1ère année d’homéopathie : 2ème séminaire

Programme du 2e séminaire du cours d’homéopathie (1ère année) :

L’ordre interne de la Matière médicale homéopathique

  • Les diathèses Hahnemanniennes
  • La classification de Paul KOLLITSCH : Une lecture hippocratique de l’homéopathie

L’homéopathie diathésique de F. et J.Yves HENRY :

  • Homéopathie et MTC
  • Les phases de H.H. RECKEWEG
  • Les 275 remèdes

Hypothèses sur le mode d’action des remèdes homéopathiques

La conjecture épigénétique

Les controverses

NB. Le module Homéopathie 1ère année comporte six sections à étudier successivement d’octobre à juin. Chaque section se conclut par une session de travaux dirigés, ou tutorat, sur un week-end et requiert 20 à 25 heures de travail personnel.

 

§ 2.1 – L’ORDRE INTERNE DE LA MATIÈRE MÉDICALE

Note : Pour tirer le meilleur parti de ce qui suit, la lecture préalable des premiers chapitres de l’ouvrage de référence pour la MTC (MACIOCIA, G., The Foundations of Chinese Medicine, Elsevier, 2nd print, 2005, pp.1-40 ; traduit en français, mais plus onéreux) est fortement recommandée, de même que celle de l’ouvrage de HENRY (HENRY, Françoise et J-Yves, Matière Médicale diathésique, IMH, 2009)

 

UNE « VIEILLE DAME RESPECTABLE »

La Matière médicale (MM) homéopathique est une très respectable vieille dame de plus de deux cents ans, consultée et utilisée par des milliers de praticiens de par le monde. Cependant, le foisonnement des références (plusieurs milliers de remèdes et des dizaines de milliers de symptômes, 64 000 dans le répertoire de Kent !) rend son étude très difficile. De plus, ces symptômes sont parfois contradictoires (par exemple la constipation et la diarrhée de Sulfur), ou très proches, au point qu’un répertoire est pratiquement indispensable pour la plupart des praticiens. Mais, même dans ce cas, il est très difficile de choisir avec pertinence la demi-douzaine de symptômes personnalisés nécessaires, et de décider quelle dilution utiliser.

 

SimiliaTimbre   Timbre allemand à l’occasion des 200 ans de l’homéopathie

 

Bien des auteurs ont cherché à mettre en évidence un « ordre interne » dans la MM, à commencer par Samuel HAHNEMANN (1) lui-même. Il classe en effet les remèdes en trois diathèses hahnemaniennes (ou « faiblesses ») principales (pour mémoire la psore : maladies se manifestant par des rougeurs / la sycose : maladies se manifestant par des hypertrophies / la luèse : maladies se manifestant par des ulcérations), une diathèse étant la propension à exprimer périodiquement les mêmes troubles.

NB. Notions à ne pas confondre avec les « diathèses organiques », qui évoquent une fragilité des régulations d’un des 5 pôles organiques de la MTC.

Cette classification classique étant donnée au 19ème siècle, fondée sur les modes d’évolution des pathologies, Léon VANNIER (2) et d’autres au 20ème siècle ont essayé de l’améliorer en introduisant le concept de « réseaux de remèdes » …

Il y a cent ans, la physique newtonienne allait être remise en question par les découvertes des paradoxes de l’infiniment grand (la théorie de la relativité) et de l’infiniment petit (la physique quantique). La médecine, en ce début de 21ème siècle, est un peu dans la même situation : d’un côté, la psychosomatique donne un autre sens aux symptômes, de l’autre, la protéomique est en train de modifier notre appréciation de la dynamique des phénomènes biologiques et du rôle réel des médicaments. Pour certains, dont nous sommes, l’homéopathie doit, elle aussi, « faire sa révolution » …

…     Pasteur       Bernard        Freud         Fleming

1870            1890          1910             1945

———————————————————————————–>

Hahnemann   Hering            Kent        Henshaw    Kollitsch

1805              1850               1900           1930         1955

 

