La consultation en thérapie brève

Les « thérapies brèves »

« La vie est trop courte pour mépriser une aide, aussi petite soit-elle, que l’on peut donner ou recevoir » André Comte-Sponville. 

On appelle  « thérapies brèves » (TB) les approches psychothérapiques focalisées sur les problèmes relationnels répétitifs. Ces méthodes sont nées de la constatation que 60% des patients n’ont pas de maladie physique (Cummings, 1946), dans le creuset de l’école de Palo Alto (Californie), suite à l’enseignement de W. Reich (élève de S. Freud) et fortement influencée par les méthodes d’hypnose clinique de Milton H. Erickson.

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Ces approches intéressent particulièrement les praticiens homéopathes et acupuncteurs, car leur approche, souvent « surprenante » pour les patients, fonctionne sur des principes voisins :

  1. derrière chaque trouble somatique, il y a une conflictualité psychologique,
  2. avec chaque trouble psychologique, il y a un trouble fonctionnel somatique. 

Principes : les solutions utilisées par le patient pour sortir de ses problèmes sont inefficaces (efforts pénibles et répétés), plutôt que de remonter à la source des problèmes, il suffit de considérer que c’est la solution choisie antérieurement qui est le problème (contient une erreur logique). La thérapie est centrée sur une intervention paradoxale (faire pire ?) qui contourne les défenses et autorise un recadrage efficace.

Indications : la « crise » = période d’ébranlement des défenses et de forte motivation au changement. Symptômes présentés : anxiété, accès de pleurs, phobies, hypochondrie, idées dépressives, somatisation digestive (ulcus, colopathie), tendino-musculaire ou nerveuse (parésies …), confusion, tristesse, difficultés relationnelles diverses, impulsivité … Généralement en relation avec une souffrance narcissique, liée aux difficultés vécues qui mettent à mal l’estime de soi, avec crainte d’être critiqué ou rejeté par l’entourage (et le thérapeute). 

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Contre-indications : limitation intellectuelle, misère relationnelle ou sociale, psychose (trouble manifeste du cours de la pensée), risque suicidaire …

  • Si le niveau de fonctionnement défensif est bas = thérapeute soutenant (clarification et reformulation)
  • Si le niveau est haut = thérapeute plus orientée vers l’exploration des désirs ambivalents.

Une thérapie en trois temps …

1Identifier le problème

Utilisez sa façon de voir, car la motivation est un facteur clef du succès d’une thérapie :

  • le « touriste » consulte … mais n’a pas de problème (envoyé par qui ?)
  • le « plaignant » a un problème qu’il attribue aux autres (statut de victime ?)
  • le « patient » reconnait un problème et s’apprête à trouver une solution.

Qui va résoudre le problème : le thérapeute, les autres ou le patient ? Définir rapidement la position qu’adopte votre patient : touriste, plaignant ou client ? Proposer le jeu de la « baguette à trois coups » : « Si vous aviez une baguette magique, qu’aimeriez-vous changer ? » 

« La connaissance du pourquoi n’est ni nécessaire, ni suffisante pour changer ! » P. Watzlawick (au contraire de la psychothérapie classique !)

Première séance : donner l’espoir (c’est une relation innovante). Comme en homéopathie, on part de la souffrance du client : la douleur (à ne pas minimiser) est motivante. Quand le niveau de souffrance va redevenir acceptable, certains patients mettent fin à leur thérapie ! On ne peut aider les patients qu’en éclairant leurs problèmes et en les y renvoyant ! Identifiez le « triangle dramatique » :

  • le « persécuteur » (ex.: je lui ai donné une claque !)
  • la « victime » (d’une personne méchante) … « être victime, c’est un choix de carrière ! » (Y. Dolan) : c’est une position qui permet de prendre les autres en otages
  • le « sauveur » (l’autre résiste : je fais l’action pour lui)

NB. Si le thérapeute se positionne en sauveur, le patient aura vite fait de le transformer en persécuteur, puis en victime !

2Recadrer (modifier ses logiques actuelles, en les prenant en défaut) « Ce qui tourmente les hommes, ce n’est pas la réalité, mais les opinions qu’ils en ont » Epictète, premier siècle après J.C.  

