Les plantes de l’ère primaire

Les plantes de l’ère primaire : les cryptogames

La phylogénèse est l’histoire du développement des espèces au cours de l’évolution. La terre n’a pas toujours été telle que nous la connaissons, couverte de sols arables et de verdure, environnée d’air, baignée d’eau pure et de mers pleines de vie. Nous voyons là le fruit de l’action longuement poursuivie, d’un nombre incalculable de formes végétales sur une planète initialement inhabitable. Le végétal a fait la terre vivable et l’atmosphère respirable. Sans son œuvre préliminaire colossale, les animaux ne seraient jamais apparus, notre Terre serait restée sans vie.

A ses débuts, voici 6 milliards d’années, la croûte terrestre s’est refroidie graduellement et se faisant s’est solidifiée jusqu’à avoir une consistance proche de celle que nous connaissons. C’était un monde minéral brûlant, bouleversé de volcanisme, entouré d’une atmosphère irrespirable, réductrice. A cette époque, l’atmosphère était essentiellement composée d’azote et de vapeur d’eau, qui se condensait en océans au fur et à mesure du refroidissement. D’autres gaz existaient, liés directement au volcanisme intense de cette période, ainsi l’hydrogène (H2), l’ammoniaque (NH3), le méthane (CH4), le gaz carbonique (CO2) et l’oxyde de carbone (CO), mais pas d’oxygène et l’ozone manquait totalement. Cette atmosphère interdisait toute possibilité de vie aérienne.

La vie, cependant, apparut discrètement voici environ 3,5 milliards d’années. Les traces fossiles les plus anciennes que l’on connaît sont des formes classées aujourd’hui parmi les procaryotes (ou schizophytes) en raison de leur organisation très simple (noyaux diffus, pas de mitochondries). Ces êtres étaient anaérobies et obligatoirement aquatiques : faute d’écran d’ozone atmosphérique, l’eau seule pouvait les protéger des radiations solaires nocives. Cette vie initiale a permis l’éclosion progressive de la diversité végétale qui devait, au cours des temps, changer la face du monde.

—> Cyanoschizocytes = « algues bleues » acceptant des conditions extrêmes (température – jusqu’à 80°, salinité, acidité …) sans noyau et se reproduisant par division directe, soit isolés, soit coloniaux : la Spiruline

—> Bactérioschizocytes = les bactéries actuelles (qui pullulent dans tous les milieux et dont la riche flore est contrôlée par des bactériophages), avec en particulier celles qui fixent l’azote (le rhizobium des légumineuses), souvent pourvues de cils ou de pseudo-cils, les diatomées (bacillariophycinées = 90% du plancton) …

Voici 3 milliards d’années, des bactéries et des algues bleues (toujours des procaryotes !) pratiquent la photosynthèse dans les eaux peu profondes. Grâce à l’énergie lumineuse, elles synthétisent leurs glucides directement à partir du gaz carbonique : la réaction libère un sous-produit : l’oxygène. La chlorophylle (avec le magnésium comme élément central de la molécule) ressemble dans sa structure moléculaire à l’hème de l’hémoglobine (pour les poissons avec le Cuivre au centre ou à celle des animaux supérieurs, avec le Fer au centre). La photo-autotrophie végétale devient le processus central autour duquel gravite toute la vie terrestre. Le taux de ce gaz dans l’atmosphère s’accroît ainsi très lentement. Un demi-milliard d’années plus tard, la quantité d’oxygène est suffisante pour que l’atmosphère devienne oxydante. Mais la vie est encore limitée à ces formes très simples, qui ne peuvent toujours pas approcher de la surface des eaux.

Vers – 1,5 milliard d’années, la cellule apparaît, avec un noyau organisé (ADN), un réticulum endoplasmique, des ribosomes … et une reproduction sexuée. Cette sexualité se définie par l’existence d’êtres diploïques (2n chromosomes) qui produisent par méiose des gamètes haploïques (n) qui fusionnent pour redonner un être diploïque, mais de composition génétique différente. A partir de cette invention, la vie s’est multipliée de façon extraordinaire.