L’analyse systémique révèle quant à elle des aspects inattendus de l’œuvre de Hahnemann, si complexe, considérée comme une série d’expériences produisant les innombrables réactions de la physiologie humaine soumise à des contraintes diverses. Pour cela, il nous faut considérer chacun des éléments (les relations remède-symptômes) de cette « base de données » comme autant de parties d’un tout, dont il nous faut étudier l’organisation et les relations internes. Il nous a ainsi semblé essentiel de rechercher, dans la structure organique qui les sous-tend, ce qui se cache « derrière » ces symptômes et les remèdes correspondants (leurs compositions, leurs actions, physiologiques ou toxiques).

 

L’APPROCHE TOPIQUE (OU ORGANIQUE)

En 1955, Paul KOLLITSCH (3) (1896-1976), médecin homéopathe français, se référant à la Table périodique des éléments de Mendeleïev, s’appuie sur les traits communs des pathogénésies des remèdes et sur l’histopathologie des maladies pour construire un système de 24 groupes de remèdes en relation étroite avec les éléments chimiques (Na, S, P, Cu, Mg, Mn, As, etc….). Cette méthode s’avère une puissante aide au diagnostic homéopathique.

P. KOLLITSCH regroupe les remèdes en fonction du dénominateur commun de leurs symptômes. Sa démarche s’inscrit dans une vision hippocratique (oppositions CHAUD<=>FROID et HUMIDE<=>SEC) et aboutit à une hiérarchie de plus de 2.000 remèdes organisés au sein de 24 familles thérapeutiques, chacune centrée sur un cation ou un anion de la « Table périodique des éléments » et montrant des affinités organiques.

 

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Fig. 1 : Table périodique des éléments de Mendeleïev, par Sandbh (Wikimedia Commons.) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], consulté en mai-2014

 

EXEMPLE DE GROUPE DE KOLLITSCH : SULFUR

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Fig. 2 : Tableau du groupe SULFUR de Kollitsch, in Paul KOLLITSCH, Homéopathie – Matière Médicale Thérapeutique, Helios Genève, 1989 (épuisé), p.105.

 

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Fig. 3 : Diagramme du groupe SULFUR de Kollitsch, in Paul KOLLITSCH, Homéopathie – Matière Médicale Thérapeutique, Helios Genève, 1989 (épuisé), p.72.

 

§ 2.2 – L’HOMÉOPATHIE DIATHÉSIQUE de Françoise et J.Yves HENRY : HOMÉOPATHIE et MTC

Quelques quarante ans plus tard, Jean-Yves HENRY10, médecin homéopathe français lui aussi, est frappé par une affinité subtile qu’il note entre les groupes de KOLLITSCH et le Système des Cinq éléments (ou des Cinq Mouvements), aussi appelé le Pentagramme, de la Médecine Traditionnelle chinoise (MTC)4.

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Fig. 4 : Le Pentagramme de la MTC

De fait, tout comme la Materia Medica est au cœur de l’homéopathie, le « Système des Cinq éléments » est au cœur de la MTC. F. et J.Yves HENRY s’appuient ainsi, d’une part, sur les relations pathogénésiques des remèdes d’un même groupe, et d’autre part, sur la clinique du cycle SHENG (« genèse des organes », ou « engendrement ») et de celle du cycle KO (« régulation » ou « contrôle des organes »). Il fait l’hypothèse que les 24 groupes de KOLLITSCH peuvent être assignés aux 25 régulateurs du Pentagramme (N.B. : le 24e groupe de KOLLITSCH, groupe du Carbone, doit être scindé en deux sous-groupes, les carbones non-comburés Ch1 comme Graphites ou Petroleum, d’une part, et les carbones comburés Chcomme Carbo vegetabilis ou Carbo animalis d’autre part).

 

Ces 25 familles de remèdes « régulateurs » peuvent être considérés comme autant d’interfaces entre les groupes d’organes (ou « pôles organiques, ou « royaumes ») : chaque « royaume » étant représenté par son « Empereur » et les éléments connecteurs étant des « Ambassadeurs » (cycle KO) ou des « Comptoirs » (cycle SHENG).

