considéré comme une collection d’unités, donc chaque nombre représente bien un aspect de l’unité absolue.

S’il est à la fois le 1 et le « tout » on doit forcément lui reconnaître une « puissance créatrice »Hen to Pan

Voir illustration « ouroboros » le dragon qui se mord la queue  “Hen to pan” = Un est le tout -et aussi- Tout est Un

Dans la tradition chinoise « 1 » c’est le yang primordial (Yang crée). Quand on ajoute un « un », à chaque fois il apparaît quelque chose de neuf : 1+1 = 2 ; 1+3 = 4, alors que le pair Yin se contente de croître : 2+2=4, 2+4=6… c’est toujours du « pair »

Cette « unité », il n’est donné à personne de la définir ou de la décrire. On ne peut que la vivre dans une fusion suprême qui échappe à notre monde manifesté qui est, lui, nécessairement duel ou multiple.

 

A partir du 2 sont définis successivement : les conditions de la vie, les manifestations de la vie et le devenir de la vie.

Deux c’est l’inexorable passage à la dualité. Au cours de votre existence vous ne pouvez pas avoir une chose sans son contraire /complémentaire. Il n’y a pas de Bien sans Mal, pas de générosité sans égoïsme, de bienveillance sans malveillance, de beauté sans laideur, de paix sans guerre…

Dans la culture chinoise c’est « Yin / Yang » qui manifeste l’inexorable dualité.

Un des couples Yin-Yang célèbre est le couple Ciel / Terre. (il préexiste au Yin/yang voir le Yi Jing)

Il est fondamental de noter que le couple Yin/Yang est toujours donné dans cet ordre alors que le couple Ciel/Terre est lui donné dans un ordre Yang / Yin. (car il fait référence à l’ordre cosmogonique, l’ordre qui prévaut lors de la création du monde, passage du chaos au cosmos)

 

« Trois » sont les conditions préalables à toute création (la sainte trinité, dans la religion catholique pour la MTC le Ciel, Homme, Terre) et « Quatre » sont les conditions de toute existence. Expliquons :

 

Le « 3 » est associé au Ciel, à l’énergie aux souffles. (comme le 2 est associé à la terre)

On vient de dire que le trois est la condition de toute création. Ce n’est pas une structure mais un principe créateur. Un opérateur de création. Le  Tao Te King dit « Le trois engendre les dix mille Etres » Le trois organise la création : chez l’homme par exemple les feuillets embryonnaires sont trois : ectoderme, endoderme, mésoderme. Pour la nutrition les chinois décrivent une fonction qu’ils appellent le triple réchauffeur (supérieur ciel, moyen homme, inférieur terre)

Encore une autre façon d’envisager le trois :

Pour qu’un homme vive il faut que coopèrent trois fonctions : une qui sert de support à la vie, une qui entretient cette vie et une qui la transmet à différents plans. (Kespi)

Dans le réel, le monde des souffles, le dispersé tend à la réunion et le réuni tend à la dispersion. (Schatz). Une fois le souffle établi (par le 3) il ne peut que se répandre dans les 4 directions.

L’Homme, entre le Ciel qui le couvre, et la Terre qui le porte, ne peut qu’explorer la terre (les quatre Orients : N.S.E.W)

Zenith/Nadir et quatre Orient                               Fourdigrammes

L’homme, né des souffles du ciel et de la terre se développe selon le modèle des 4 saisons.

Le « 4 » symbolise donc les 4 états de la matière c’est à dire les conditions existentielles de l’homme.

Les quatre états de la matière : Eau (grand Yin), Feu(grand Yang), Ciel (air-petit yang), Terre (petit Yin).

Entre le ciel Yang-Yang chaud et sec et l’eau Yin-Yin froide et humide, apparaissent deux états intermédiaires Yin-Yang chaud et humide, et Yang-Yin froid et sec.

 

« 5 » et « 6 » sont les manifestations de la Vie.

Vie qui est engendrement du Yin par le Yang (Yin = 2 engendré par le Yang = 3 cela donne 3 x 2 = 6)

Vie qui se manifeste au « 5 » (les 4 conditions de l’existence qui se « localisent » en un point central « 4 + 1 »). Voir schéma du 4 centré.

Vie qui est reliée au macrocosme par « 5 » (ce 5 résulte de l’addition des influences du ciel «3 »  et de la terre 2 donc « 3 + 2 »)

Et enfin Vie qui est synthétisée au « 6 » (« 4+2 ») [les 4 orients entre le Ciel et la Terre]

Les textes disent aussi : Le « 6 » est le nombre de la « coordination » : il coordonne l’origine et le devenir.

L’origine = les entrailles curieuses / Le devenir les Hexagrammes – les 64 « éventualités » du Yi Jing.

