Séminaire 2 – 13 : Les Tan-Yin : glaires et mucosités, et le cycle des liquides

Dans cet article, nous allons discuter du facteur pathogène appelé Tan Yin (Glaires et Mucosités).

A la base des Tan Yin, il y a les liquides. C’est pourquoi nous allons d’abord présenter ce que sont les liquides, l’eau et les Jin Ye, comment ils se forment et quels sont les déséquilibres qu’ils peuvent subir.

Cycle de Vie des Liquides Organiques JinYe

Les aliments et les boissons sont accueillis par l’Estomac et transformés par la Rate. La Rate en transporte alors la partie « Pure », qui monte au Poumon.

C’est là que le Poumon joue son rôle de diffusion : il vaporise partout jusque la peau ces JinYe.

C’est aussi là que le Poumon joue son rôle de descente : il en fait descendre une partie jusqu’au Réchauffeur Inférieur, jusqu’aux Reins.

On remarque que c’est pour cela que le Réchauffeur Supérieur est comparé à un nuage. C’est également pour cette raison que le Poumon est appelé la « Source Supérieure de l’Eau »

La partie « impure » descend dans l’Intestin Grêle où elle est une deuxième fois séparée entre fraction pure et impure. La partie pure va alors à la Vessie. Celle-ci transforme et sépare alors les liquides (le QiHua de la Vessie). La fraction pure doit remonter et retourner à la surface du corps où elle donne la transpiration.

La partie impure est évacuée par les urines.

La fonction QiHua 气化 de la Vessie, comme toute fonction QiHua, est « activée » par le Yang Qi des Reins (cela correspond à notre potentiel héréditaire de métabolisation). C’est pour cette raison (et parce que l’ensemble de ces derniers filtrages se situe dans le Réchauffeur Inférieur) que l’on appelle les Reins la « Source Inférieure de l’Eau ».

Ces fonctions de « montée » et de « descente » des liquides organiques peuvent être comparés au cycle de l’eau sur Terre :

  • l’eau des océans s’évapore dans le ciel et forme les nuages
  • les nuages se transforment en pluie et ruissellent sur la terre
  • ces ruissellements forment des rivières, puis des fleuves qui se jetteront dans la mer.

Par ailleurs, les liquides organiques suivent dans leurs mouvements de montée et de descente la « Voie des Eaux », qui est sous l’égide du Triple Réchauffeur (San Jiao 三焦) : cette égide est bien naturelle, car il s’agit de faire circuler les Jin Ye dans les trois réchauffeurs du corps humain, dans tous les sens.

Pathogénie des liquides

Lorsqu’on parle de liquides, on peut parler de Shui 水 : celle-ci représente l’Eau. Si l’Eau est en insuffisance, on aura des phénomènes de Sécheresse Zao.

Si l’Eau est en excès, si elle déborde (comme dans le phénomène de crue) : on parle d’œdème.

On parle également de Jin Ye, qui correspondent aux liquides physiologiques du corps. Lorsque l’eau est présente, on peut trouver de l’humidité Shi. Nous avons vu que ce Shi est tout à fait normal (typiquement, près d’un lac, l’atmosphère est humide, et cela est normal), ou pathogénique (on peut penser à une salle de bain qui n’est jamais aérée et dont l’humidité stagne et cause un développement de moisissures).

Lorsque l’humidité Shi stagne trop longtemps, elle peut perturber la circulation du Qi et du Sang et « prendre forme » (cf l’exemple des moisissures) : on parle alors de Tan-Yin, c’est à dire de Glaires et Mucosités. On remarque typiquement ce mécanisme lorsqu’on attrape froid : au début, le nez coule abondamment, et la pituite est transparente, très liquide. Puis si la situation persiste, la pituite peut changer d’aspect, devenir plus dense, plus consistante, voire plus jaunâtre. Enfin, en fin de maladie, il arrive souvent que persiste une toux relativement sèche, avec des expectorations de faible volume, mais assez jaunes.

Rappelons que l’humidité est lourde et qu’elle affecte la circulation du Qi. C’est pourquoi, à l’excès, elle peut « nouer » le Qi et former des « nouüres de Qi », un « mélange de Qi et d’humidité. Cette nouüre peut prendre forme localement (c’est typiquement le cas des nodules et des kystes) ou pas, et causer des troubles sévères dans la circulation du Qi.

Par ailleurs l’humidité va affecter la Rate ; du coup, celle-ci peut être débordée par l’humidité, avec formation d’oedèmes (de la face, des membres, des chairs) ; et la Rate ne pourra plus transformer cette humidité, avec le cercle vicieux qui s’en suit.