 

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Fig. 5 : Le Pentagramme de la MTC avec ses 25 régulations, à partir des groupes de remèdes de KOLLITSCH. Note : les couleurs correspondent aux couleurs traditionnelles de la MTC. On note aussi que chaque pôle ressemble à une sorte de sous-pentagramme, faisant de ce schéma une sorte de fractale a minima…

 

J.-Yves HENRY systématise alors facilement cette classification en relation avec le Pentagramme, lequel n’est rien d’autre en fait qu’un modèle éprouvé des régulations macro-physiologiques. Nous pouvons vérifier que les symptômes de chaque famille de remèdes correspondent bien aux symptômes décrits par les dysfonctions de chacun des cinq pôles organiques.

Par exemple, Hg (Mercurius) est l’« Empereur » de la RATE (= TERRE), P (Phosphorus) l’« Empereur » du POUMON (= MÉTAL), etc…

Dans le cycle SHENG, Ba (Baryta carbonica) est le « comptoir d’importation » du CŒUR (= FEU) au pays de la RATE (= TERRE), Si (Silicea) le « comptoir d’exportation » du REIN (= EAU) au pays du POUMON (= MÉTAL).

NB. L’axe Si ž Ch1 correspond à la « voie des eaux » (fonction importante en MTC).

Dans le cycle KO, Na (Natrum muriaticum) est l’« Ambassadeur » du MÉTAL au pays du FEU, Mg (Magnesia phosphorica) l’« Ambassadeur » du MÉTAL au pays du BOIS, Cu (Cuprum metallicum) l’« Ambassadeur » de la TERRE au pays du BOIS, etc…

 

UN SAUT QUANTIQUE

Ces observations permettent d’effectuer un « saut quantique » dans la qualification et la logique des relations entre les symptômes de chaque famille de remèdes grâce à quelques notions classiques en MTC :

  • Les relations organiques : dans chaque pôle, les symptômes se réfèrent respectivement, et préférentiellement, soit à la structure(YIN), soit au sang et aux liquides organiques (XUE), soit à l’énergie (Qi), soit à la fonction (YANG).
  • Les relations temporelles ou chronologiques : les pôles se nourrissant ou se contrôlant les uns les autres, certains symptômes sont en lien avec des causes, d’autres avec des conséquences. Les symptômes doivent être considérés comme autant d’ajustements nécessaires pour l’homéostasie !
  • La nature ou l’état : certains symptômes révèlent des situations de déficience (rareté ou manque), de plénitude ou de vide. Ceci explique leurs modalités : La modalité « aggravé par » (le mouvement, telle ou telle saveur, la soif, telle ou telle émotion, etc.) fait référence à une plénitude (ou excès) de l’élément correspondant. La modalité « amélioré par » indique quant à elle que l’élément correspondant est en déficit ou manque.
  • l’expérience psychologique : chaque dysfonction d’un pôle correspond à une souffrance résultant d’un trouble de la construction de la personnalité.

L’avantage de cette approche est de pouvoir déduire, ou vérifier les différents symptômes d’un remède en repérant sa position sur le Pentagramme et au sein de chaque groupe.

Ainsi par exemple :

China (As) [la notation « (As) » signifiant que le remède China appartient au groupe de l’arsenic] est un remède de suite d’hémorragie, c’est-à-dire de « vide de SANG du FOIE » sur l’axe POUMON-FOIE, ce qui signifie aussi « vide d’énergie » (fatigue), avec logiquement son cortège de symptômes tendino-musculaires, puisque ceux-ci sont gérés par le pôle FOIE !

Cuprum metallicum (Cu), comme remède spastique (et « patron » du groupe Cuprum), est bien à sa place comme « ambassadeur » de la RATE (=TERRE) au royaume du FOIE (=BOIS), car le pôle FOIE inclut les muscles, les tendons et la vésicule biliaire et qu’il y a blocage de l’adaptation : crampes !