Nous aurons l’occasion de dire un mot des 6 entrailles curieuses, qui au niveau embryonnaire précèdent l’apparition des organes et entrailles.

Citons-les : ce sont le cerveau, les moelles, les os, les vaisseaux (mo), la vésicule biliaire et enfin la matrice.

Entrailles curieuses qui sont aussi appelées « organes à l’extraordinaire pérennité » et qui recèlent l’énergie ancestrale

Le « 6 » est aussi le nombre de l’échange : il est en relation avec les 6 qualités du ciel, ce qui du point de vue atmosphérique correspond (Su Wen chap. 66) aux énergies célestes : « le vent, la chaleur, la tiédeur, l’humidité, la sécheresse, le froid sont le yin et le yang céleste ».

ATTENTION :

Dans la différenciation du Yin et du yang, afin de disposer d’instruments capables de décrire la totalité des phénomènes il a été nécessaire de spécifier trois niveaux dans chacune des catégories Yin et Yang. On parle aussi des trois qualificatifs. C’est ce que l’on appelle :

Les 3 Yin et les 3 Yang : Tai Yin, Shao Yin, Jue Yin et Tai Yang, Shao Yang et Jue Yang (le plus souvent appelé Yang Ming).

Dans les textes on peut rencontrer ces qualificatifs dans des ordres différents : ce n’est pas forcément Tae en premier puis Shao puis Jue. Ca peut aussi être Tae, Jue et enfin Shao on en verra un exemple avec la répartition des méridiens sur le corps.

 

Le « 7 » semble lié à tous les moyens qui sont donnés pour mener une création à son terme.

(les 7 jours de la genèse – création du monde)

A l’opposé du cycle du 4 qui revient toujours à son point de départ (Printemps, été, automne, hiver puis à nouveau le même printemps…) le « cycle » du 7 est en réalité une spirale, et, au bout du cycle on a changé de niveau

Le « 7 » est un nombre « féminin » : la femme peut procréer à 14 ans (2×7), la fin de la période pendant laquelle elle peut donner la vie est à 49 ans (7×7). Illustration combien dure…

La durée d’un cycle qui n’est pas « producteur » est de 28 jours (4 x7) et si ce cycle est « créateur », s’il va à son terme (10) il est de 280 jours (4x10x7)

Note : si la femme avait un cycle de 27 jours la grossesse durera ? 270 jours et pour 29 =) 290 !

 

Le « 8 »

On ne parlera pas du huit résultant de la dualité du 4 (8 vents de la rose des vents)

Mais on soulignera que le 8 en tant que 2 puissance 3 (deux au cube) nous introduit dans la troisième dimension.

On ne fera qu’évoquer le 8 résultant du 6+2.

Le Yi Jing, livre des mutations, contient les 64 (8 puissance 2) hexagrammes qui représentent les 64 situations possibles de la réalité, et qui résultent de la combinaison des 8 trigrammes.

cielantbagua

Illustration pour les huit trigrammes : disposition de Fu Xi dite du ciel antérieur. 000, 001, 010, 011, 100, 101, 110, 111.

Avec le ciel en haut et la terre en bas : le ciel terre constitue les limites et donc ils « situent » la manifestation. (il faut le souligner car dans la disposition du Roi Wen c’est le feu et l’eau qui situent)

 

La transmission de la vie.

La création établie à 5 et 6 peut aller à son terme avec 7 (les 7 jours de la genèse)

Avant de s’achever à 9 (trois au carré : accomplissement) et de « faire retour » à 10 elle doit assurer sa survie, assurer la survie de l’espèce, rendre la vie qui lui a été confiée. Elle le fait au « 8 »

Dans toutes les Traditions le huit est lié au verbe créateur, à l’eau, point de départ de toute création, au sperme, aux forces fécondantes

Pour les mêmes raisons un baptistère, lieu de la transmission de la vie spirituelle a obligatoirement 8 faces (sinon il n’est pas « traditionnel » !)

On a dit du 7 que c’est un nombre féminin. Le 8 est lui masculin. La procréation masculine doit commencer à 2×8 = 16 ans et l’andropause se situera à 8×8 = 64 ans.

 

Le Neuf. C’est l’ultime développement de la création.

On l’a dit plus haut un nombre élevé au carré c’est l’accomplissement. Ici trois (création) élevé au carré (3X3=9) c’est l’accomplissement de la création

 

Le Dix.

On parlera tout à l’heure du 10 en tant que dualité du 5

Le dix représente toujours une « totalité ». 10 est tout ! « la totalité de l’étendue » c’est aussi « le rayonnement de tout centre ».