Tan Shi représente alors sous diverses formes de densité cette formation d’agent pathogène. Elle se traduit littéralement par « Glaires Humidité ».

Sources de Tan (glaires)

Les Tan sont une source de maladies extrêmement fréquentes de nos jours.

La première cause est un Vide de Rate (Pi Xu 脾虚), qui ne peut alors transformer correctement les liquides, ni les faire monter au Poumon : ces liquides stagnent dans le Foyer Moyen et se transforment en Glaires. Il arrive même qu’elles se retrouvent mêlées aux selles (selles avec du mucus).

La deuxième cause classique est un Vide de Poumon  (Fei Xu 肺虚) : le Poumon ne peut diffuser à la peau les liquides, ni les faire descendre, et il en résulte une stagnation des liquides, qui se transforme en humidité puis en glaires au niveau du Réchauffeur Supérieur. On peut souvent « entendre » ces glaires : les personnes reniflent, ou se grattent la gorge.

Enfin, si les liquides ne circulent pas correctement dans la « Voie des Eaux », alors ils peuvent stagner un peu partout dans le corps. C’est pourquoi certains assimilent les fonctions du Triple Réchauffeur à celles du Système lymphatique. Si ce système ne fonctionne pas bien, la lymphe stagne un peu partout dans le corps et on peut voir se développer des problèmes au niveau des ganglions lymphatiques, des nodules, des problèmes de stagnations liquidiennes, des polyarthrites…

Les Différents Tan

Les glaires sont toutes issues d’un déséquilibre prolongé du métabolisme des liquides. Mais ce déséquilibre peut donner lieu à des glaires avec des caractéristiques différentes. C’est pour cette raison qu’on les appelles les Tan Yin : Tan étant plus « glaireux », et Yin « plus fluides ».

Par ailleurs, en fonction d’autres Xie Qi, les Tan vont avoir des caractères différents : c’est pour cela qu’on parlera de Glaires-Vent, de Glaires-Chaleur, de Glaires-Froid, de Glaires-Humidité, de Glaires-Sécheresse, ou de Glaires-Qi, pour distinguer les différentes expressions de ces Glaires.

Par exemple, si on parle d’expectorations (Tan Glaires), elles peuvent être peu productives et sèches (Glaires-Sécheresse), au contraire très productives (Glaires-Humidité), blanches ou jaunes (Froid, Chaleur), ou peuvent s’exprimer par des raclements de gorge (Glaires-Vent), voire comme une « sensation de glaires » (Glaires-Qi).

Les Yin, sont assimilables à des mucosités, des liquides non complètement condensés, toujours assez fluides. On les entend dans le système digestif (borborygmes), pulmonaires (ils peuvent causer de l’asthme sifflant, ou sibilant).

Les Tan dans les trois foyers

Tout le mécanisme de la gestion de l’eau dans les 3 foyers peut être touché (car il y a trop d’humidité) : c’est pourquoi, malgré son caractère descendant, on peut trouver des phénomènes d’humidité au niveau des trois foyers et dans les méridiens et les collatéraux. On parle de liquides pathologiques. Mais souvent ceci arrive dans un second temps, après transformation de l’humidité en Tan (glaires) ou en Tan Shi (glaires humides).

  • Si elle stagne dans le réchauffeur supérieur, on aura des phénomènes de tête lourde comme enveloppée
  • Si elle stagne dans le réchauffeur moyen, elle bloque le mécanisme de digestion
  • Si elle stagne dans le réchauffeur inférieur, il peut y avoir de la miction goutte à goutte, de la diarrhée
  • Si elle est déborde des méridiens au niveau des muscles et de la peau, il y aura des oedèmes avec godet.

Conclusion

Au vu de ces exemples, remarquons que les phénomènes de glaires sont très fréquents parmi nos patients. Qu’ils peuvent se manifester sous de nombreuses formes, et peuvent « ensuquer » un bon nombre de transformations métaboliques. D’ailleurs, les patients ressentent souvent de la fatigue s’ils en souffrent.

Si on pense à une salle de bain où l’humidité a pénétré, on peut faire l’analogie avec le corps humain : elles peuvent être longues à être évacuées.

Dans ces cas-là, il faut apporter du mouvement (on aère !), de la chaleur (qui accélère le mouvement), voire devoir suppléer aux déficiences (par un apport en naturopathie ou autres) tout comme on doit parfois « ravaler » la salle de bain.

A propos de l'auteur
Jean-Laurent Barbier
Ingénieur de l'Ecole Nationale Supérieure de l’Aéronautique et de l’Espace (Toulouse, France). Acupuncteur de l'Institut Shao Yang à Lausanne (Suisse). Ostéopathe de l'Ecole de Lausanne-Belmont.