Ferrum metallicum (Fe), comme composant essentiel du sang (et « patron » du groupe Ferrum), a bien sa place comme « comptoir d’exportation » du FOIE (=BOIS) vers le CŒUR (=FEU), car en MTC « le FOIE thésaurise le SANG » ; ainsi une anémie peut résulter d’une « faiblesse du foie » (NB. les principaux composant de l’hémoglobine étant synthétisés par le foie).

 

L’APPROCHE ÉCONOMIQUE

Dans les années 1950, un homéopathe allemand, Hans-Heinrich RECKEWEG5 (1905-1985), systématise ce que l’on peut appeler « l’histoire naturelle » de l’évolution de l’état de santé d’un individu en fonction de son capital génétique et des contraintes qu’il subit au cours de son existence.

RECKEWEG décrit ainsi six phases de fragilités organiques qui sont autant d’étapes conduisant les individus de la naissance à la mort, dans une approche « économique » ou chronologique précisant ainsi la description faite par Hahnemann de ses trois diathèses 120 ans auparavant.

Phases humides (réversibles) :

  • 1 (enfance) = stagnation/excrétion (glaires)
  • = inflammation/chaleur (maladies en « ite »)
  • = déposition  (allergies et maladies de surcharge)

Phases sèches (lésionnelles) :

  • 4 = imprégnation (acidose locale sur sècheresse)
  • = dégénérescence (MAI et vascularites)
  • = dédifférenciation (cancers)

On constate que ces notions sont très proches des observations de la MTC. Celle-ci reconnaît six niveaux de pénétration de « l’énergie perverse » dans les couches intérieures de l’individu (cf. les six triangles de la MTC) :

  • Triangle du SANG        (Foie – Coeur – Rate)     
  • Triangle de l’ÉNERGIE    (Rate – Poumon – Rein)
  • Triangle du YIN/YANG     (Rate – Rein – Foie)
  • Triangle de la LYMPHE    (Coeur – Rate – Poumon)
  • Triangle de l’EAU            (Rein – Coeur – Poumon)
  • Triangle des FEUX           (Rein – Foie – Coeur)

Les six phases de RECKEWEG sont les équivalents occidentaux de ce que la MTC enseigne avec ces six niveaux de « pénétration » (= aggravation). Pris deux à deux, les triangles et les phases se répondent comme suit :

  • Triangles : ÉNERGIE    < — >   SANG          … Phases 1 et 2
  • Triangles : LYMPHE     < — >   YIN/YANG    … Phases 3 et 4
  • Triangles : EAU            < — >   FEUX            … Phases 5 et 6

Tout homéopathe (un peu averti) peut également discerner une correspondance entre les phases de RECKEWEG et les trois diathèses primordiales de Hahnemann :

  • phases 1 et 2             —>  PSORE (essentiellement maladies fonctionnelles)
  • phases 3 et 4             —>  SYCOSE (essentiellement déposition / imprégnation)
  • phases 5 et 6             —>  LUÈSE (essentiellement des lésions organiques)

De sorte que la correspondance s’établit ainsi :

  • Triangles : SANG         < >   ÉNERGIE     —>     phases 1 et 2       —>  PSORE
    (essentiellement des maladies fonctionnelles)
  • Triangles : YIN/YANG  < >   LYMPHE      —>      phases 3 et 4      —>  SYCOSE
    (essentiellement déposition = sycose humide / imprégnation = sycose sèche)
  • Triangles : EAU            < >   FEUX            —>      phases 5 et 6      —>  LUÈSE
    (essentiellement lésions organiques)

Le tableau suivant récapitule les six phases de RECKEWEG en relation avec les diathèses Hahnemanniennes :

 

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Phases 1+2 = rougeurs : PSORE / Phases 3+4 = hypertrophies : SYCOSE / Phases 5+6 = ulcérations : LUESE

Fig. 5 : Toute pathologie peut prendre place dans ce tableau, ce qui permet de la rattacher à un pôle organique et à une phase et donc d’évaluer son degré de gravité (qui va croissant de la gauche vers la droite et de haut en bas).