Les Eucaryotes ou Phycophytes :

Les Algues rouges (des mers chaudes, ex.: Corallina, Lithothamnium), les algues brunes (ex. : Fucus, Laminaires, de la surface à – 30 mètres) et les algues vertes (ex.: laitue de mer, eaux douceâtres)

Les Champignons ou Mycophytes (42 000 espèces, majoritairement en symbiose avec les arbres et les termites dans l’estomac desquels ils digèrent la cellulose), les moisissures (aspergillus, penicillium) et les lichens (symbiose algue + champignon) : organisme pionnier cosmopolite.

Ces champignons constituent une espèce particulière : végétaux non chlorophylliens, ils digèrent et recycle les productions végétales, autorisant ainsi le cycle de la vie. Chaque individu est constitué d’un réseau mycélien sous-terrain qui peut couvrir un hectare de sol. Les « champignons » que nous apercevons en saison ne sont que les bourgeons fructifères de ce réseau !

Les Bryophytes ou Muscinés : Mousses, sphaignes et hépatiques, qui vivent près de l’eau où elles abondent encore actuellement.

Les Ptéridophytes, à gamètes indépendants (sporanges) et système vasculaire : prèle, fougères, lycopodes et sélaginelles …

Ces êtres minuscules sont strictement aquatiques, beaucoup pratiquent la photosynthèse, ce sont des algues vertes, qui produisent activement de l’oxygène. Grâce à la recombinaison des chromosomes pris au hasard dans deux génomes différents, ces algues se sont diversifiées en formes éloignées les unes des autres. Ce mécanisme très souple permet une adaptation rapide à chaque modification de l’écosystème, car ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui sont appelés à le faire, mais les meilleures combinaisons de leurs descendants, toujours génétiquement nouveaux : la sexualité, c’est l’aspect inventif de la vie !

500 millions d’années plus tard, l’oxygène atmosphérique représente 1 % du taux actuel. Un faible écran d’ozone se forme alors : la vie primordiale peut préparer sa différenciation. Pendant longtemps, prolifèrent des êtres aquatiques unicellulaires isolés ou en petits amas. Ils représentent l’unité fondamentale à partir de laquelle s’élaborent les deux grandes options de la vie : les végétaux et les animaux. Si l’on s’accorde maintenant à reconnaître que l’ADN conserve presque indéfiniment les informations qui s’y enregistrent, il nous faut admettre que dans le mètre et demi de ruban d’ADN contenu dans chacune des cellules de ce moustique, de cette rose ou de cette girolle, il y a tout un patrimoine commun, inscrit depuis plus d’un milliard d’années, une mémoire commune qui continue à vivre au plus intime de tous les êtres modernes.

L’essentiel de l’évolution à ce stade est dû à l’action des végétaux submergés. Beaucoup de ces cellules sont chlorophylliennes : la photosynthèse est active, le taux d’oxygène croît dans l’atmosphère, l’écran d’ozone se renforce. La vie va enfin pouvoir gagner la surface des eaux. La composition de l’atmosphère est alors bien différente de ce qu’elle était à l’origine, elle approche peu à peu de celle que nous connaissons. La différenciation entre animaux et végétaux commence à s’élaborer. Cette vision binaire de la diversité vivante est peut-être malgré tout un peu simpliste. On tend actuellement à considérer que, sur une base cellulaire commune, la vie s’est déployée selon plusieurs directions, animaux, végétaux, mais aussi vers d’autres voies, par exemple celle des champignons. Ceux-ci sont des êtres classés avec gène parmi les végétaux, en raison de certains comportements chimiques et biologiques typiquement animaux, ainsi que d’une sexualité à modalités curieuses : l’appareil végétatif du champignon est constitué de filaments minuscules circulants dans les végétaux en décomposition. Ce sont des filaments haploïdes (n), potentiellement sexués (on dit + et -). Quand deux filaments de polarité opposée se rencontrent et que les conditions sont favorables, les cellules fusionnent, mais pas les noyaux : un nouveau filament se constitue, avec des cellules bi-nucléées (n+n) qui élaborent une structure géante : le champignon. Dans les cellules épidermiques de cette structure se constituent des noyaux diploïdes (zygotes) par fusion nucléaire. C’est alors qu’ils subissent une méiose d’où résultent des spores haploïdes qui produiront de nouveaux filaments haploïdes. Ils ont bien sûr un rôle important de recyclage des déchets organiques pour fournir l’humus.