Le plaignant a un problème avec sa réalité (sens, signification et valeurs que nous lui associons), cas du test de Rorschach : les patients expriment des réalités différentes à partir d’un même dessin !

On travaille donc sur le sens donné : le recadrage (changement de sens) et la surprise (qui contourne les défenses) sont capables de modifier rapidement la perception du patient. Il convient de cerner la réalité par quatre de ses aspects :

  1. Les ressentis : ce qui provoque les émotions (foie en MTC)
  2. Les sensations physiques (poumon en MTC)
  3. Les comportements : pensées (rate en MTC)
  4. Les actions (rein en MTC)

Modifier un seul de ces éléments, c’est agir sur les trois autres (cf. cybernétique MTC !). 

Évitez les mots creux : « anxiété », « stress », « dépression » … Définissez en détails le problème actuel : l’objectif pourra l’être aussi en termes concrets, changements favorables (idem répertorisation façon Boeninghausen). Intérêt de la visualisation : se mettre en image, être déjà à son objectif = s’implique mieux à la réalisation de celui-ci.

Bien différencier  les conflits « de structure » (négociation banale) et les conflits « de drapeau » (attaques personnelles). Se mettre dans la « position de l’anthropologue » : ne pas nier sa vision du monde, possibilité de l’augmenter, de l’utiliser …  

Bien comprendre dans quels systèmes le patient évolue. Repérer les « tentatives de solution » qui font partie du problème …

  • A – « Complémentarité » … Interactions qui se complète (ex.: couple « bourreau et victime »)
  • B – « Symétrie » … Les deux termes de l’interaction sont identique (ex.: plus tu cries, plus je crie !)

La solution est paradoxale : on traite l’escalade symétrique par la complémentarité et l’escalade de complémentarité par la symétrie ++

3/ Induire un « changement minimum » significatif et observable, bien que minime … qui aura un effet boule de neige (inverse du mythe de Sisyphe) : pas nécessaire d’amener le travail psychologique à son terme : « on apprend en faisant » (Aristote). Le patient, co-auteur de la situation dont il se plaint, a le pouvoir de le modifier : transformez le conflit en collaboration. 

Lui proposer d’observer ce qui se passe, de réfléchir à ce qui serait bon pour lui, de l’aider vers ses objectifs … « que pourrait-il faire pour que cela se produise ? ». Distinguer ce qui dépend de lui (son problème ++) et prendre la responsabilité de changer … ou d’accepter l’impossibilité de le faire ! 

Approuver les valeurs qui animent le patient : « vous avez sûrement de bonnes raisons d’agir comme ça ? », même si elles lui coûtent cher : travaillez sur ses ambivalences. C’est son problème, sa solution, son bénéfice. S’en tenir aux faits : attention aux sens donnés (vérifiez les croyances).

On travaille aussi sur les hypothèses (explicites ou implicites) auxquelles le patient adhère : « La psychothérapie, c’est une co-création de sens » (Th. Melchior). Utilisez ce que le patient apporte pour l’amener à son objectif (gain de temps, gain d’efficacité). Au patient qui a une haute idée de lui- même, on pourra par exemple proposer une motivation par le défi ou la compétition.

Outils utilisables:

  1. Une relation innovante (croire que c’est possible) et adaptée (cf. S. Hahnemann)
  2. Des jeux de rôles (le thérapeute se met en scène avec le patient)
  3. Des taches d’observation, de réflexion ou d’actions
  4. Une relation « auto hypnotique », utilisant la surprise et le recadrage. 

Il est important d’avoir les idées claires, de faire simple. Le patient doit être fier de ce qu’il fait, ne doit pas se tromper d’adversaire, pour ne pas perdre de temps. Aller à l’essentiel : voir ce qui est important pour lui ?, en quoi puis-je être utile ? et lui dire que souffrir vaut la peine, si on a un but derrière. « La spéculation est un luxe, tandis que l’action est une nécessité ». Henri Bergson 

« C’est dur de changer ! » … Oui, mais c’est dur momentanément. Ne pas changer serait dur définitivement !  

StrongPeople

Références : DOUTRELUGNE Y. et COTTENCIN O. « Thérapies brèves : principes et outils pratiques » (Elsevier Masson, 2008). 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.