 

L’APPROCHE DYNAMIQUE

Lors de l’anamnèse, des questions spécifiques, par exemple :

« Êtes-vous frileux ? »  si oui = insuffisance de YANG du FOIE

« Êtes-vous fatigué(e) ? » : insuffisance d’énergie du POUMON

« Êtes-vous hypotendu ? anémié(e) ? » : insuffisance de SANG du CŒUR…)

aideront alors à comprendre quelle est la structure organique concernée, et quelle famille de remèdes homéopathiques pourra fournir l’équivalence, c’est-à-dire le simillimum.

Cependant, même si tout ceci représente déjà un progrès, certaines familles comportant plus de 50 remèdes, l’organisation proposée par P. KOLLITSCH pour chacune des différentes familles demeure complexe. Il a bien fallu une bonne dizaine d’années de pratique conjointe de l’homéopathie, de la MTC et de tests sériques (BNS) pour résoudre ce problème.

J.Y. HENRY distingue deux catégories différentes de remèdes au sein de chacune des 24 familles de remèdes :

1/ des remèdes réactionnels qui s’opposent spécifiquement aux six types de « contraintes externes » systématisées par la MTC en trois paires de couples opposés YIN-YANG :

A – contraintes externes de type « YANG » :

    1. froid (traumatisme),
    2. chaleur (par stagnation)
    3. et sècheresse (douleurs)

B – contraintes externes de type « YIN » :

  1. humidité (glaires),
  2. vent (par ex. les soucis)
  3. et feu (par ex. coup de soleil, irradiation…)

2/ des remèdes de fragilité structurelle qui mobilisent les cinq volumes des pôles organiques :

    1. eau (REIN),
    2. sang (CŒUR),
    3. énergie (POUMON),
    4. YANG (FOIE)
    5. et lymphe (RATE).

 

LES 275 PRINCIPAUX REMÈDES

J. Yves HENRY récapitule finalement les familles de remèdes en les systématisant dans un tableau comportant 275 remèdes de la Matière Médicale, dont 11 nosodes (voir ci-dessous).

 

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Fig. 6 : Le tableau des 275 remèdes (dont 11 Nosodes). Ce tableau permet de trouver un remède en croisant la contrainte externe et/ou la dysfonction interne (en abscisses : axe horizontal) avec le niveau de dérégulation organique concerné, la diathèse ou le type de blocage (en ordonnées : axe vertical). Note : les couleurs correspondent aux couleurs traditionnelles de la MTC.

 

Dans ce système, une prescription optimale est la combinaison d’un remède « toxique » en haute dilution (par ex. Arsenicum album) pour « disperser le pervers », et d’un remède « nourricier » en basse dilution (par ex. Avena sativa) destiné à « nourrir la structure »… En pratique, cette façon de faire gomme assez parfaitement les aggravations thérapeutiques dont se plaignait déjà Hahnemann en son temps.

NB. En situation clinique de « vide » de l’un des pôles organique (état chronique aggravé par tout), il faut commencer par prescrire un nosode.

Ce « jargon », tout droit sorti de la MTC, peut prêter à sourire ou aux sarcasmes, mais ne doit pas faire oublier que la MTC est une somme de sagesse et d’observations plurimillénaires qui décrit, avec sa terminologie propre, ce que nous appelons en occident la physiopathologie. Cette physiopathologie est évidemment commune aux deux traditions médicales.

 

HENRY a ainsi développé, à l’écart des querelles de clocher et des débats académiques stériles, un test de biologie (les PRS, et maintenant les BNS homéo) reposant sur la quantification (mesure) de l’importance des interactions du sérum du patient avec les réactifs correspondant aux polychrestes (cf. les tests de HENSHAW) des cinq pôles organiques de la MTC. Cette conjecture et cet empirisme sont validés par les statistiques cliniques portant sur des dizaines de milliers de tests sériques : la place des 24 groupes de KOLLITSCH sur le Pentagramme est tout, sauf arbitraire.

