Les Solanacées (dicotyléones gamopétales)

J.6 – les Solanacées (dont le nom vient de « sol », le soleil) comptent environ 2500 espèces, localisées surtout dans les régions chaudes et tempérées d’Amérique du sud. Ce sont des plantes herbacées d’aspect assez variable, qui débordent de vitalité. Les feuilles sont généralement simples. Les fleurs sont à pétales imbriqués (comme les Borraginacées, les Labiées et les Scrofulariacées).

 

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Ce qui frappe chez les solanacées, c’est que le processus floral descend très tôt et très profondément dans l’élément foliaire. « Or, plus le monde végétal s’élève au déploiement de puissantes floraisons, plus la production de poisons y est fréquente. Une floraison trop forte, trop précoce ou anormale de quelque façon est le propre des végétaux toxiques les plus caractérisés » (W. Pelikan).

  1. Solanacées à fleurs régulières et baies : Douce amère, Physalis, Belladonne, Jusquiane, Datura … dont les solanacées alimentaires : tubercules = Pomme de terre, fruits = Aubergine, Piment, Tomate …
  2. Solanacées à fleurs régulières et capsules (fruit sec) : Tabac, Jusquiane …
  3. Solanées à fleurs plus ou moins irrégulières : les Pétunias.

 

Les médecins homéopathes utilisent largement les solanées. Les variétés hypnotiques agissent essentiellement au niveau sous-cortical, c’est à dire sur les noyaux de la base qui gèrent les conflits émotionnels, l’explosion des peurs et des désirs cachés. A l’opposé, les papavéracées agissent surtout au niveau cortical (idéatif), alors que la Coca a un effet surtout périphérique (analgésie locale).

 

Mandragora (ca)     la Mandragore (5 espèces)

Sans doute la plus ancienne des plantes médicinales des peuples de la méditerranée. Sola-nacée typique, c’est une plante de printemps. Sa grosse racine est en forme de betterave dont l’extrémité est divisée, ce qui a pu la faire ressembler à un corps humain (un peu comme le Gingseng). Ce n’est qu’au bout de plusieurs années, quand la racine a atteint une soixantaine de centimètres que survient la floraison, sous les feuilles, proche de cette racine. Le jus de celle-ci contient de l’aesculine et un mélange d’alcaloïdes propres aux solanacées : hyocyanine, scopolamine et atropine.

Hippocrate l’utilisait – à très faible dose – pour guérir l’angoisse et les dépressions. Des doses plus fortes provoquent une mydriase (effet spasmolytique) : l’oeil devient « nocturne » en plein jour ! Les impressions sensorielles sont alors ressenties trop fort (cf. l’effet « aphrodisiaque » vanté par les anciens), d’où inquiétude et surexcitation, le malade pouvant décrire des hallucinations. Des doses encore plus fortes conduisent à l’insensibilité (plante utilisée dans la fabrication d’onctions analgésiques) et au coma. L’école anthroposophique la préconise contre la goutte et certaines formes de rhumatismes, ce que confirme sa pathogénésie homéopathique …

PSYCHE : malade apathique (envie perpétuelle de dormir) et irritable, anxieux mais excité (loquacité irrésonnée, euphorie et pleurs).

SOMA : anesthésie et hyperesthésie (mydriase, nausées, vertiges, crampes …), arthrite, sorte de « Belladona froide ».

 

Belladona (ca)           Atropa Belladone

Plante des ténèbres de la forêt, aux processus foliaires et floraux enchevêtrés, qui donne de belles baies noires, grosses comme des cerises (en allemand Tollkirsche = cerise des fous). Sa pathogénésie homéopathique est proche de Mandragora, mais en plus aiguë …

PSYCHE : excitation motrice (délire, convulsions) alternant avec un abattement profond.

SOMA : congestions localisées fébriles (calor – rubor – dolor), avec muqueuses sèches (soif) et transpiration, douleurs lancinantes, battantes, apparaissant et disparaissant brusquement.

 

Hyosciamus (ca)             la Jusquiane noire

Plante annuelle des décombres et fossés, à la racine pivotante en forme de rave, aux fleurs précoces qui dévient leur croissance en pousses latérales curieusement spiralées. Un feutrage épais et désordonné de poils glanduleux couvre toutes les parties visibles. Sa pathogénésie homéopathique concerne surtout l’organisation spastique, impulsive, du sous-cortex …

PSYCHE : réaction paranoïde = peurs (d’être touché, trahi …) et agressivité (crie, mord, montre ses organes génitaux …), puis alternance de délire (entend des voix) et de prostration.

