Les perturbateurs endocriniens

 PerturbS         Les « perturbateurs endocriniens »

 

La notion de perturbateur endocrinien (aussi appelés leurre hormonal, xéno-œstrogène, etc…) est une notion apparue à la fin du 20 ème siècle pour désigner toute molécule ou agent chimique composé,  ayant des propriétés hormono-mimétiques.

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Ces molécules agissent sur l’équilibre hormonal d’espèces vivantes (animales ou végétales dans le cas des phytohormones). Elles sont souvent susceptibles d’avoir des effets indésirables sur la santé en altérant des fonctions de régulation essentielles telles que la croissance, le développement, le comportement, la production, l’utilisation et le stockage de l’énergie, l’hémodynamique et la circulation sanguine, la fonction sexuelle et reproductrice.

Ces molécules agissent à très faibles doses (du même ordre de grandeur que les concentrations physiologiques des hormones). Elles ne sont pas toxiques au sens habituel du terme (empoisonnement) mais peuvent perturber l’organisme de façon discrète et sur des longues périodes, perturbations parfois difficile à reconnaître. Elles peuvent avoir un impact sur la descendance ou sur des populations entières (par exemple escargots marins ou faune piscicole vivant dans des zones où des perturbateurs endocriniens sont très présents, comme les alligators de Californie, exposés à du DDT ne pouvant plus se reproduire, qui ont fait l’objet d’études déjà anciennes.

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Certains auteurs estiment qu’il y a des preuves suffisantes pour dire que ces substances posent un risque pour la santé humaine et la fertilité humaine. La réglementation REACH permet d’identifier les perturbateurs endocriniens comme substances extrêmement préoccupantes, susceptibles de faire l’objet de mesures de gestion spécifiques. 

Les polluants organiques persistants, tels le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), les dioxines (PCDD) et les polychloro-biphényles (PCB), s’accumulant le long des chaînes trophiques, peuvent persister dans l’environnement plusieurs décennies, circuler dans différents compartiments environnementaux — atmosphère, biosphère, hydrosphère, lithosphère — au-delà des frontières : on a ainsi montré que les ours polaires pouvaient être contaminés par le DDT émis à des milliers de kilomètres.

Chez l’homme, la contamination peut également être alimentaire, naturelle avec les phyto-œstrogènes de germe de blé, soja, houblon, etc…, ou artificielle avec des produits migrants des emballages, des résidus de pesticides, de détergents ou de médicaments, ou encore via l’ingestion d’animaux filtreurs contaminés tels que des coques.

Un perturbateur endocrinien avéré pour l’homme a été le Distilbène®, œstrogène synthétique prescrit en France entre 1948 et 1977 aux femmes enceintes afin de prévenir le risque d’avortement, a affecté la mère et ses descendantes. Proche de cette substance, on trouve le 17-ß-estradiol  œstrogène naturel prescrit lors du traitement des femmes 

ménopausées (THS) — ainsi que la 17-α-éthynylestradiol qui est utilisé dans les pilules contraceptives : populations à surveiller !

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Les diverses substances qui sont ingérées par l’homme en tant que médicaments peuvent être retrouvées en aval des stations d’épuration, puisque les installations sont relativement inefficaces pour détruire ces types de composés. D’autant que la quantité d’agents chimiques qui s’y retrouve est fonction des conditions météorologiques (rayonnement ultraviolet, et température) et l’activité microbienne.

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On distingue souvent :

1/ Composés naturels : myco-oestrogènes et phyto-oestrogènes (isoflavonoïdes)

2/ Composés synthétiques : antioxydants (alkylphénols), détergents (monylphénol polyéthoxylé), des médicaments (stéroïdes synthétiques, tels ceux utilisés dans les pilules contraceptives), des pesticides (DDT, HCH, PCDD), des plastifiants (phtalates, PBDE et PCB).

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Le bisphénol A, une variété de phtalates et d’autres perturbateurs endocriniens sont communément trouvés à faible dose dans de nombreux produits et dans l’environnement. 

Le bisphénol A a notamment attiré l’attention en tant que composant du plastique de nombreux biberons. En mars 2007, un recours collectif (class action lawsuit) a été déposé en Californie contre les fabricants et détaillants de biberons en plastique, mais qui a échoué à prévenir les consommateurs que leurs produits contenaient du bisphénol A, qui selon certains pourrait altérer la santé et le développement des nourrissons et enfants.

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Cette molécule, connue pour avoir des propriétés estrogéniques, est retrouvée dans l’eau, ce qui posent des problèmes graves de féminisation des poissons mâles dans les fleuves anglais en aval des stations d’épuration, ce qui préoccupe les pêcheurs, mais aussi les professionnels de santé publique qui craignent des effets similaires chez l’Homme.

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La mer est également concernée : tous les échantillons d’effluents aqueux de plate-forme de forage analysés en Mer du Nord (sur 5 plate formes) contenaient des perturbateurs endocriniens (antioestrogènes).

 

Risque sanitaire : il est facteur de délétion de la spermatogenèse et est soupçonné de jouer un rôle dans certaines fausses couches, obésité et certains cancers.