 

CAS CLINIQUE

BNS réalisé chez une patiente atteinte d’un cancer du sein avec métastases osseuses, après chirurgie, chimio et radiothérapie.

Notez l’élévation conjointe des alpha1-précipitines et du Cuivre (néo-vascularisation), l’effondrement du Magnésium (douleurs chroniques), l’élévation des trois euglobulines (stress oxydatif) et la baisse des Bêta-précipitines (insuffisance hépatique et vésiculaire due à la chimiothérapie).

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Fig. 7 : Cas Clinique – Cancer du sein avec métastases osseuses (après chirurgie, chimio- et radiothérapie).

 

L’HOMÉOPATHIE DIATHÉSIQUE

Cette approche systémique de la MM est un saut qualitatif : elle permet de comprendre la logique d’une prescription. Pour la différentier d’autres pratiques, nous l’appelons l’homéopathie diathésique. Le fondamentalisme, disons même l’intégrisme, de certains praticiens homéopathes ayant fait le lit de la marginalisation de l’homéopathie (ce qui est une aubaine pour la médecine académique !), cette méthode peut permettre à la fois de dépasser les querelles intestines des homéopathes, de supplanter le mépris des classiques… et de sortir l’homéopathie de son ghetto.

 

L’homéopathie diathésique a l’avantage d’expliquer le fonctionnement de l’homme en bonne santé en se référant à la logique de son organisation et de son développement :

  • elle correspond à la physiopathologie et à une logique thérapeutique,
  • elle clarifie les relations entre les structures et les fonctions, tout autant qu’entre le normal et le pathologique,
  • elle permet de discriminer l’utilisation des hautes dilutions (« disperser le pervers ») de celle des basses dilutions (« nourrir la structure »),
  • elle définit pour chaque individu un chemin prédictif allant de la santé vers la maladie, comme tout autant d’adaptations nécessaires à une succession de situations nouvelles.

 

Remarquons que SANKARAN (7), SCHOLTEN (8) et WELTE (9) ont suivi une recherche analogue en systématisant les symptômes comportementaux à partir des lignes et des colonnes des éléments de la Table de Mendeleïev :

Colonne 1 (Lithium -> Fr) … Dépendant comme un enfant / manque de confiance en soi

Colonne 2 (Beryllium -> Ra) … Besoin d’encouragement et de protection

Colonne 3 (Scandium -> Ac) … Je ne sais pas si je veux, ni ou je vais

Colonne 4 (Titanum -> Hf) … Je sais ce que je veux, j’y vais. Cela va-t-il marcher ?

Colonne 5 (Vanadium -> Ta) … Je ne peux pas faire plus, je ne suis pas sûr du résultat

Colonne 6 (Chromum -> W) … Je vais leur montrer, je cours le risque !

Colonne 7 (Manganum -> Re) … Renforcer, soutenir : jusqu’où je peux aller ?

Colonne 8 (Ferrum -> Os) … Mettre en valeur, faire face à l’opposition

Colonne 9 (Cobaltum -> Ir) … Échec ou succès, sens de la perfection

Colonne 10 (Niccolum -> Pt) … Je suis au top : il ne peut rien m’arriver !

Colonne 11 (Cuprum -> Au) … Me défendre pour rester en place

Colonne 12 (Zinc -> Hg) … Menace, vigilance constance et combat acharné

Colonne 13 (Alumina) … Attaques sévères, risque de lâcher

Colonne 14 (Silicea -> Pb) … Rupture, la structure perd son efficacité

Colonne 15 (Phosphorus -> Bi) … Faiblesse, érosion de la structure

Colonne 16 (Sulfur -> Te) …  J’ai tout perdu, je laisse filer

Colonne 17 (halogènes) …   Trahison, tout s’effrite, la structure emprisonne

Colonne 18 (gaz rares) … Ni limites, ni structure, je ne suis plus là

……………………………………………………………….