SOMA : excitabilité neuro-musculaire, crampes, mydriase.

 

Stramonium (ca)             Datura Stramoine

Petit arbre américain des sols arides, dont le tronc reste mou, simulant un grand entonnoir feuillu posé sur sa pointe. Les fleurs se redressent et s’ouvrent le soir, se referment et se penchent le matin. Le fruit est une sphère couverte d’aiguillons qui s’ouvre pour libérer des graines noirâtres. Les feuilles ont été utilisées comme remède anti-asthmatique. L’intoxication déchaine la volonté : le sujet commet des actes qui n’ont pas de sens et s’y obstine de façon maniaque, sa conscience est submergée d’hallucinations et d’images érotiques. Sa patho-génésie confirme l’aspect « d’enfant sauvage »:

PSYCHE : manie aiguë, terreurs nocturnes, loquacité et agressivité (détruit ce qu’il touche)

SOMA : agitation et spasmes (convulsions), mais absence de douleurs (idem Opium).

 

Tabacum (am)               le Tabac

Plante herbacée annuelle des tropiques. Les feuilles non divisées sont parfois longues de un mètre, elles se succèdent rythmiquement en grande abondance. Les fleurs sont blanches, en cyme, agréablement odorantes. Son alcaloïde volatil, la nicotine, est présent dans toutes les parties. Il accélère le coeur et le rythme vital jusqu’à un état inconscient d’angoisse. Ce « poison d’agrément » des sociétés modernes correspond bien à l’accélération de nos rythmes de vie qui, par son aspect de « fuite en avant » permanente, nous empèche de tirer les conséquences de nos erreurs passées. Sa pathogénésie homéopathique est celle d’une vagotonie : vertiges, palpitations, sueurs froides …

 

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Dulcamara (na)                 la Douce-amère

Petite plante des taillis encombrant les bords des fleuves, d’abord rampante puis s’appuyant sur des plantes plus fortes, elle émet un enche-vètrement de rameaux souples au riche feuillage. En été apparait une grappe hélicoïdale de fleurs, détachées de la région foliaire, qui rappellent beaucoup celles de la tomate. Cette plante contient des mucilages, des tanins (10%), de l’acide silicique (18%) et un gluco-alcaloïde. Sa pathogénésie homéopathique l’indique dans les affections suite de froid humide (catarrhes, éruptions, rhumatismes …).

 

Solanum lycopersicum (ca)       la Tomate

Solanacée qui manque d’une vraie force de redressement, les tiges sont gonflées de sève, renflées en noeuds, les fruits juteux sont bien connus. Pathogénésie homéopathique de cépha-lées congestives et migraines (la tête « comme une tomate » !), de cystite post grippale avec lombalgies.

Solanum tuberosum (ca)    la Pomme de terre

INDICATIONS : crampes des mollets et des doigts, rectite ou sigmoïdite.

Solanum melongela             l’Aubergine

SolanumMel

Solanum nigrum (ca)          la Morelle, raisin de loup

INDICATIONS : céphalée avec alternance de délire furieux et de coma, vertiges.

Solanum oleraceum (ca)    Morelle du Brésil

INDICATIONS : inflammation et crevasses des seins.

 

Bougmancia (ca)               Datura arborea (espèce péruvienne).

INDICATIONS : céphalées avec impossibilité de se concentrer, troubles digestifs.

 

Capsicum annum (au)   le Paprika

le port de cette plante est proche de celui de la tomate, mais les fruits sont oblongs, pleins d’air et penchés vers le bas. Ils contiennent une substance azotée amère et piquante et sont riches en vitamines A et C. Pathogénésie homéopathique d’otite moyenne aiguë, mais aussi de troubles comportementaux (boulimie, troubles de mémoire, insomnie, maladresse …) suite de transplantation ou déménagement (le « mal du pays »).

 

Duboisia (ca)     Duboisée (espèce australienne)

INDICATIONS : conjonctivite chronique, migraine ophtalmique, vertiges.

 

Physalis alkekenge (ca)         le Coquelet ou « amour en cage » (sorte de petite tomate piquante), inflammation ou incontinence urinaire, vertiges, paralysie faciale.

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.