Les phtalates sont des substances très utilisées en tant que plastifiants. On en trouve dans la quasi-totalité des produits en polychlorure de vinyle (PVC), auxquels ils confèrent la souplesse voulue (rigide, semi-rigide ou souple), pour les articles souples comme les nappes ou les rideaux de douche. Ils peuvent être trouvés dans des milliers de produits courants en PVC : couches, chaussures et bottes, textiles imperméables, cuirs synthétiques, jouets, consoles de jeux, encres d’imprimerie, détergents. Ils sont présents dans des matériaux de construction, d’ameublement et de décoration. Ils sont incorporés dans les revêtements en vinyle renforcent l’effet des adhésifs et les pigments de peinture.

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Les cosmétiques sont également concernés : parfums, déodorants, laques, gels, vernis à ongle, lotions après-rasage, lubrifiants. Ils servent alors principalement d’agents fixateurs. Ils sont également présents dans plusieurs médicaments et dans les plombages dentaires. Les phtalates entrent dans la composition des médicaments essentiellement lorsqu’une résorption particulière s’impose (par exemple pour fabriquer des capsules gastro-résistantes). Le matériel hospitalier, notamment les poches de perfusion sont des sources de contamination !


Risques pour la santé : certaines études laissent penser qu’ils sont responsables de certaines malformations congénitales de l’appareil reproducteur masculin
. En 2002, la Food and Drug Administration a mis en garde contre l’exposition au DEHP des bébés de sexe masculin, sur la base des effets constatés sur les animaux de laboratoire. Selon la FDA : « L’exposition au DEHP a produit une série d’effets néfastes chez les animaux de laboratoire, mais les plus préoccupants sont les effets sur le développement du système reproductif mâle et de la production normale de spermatozoïdes chez les jeunes animaux ». La FDA ne dispose pas d’étude concernant l’homme, mais aucune étude ne permet d’exclure des effets similaires. Par précaution, l’exposition à ce produit par des organismes en développement doit être évitée estime la FDA.

Perturbateurs   dans certains produits cosmétiques aussi !

En conclusion : attention !

Depuis plusieurs années, les chercheurs suspectent de nombreux composés chimiques d’être des perturbateurs endocriniens pour l’espèce humaine. Des méta-analyses ont montré le déclin régulier de la qualité du sperme chez l’homme depuis 50 ans, en particulier en Amérique du Nord et en Europe. L’incidence du cancer du testicule augmente depuis plusieurs décennies dans un certain nombre de pays européens. Il y aurait une corrélation entre la présence de perturbateurs endocriniens et les malformations de l’appareil reproducteur, par exemple entre la présence de pesticides et la cryptorchidie ou entre des composés de type bisphénol A ou dioxines et l’hypospadias.

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Chez la femme, on constate des anomalies de la fonction ovarienne, de la fertilité, de la fécondation, de la gestation et de l’implantation utérine. Un avancement de l’âge de la puberté est constaté chez les filles, mais non chez les garçons. Ainsi environ 15 % des fillettes américaines entament leur puberté à 7 ans, selon une étude réalisée ayant porté sur 1 239 enfants américains, publiée en 2010 dans la revue Pediatrics. Les seins des jeunes filles blanches dans 10% des cas commencent à se développer à cet âge et ce taux a doublé depuis 1997. Chez les jeunes filles noires ce sont 23 % des fillettes qui à 7 ans entament leur puberté. En 30 ans, la période de l’enfance a ainsi été abrégée d’un an et demi (alors que la maturité intellectuelle n’a pas suivi cette transformation des corps). Des perturbateurs endocriniens féminisants sont fortement suspectés et certains scientifiques parlent de problèmes d’écologie de la féminité (« The Ecology of Women »).

Les doses auxquelles les effets se manifestent peuvent être faibles : une ingestion par le rat de 20 microgrammes de bisphénol-A, un composé dont les éthers servent à protéger l’intérieur des boîtes de conserve, est suivie d’effets œstrogéniques. Les modulateurs endocriniens peuvent agir in utero : à Seveso, il est apparu une prépondérance des naissances de filles parmi la population contaminées par la dioxine. Le bisphénol-A et le diéthylstilbestrol (DES) provoquent une hypertrophie de la prostate des souris exposées in utero.

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Chez les oiseaux contaminés par de faibles doses de DDT et/ou par des PCB, la coquille de l’œuf est amincie, et des anomalies de l’appareil reproducteur et congénitales sont plus fréquentes.

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Les perturbateurs endocriniens sont particulièrement dangereux pour les femmes enceintes, les nourrissons, les jeunes enfants et les adolescents pendant la puberté. Les expositions lors de ce que l’on appelle les « fenêtres critiques de développement » sont à éviter. Durant ces périodes, de petites perturbations du système hormonal peuvent dérégler la mise en place des structures et fonctions de l’organisme. En 2002, à Ufa (Russie), des chercheurs ont montré que les travailleurs d’une usine d’herbicides, contaminés par les dioxines, ont eu des filles dans les deux tiers des cas.

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.