 

Le cas des mousses est subtil : ce sont des êtres haploïdes (n) sur les tiges desquelles apparaissent des gamètes femelles (encastrées) et des spermatozoïdes qui nagent (nécessité d’un milieu humide) pour aller les féconder. La fécondation se fait dans la tige et l’individu diploïde se développe immédiatement au dépend du parent qui l’a produit. Cet être diploïde porté par son père haploïde constitue la « fructification ». L’aboutissement de cette fructification est une ampoule contenant des spores (n) qui en germant donneront de nouveaux pieds de mousse, haploïdes bien sûr. Les mousses ont opté pour une formule haploïde prédominante, mais les végétaux haploïdes ne présentent pas une différenciation organique poussée et sont donc impropres à la spécialisation.

Les fougères et les prêles illustrent l’autre possibilité. La prêle diploïde est un individu feuillé qui donne des tiges assimilatrices pratiquant la photosynthèse (Equisetum arvense) et au printemps des tiges fructifères sans chlorophylle (Equisetum hiemale). L’ensemble est diploïde, sous les écailles sont produits des spores haploïdes. Les spores tombent au sol, vont germer et donner un petit individu haploïde: le prothalle … sorte de « fleur » qui engendre ce que l’on peut comparer aux étamines et aux ovaires des plantes supérieures : à sa surface, les cellules femelles sont enchâssées et les spermatozoïdes nagent vers elles pour les féconder (la présence d’eau est indispensable). Le gamète, une fois fécondé se développe sans latence : si les conditions sont mauvaises, l’embryon est détruit, sinon il s’enracine et donne naissance à une prêle verte. Si les fougères et les prêles sont mieux armées que les mousses pour leur développement (cf. leur extension à l’ère carbonifère), leur sexualité est encore liée à l’eau, ce qui explique qu’elles ne sont abondantes que dans les régions au moins saisonnièrement humides.

 

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Dans chacune de ces voies, les êtres se sont diversifiés au fil d’évolutions multiples, vouées les unes à l’échec, les autres au succès biologique. Ils exploraient les adaptations possibles au plus grand nombre de conditions, les spécialisations susceptibles d’assurer leur survie, leur implantation sur de nouveaux territoires, leur résistance dans les milieux divers. Ils tentaient simultanément une sophistication de leur adaptation et une prolifération vers des régions non occupées. Les formes vivantes se sont multipliées, de plus en plus complexes, tandis que persistaient, avec succès, des formes simples. Certaines ont quitté l’eau originelle, au prix de bouleversements organiques et fonctionnels. Elles se sont adaptées à vivre à l’air et ont progressivement peuplé les terres émergées, grâce à des adaptations spécifiques. Chez les formes aquatiques primitives, l’eau ambiante assurait le transport des substances, l’apport nutritif à chaque cellule, son alimentation en oxygène et en gaz carbonique (pour la photosynthèse), l’élimination des produits émis (de l’oxygène en excès en particulier). La conquête du milieu aérien s’est donc accompagnée de profondes modifications.

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NB. En voici un rapide aperçu (vous trouverez les détails de chacune dans l’herbier) :

A.1 – Les algues (8000 espèces) sont des « végétaux feuilles, baignées dans une eau traversée de lumière » (R. Steiner). On les rencontre partout dans les ruisseaux et les mares, même dans les champs de neige des hautes montagnes et des régions polaires.

Fucus vesiculosus (io)                 le Varech vésiculeux

COMPOSITION : Iode, Fer, Cuivre, Mn, Mg, Zn et alginates (gonflants)

INDICATIONS : obésité, cellulite, goître.

Laminaria digitale (io)                  la Laminaire

INDICATION : le goitre exophtalmique.

 

A.2 – Les champignons (10 000 espèces) sont des êtres non chlorophylliens, déconstructeurs, vivant dans « une eau traversée d’ombres » (R. Steiner). Leurs formes évoluées s’organisent en un réseau de cellules filamenteuses (le mycélium) qui se ramifie sur le sol à la façon d’une racine. Celui-ci produit finalement un « chapeau » fructifère d’où naissent les spores.

Chaque espèce végétale a ses champignons parasites spécifiques qui anéantissent la forme de toute vie révolue. Les intoxications qu’ils provoquent donnent les symptômes d’un empoisonnement au phosphore, donc de beaux syndromes psychiatriques et vasculaires cf. toxicologie et matière médicale homéopathique).