1er ligne (Hydrogenum -> He) … Exister

2ème ligne (Lithium -> Néon) … Angoisse de perte, dépendance

3ème ligne (Natrum -> Ar) … Conscience de soi, affirmer ses choix

4ème ligne (Kalium -> Kr) … Sécurité, capacité à se protéger

5ème ligne (Rubidium -> Xe) … Créativité et performance

6ème ligne (Cesium -> Rn) … Responsabilités

7ème ligne (Francium – ) …  Accablés par le devoir et les responsabilités

 

CONCLUSION

Ces résultats suggèrent que, loin d’être un amoncellement inarticulé de symptômes divers et variés, tels une forêt impénétrable, où l’homéopathe en herbe (et même bien souvent l’homéopathe chevronné) peut se perdre avant d’avoir pu dire « ouf ! », la MM possède bien un ordre interne qui fournit une boussole qui permet de se sortir du maquis.

« Le traitement idéal est celui qui restaure la santé d’une manière rapide, douce et permanente, en supprimant et détruisant le mal par le chemin le plus court, le plus sûr et le moins nocif, selon des principes clairs et intelligibles » (Celse, cité par Hahnemann in Les maladies chroniques)

 

OUVRAGES À CONSULTER (§ 2.1 et § 2.2)

  1. HAHNEMANN, S., Chronic Diseases, publié en 1828
  2. VANNIER, L., Les remèdes homéopathiques des états aigus – Étude clinique et thérapeutique, Doin & Cie, 1946
  3. KOLLISTCH, P., Matière médicale thérapeutique, Maloine, 1955, republié en 1989 (épuisé : disponible en prêt, se renseigner auprès du Secrétariat)
  4. MACIOCIA, G., The Foundations of Chinese Medicine, Elsevier, 2nd print, 2005, pp.1-40
  5. RECKEWEG, H.H., Homotoxicologie, A. Verlag, 1955
  6. HENSHAW, G.R., The Serum Reactivity Test, Exposition Press, New-York, 1980
  7. SANKARAN, R., Sankaran’s Scheme, Homeopathic Medical publishers, 2005
  8. SCHOLTEN, J., Homeopathy and Minerals, Narayana, 2013
  9. WELTE, U., The Periodic Table in Homeopathy, Narayana Verlag GmbH, 2010
  10. HENRY, Fr. et J-Y., Matière Médicale diathésique, IMH, 2009

 

§ 2.3 – HYPOTHÈSES SUR LES MODES D’ACTION DE L’HOMÉOPATHIE.

LA CONJECTURE ÉPIGÉNÉTIQUE

L’homéopathie serait un moyen d’agir sur l’expression des gènes par épigenèse. Quelques rappels s’imposent sans doute…

En première analyse :

  • La génétique est l’étude des gènes eux-mêmes, de leur agencement au sein du génome (ADN) et de leur transmission lors des divisions cellulaires ;
  • L’épigénétique est l’étude de l’action de l’environnement (au sens large : chimique ou physique) sur l’expression des gènes, c’est-à-dire leur traduction en ARN, puis en protéines structurelles et/ou fonctionnelles.

L’épigénétique est une branche relativement récente de la biologie. Lorsque l’on eut achevé la cartographie du génome humain, on a réalisé (pour simplifier) que connaître la constitution précise du génome (la séquence d’ADN) ne rendait pas vraiment compte de ce que l’on observait : la présence d’un gène particulier dans un génome n’implique pas nécessairement que ce gène s’exprime : son expression dépend en effet de son environnement, lequel est constitué par d’autres gènes, d’une multitude de protéines, des séquences d’ADN non codantes, des ARN, des substances chimiques diverses et variées, des agents physiques (pression, température, rayonnements électromagnétiques, …).