Note : si je vous demande quel est l’opposé de la mort, il y a des chances pour que la réponse soit « la vie », mais en fait la réponse correcte est : la naissance. 10 représente la fin, la mort sur un plan et dans le même temps la renaissance le début sur le plan suivant.

 

Le DIX et le DOUZE. :

Tout être vivant répond aux deux rythmes des 4 éléments et des cinq mouvements

Le rythme des quatre éléments est invariable : chaque moment précis d’une année (par exemple le 18 janvier à 13 heures) a la même définition énergétique et répond aux mêmes mouvements d’énergie.

Le rythme des cinq mouvements, par lequel chaque macrocosme résonne sur ses microcosmes est, lui, variable en ce sens que le même moment (par exemple le 18 janvier à 13 heures) est spécifique et répond à des mouvements d’énergie qui lui sont propres.

 

Le but de l’évocation dans cette courte présentation du Dix et du Douze c’est de poser les bases des

Troncs et des branches dont la combinaison est utilisée dans le calendrier Luni -Solaire chinois.

Ceci pourrait donner lieu à de très longs développement…Je resterais très schématique.

A partir du 4 et des trois qualificatifs (Shao jeune, Tae adulte, Jue final terminal, avec retour au centre) on définit douze catégories.

Ce sont les douze branches terrestres. On peut tracer le cercle et inscrire : dze, chou, Inn, mao, shen dragon, se, wou, wei, shen singe, you, Xu, Hai.

Ces douze branches sont mises en rapport pour un cycle journalier avec les douze heures du jour et pour le cycle annuel avec les douze mois de l’année. (montrer printemps, terre, été, terre,-73j -18,25j)

A partir du Cinq, en considérant sa dualité on obtient le dix troncs célestes. (citer Jia, I, ping, ting, ou, ji, geng, Xin, jen, goei, )

Les jours et les années sont définis par une combinaison d’un tronc et d’une branche (un binôme)  on commence avec Jia-dze puis I-Chou puis Ping-Mao etc. … on arrive à 60 combinaisons possibles (un siècle de 60ans – il n’y a pas 120 combinaisons parce que un tronc Yang ne se combine qu’avec une branche Yang et un tronc Yin qu’avec une branche Yin)

(voir article: les troncs et les branches)

Nous sommes, en 2016, dans l’année du « Singe de Feu » qui a débutée le 08 février et se terminera le 27 janvier 2017; Le binôme de l’année est : « Ping/Shen-singe ». Le mois et le jour sont également déterminés par un binôme

L’heure du jour (et le mois lunaire) est donnée par l’horloge des douze heures (voir l’article  « MTC et Horloge biologique http://www.medecine-integree.com/mtc-et-horloge-biologique/

Et nous verrons que la circulation de l’énergie dans les méridiens principaux peut être plaquée sur cette horloge.

 

Etant donné ce que nous venons d’expliquer à propos du 4 et du 5 je vais ajouter quelques précisions importantes pour la suite.

Il est courant dans les enseignements d’acupuncture d’expliquer que l’on passe du 4 au 5 en projetant le centre sur la périphérie. (Le centre « lieu de vie » devenant un des cinq mouvements – ?-)

En fait on voit bien que les cinq mouvements « 3+2 » sont très différents des 4 éléments « 4+1 »

Commentaire : le 4 et le cinq sont différents sur tous les plans, matériel, énergétique et psychique.

Extériorisation et croissance  du Yang n’est pas mobilisation et mise en mouvement.

Intériorisation et croissance du Yin n’est pas prise de forme et condensation.

 

« Mais ils ne sont pas sans rapport ! Car le génie de cette construction réside dans la précision et la rigueur avec laquelle sont décrites les différentes fonctions

Les démonter comme nous le faisons ici n’a pour but que de les remonter dans leurs imbrications, coexistence et simultanéité, pour bien montrer, dans le même temps, l’extrême diversité et la grande unité de la vie.

Mais il faut une grande rigueur car les lois sont précises, les mécanismes bien définis et il nous faut les retrouver si l’on veut tendre à comprendre l’acupuncture dans son intégralité ». (Kespi)

 

Tous les auteurs n’ont pas la rigueur montrée par le Dr Kespi dans sont ouvrage « Acupuncture ». Il est donc important d’être capable de lire de façon critique un tableau dans lequel ont été mises, sans distinctions, les correspondances des quatre éléments et celles des cinq mouvements, de les reconnaître et de rendre à chaque classification ce qui lui revient. On en verra l’importance par la suite.

 

A propos de l'auteur
Jean-Paul MEUNIER
Chirurgien-dentiste fonctionnaliste, occlusodontiste, neuralthérapeute et acupuncteur Enseigne l'acupuncture depuis 1980 à Clermont-Ferrand. Récemment retraité, il souhaite faire profiter les jeunes générations de son expérience