Agaricus muscarius (pb)    la fausse Oronge (hallucinogène, car contient du LSD !)

Boletus satanas (pb)          le Bolet Satan

Secale cornutum (pb)        l’Ergot de seigle

Ustilago maïdis (pb)           le champignon du maïs

 

A.3 – Les lichens représentent la symbiose parfaite d’une algue et d’un champignon : les deux êtres peuvent vivre séparés, mais leur rencontre donne un végétal nouveau, capable de résister à des conditions extrêmes et de coloniser la roche nue.

Cetraria islandica (sn)      le Lichen d’Islande

COMPOSITION : mucilages, acides à effet anti-biotique

INDICATIONS : tonique (apéritif) et sédatif. Affections pulmonaires.

PSYCHE : déséquilibres psycho-affectifs graves … jusqu’aux tendances suicidaires !

Sticta pulmonaria (s)        la Pulmonaire

INDICATIONS : sinusite et toux.

 

A.4 – Les mousses, colonies d’individus simples haploïdes (voir plus haut) :

Polytricum commune       la Mousse commune

COMPOSITION : tanins, acides organiques (antibiotiques)

INDICATIONS : allergies chroniques, sur fond inflammatoire. Diurétique. Antihémorragique. Astringent. Sédatif.

 

A.5 – Les fougères

A l’aube de l’ère Primaire sont apparues conjointement nombre de plantes aériennes et les premiers poissons. Ils étaient tous deux porteurs d’une révolution technologique : la structuration d’un mésoderme fonctionnel :

  • à bois et sève chez les végétaux,
  • à colonne vertébrale et système vasculaire chez les animaux.

Les fougères furent les premiers végétaux présentant cette organisation. L’appareil vasculaire parcourt toute la plante, de l’extrémité des racines à celle des feuilles, et permet une circulation de la sève dans les sens ascendant et descendant. Les substances sont ainsi acheminées de l’organe qui les absorbe ou les produit vers celui qui les utilise ou les élimine. La nutrition de chaque cellule de l’organisme ne dépend plus du milieu externe, les plantes peuvent vivre hors de l’eau et y atteindre de grandes tailles : tous leurs organes sont irrigués, même à plusieurs dizaines de mètres des racines.

Une partie des terres émergées se peupla donc de ptéridophytes très diverses, de toutes tailles. Des plantes proches de nos prêles, de nos lycopodes, des fougères arborescentes, formaient de hautes forêts peuplées d’insectes primitifs (sorte de libellules). A leurs pieds, les eaux abritaient poissons, mollusques et crustacés. Ces premières forêts n’étaient jamais éloignées de l’élément aqueux : les ptéridophytes en effet, restaient liées à l’eau originelle par leur sexualité.

Aspidium filix mas (ca)     la Fougère mâle, « végétal feuille » (à l’aspect presque floral !)

COMPOSITION : silice et acides organiques.

INDICATION : troubles nerveux des verminoses.

Osmonda regalis             Fougère royale, Osmonde

INDICATIONS : dépurative, hypolipémiante.

 

A.6 – Les prèles, sorte de « végétal tige »

Equisetum arvense             la Prêle des champs

COMPOSITION : Soufre, silice, ac. salicylique, mucilages, Ca, Mg, Mn, Li, Fe, Ph, Cu, Co, Zn

INDICATIONS : Hémostatique. Astringente et reminéralisante. Diurétique. Immunomodulante (vitiligo, psoriasis …)

Equisetum hiemale (si)       la Prêle d’hiver

INDICATION : cystite, urétrite.

PSYCHE : l’incompréhension ? (n.b. plante à sexes séparés).

EquisetumTelmatia

Equisetum telmatia

 

A.7 – Les lycopodes :

Lycopodium clavatum (al)       le Lycopode

Importante pathogénie homéopathique (détails à voir sur l’herbier)

 

Les ptéridophytes ont fait le premier pas décisif dans la colonisation des terres fermes par le végétal, pourtant ces plantes ne sont pas parvenues à s’affranchir vraiment du milieu aquatique où les retenaient leur sexualité. De nos jours encore leurs représentants : fougères, sélaginelles, lycopodes ou prêles, restent, pour la même raison, liés à des biotopes humides (au moins saisonnièrement).

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.