En d’autres termes, la génétique n’est pas tout, loin de là : on a observé en outre que certains caractères épigénétiques se transmettent à la génération suivante ! Par ailleurs, l’existence d’un gène de cancer (familial) par exemple n’implique pas nécessairement que l’on développera un cancer, car ce gène peut parfaitement ne pas s’exprimer pendant la vie de l’individu.

Même s’il est actuellement impossible de préciser quel pourrait être le médiateur de l’action des remèdes homéopathiques, et de la valider scientifiquement, l’hypothèse épigénétique rend assez bien compte des faits observés (c’est-à-dire l’action de remèdes homéopathiques : disparition de symptômes, voire guérison de certaines maladies).

L’homéopathie serait ainsi une biotechnologie « douce », respectueuse du fonctionnement biologique (à l’action réversible au bout d’un certain temps d’action), à l’inverse des biotechnologies « dures » comme les manipulations génétiques (OGM) qui jouent à l’apprenti sorcier…

Dans les années 1980, une bataille d’experts déchaîna les passions autour de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler « la mémoire de l’eau ». Ce terme a été mis en avant par Yves LASNE, des hôpitaux de Lyon, suite à ses travaux sur les signaux objectivés en RMN (Résonnance Magnétique Nucléaire), spécifiques des remèdes et des dilutions étudiés. L’expression a été rapidement reprise par Jacques BENVENISTE, de l’INSERM, dans d’autres études. La RMN permet en effet de détecter d’infimes modifications de la structure des substances étudiées, et il n’est pas exclu que l’on puisse un jour mettre en évidence de façon certaine le mécanisme d’action de l’homéopathie (sachant que celui-ci ne peut vraisemblablement pas être le fait d’agents chimiques du fait des hautes dilutions utilisées).

 

Si l’on postule que le remède homéopathique véhicule une « information » (dont on ne connaît pas encore la nature !) qui agit à différents niveaux le long de l’axe ADN –>ž ARNž –> protéines (cf. les travaux du Pr. Mirko BELJANSKI, de l’institut Pasteur) sur l’expression des gènes, on conçoit que le fonctionnement cellulaire puisse être modifié.

Différentes hypothèses peuvent être envisagées :

  • synthèse de transmetteurs aux multiples effets selon les tissus : endorphines, cytokines ou hormones ?
  • déplacements des équilibres des colloïdes des différents milieux intérieurs ?
  • activation – in fine – des sites récepteurs des parois tissulaires, comme les tests des PRS le laissent supposer ?

Comme chacun sait, les investissements dans les laboratoires de recherches de pointe du monde entier s’orientent désormais vers les « biotechnologies », c’est-à-dire la capacité d’introduire au sein des cellules des messages ADN ou ARN qui déclenchent la fabrication de protéines spécifiques aux troubles que l’on voudra compenser (du cartilage par exemple dans une articulation arthrosique).

Or, l’effet (parfois extrêmement rapide) des remèdes homéopathiques correctement choisis est spectaculaire (s’il en était autrement, on se demanderait pourquoi les homéopathes et leurs patients continuent à recourir depuis des décennies à cette pratique !) et parfaitement corrélé aux symptômes observés chez les sujets des pathogénésies (provings en anglais) : ces observations sont régulièrement répertoriées et confirmées depuis 200 ans et constituent précisément la Matière médicale homéopathique.

 

On peut aussi raisonner sur ce qu’est un remède homéopathique ?

Sa fabrication consiste essentiellement en une double opération de dilution + dynamisation avec une impureté correctement choisie (le remède) dans une eau ultra-pure (200 000 omh), sorte de cristal en surfusion. C’est de cette façon (impureté répartie dans le silicium) que sont fabriqués les transistors de nos ordinateurs ! On obtiendrait ainsi un véritable « transistor biologique« , susceptible (comme les transistors électriques) d’amplifier dans certains cas (lié à l’impureté utilisée au départ) un signal de régulation déficient.

Le remède homéopathique possède un statut légal dans le codex pharmaceutique français depuis 1948. Tout minéral, végétal ou animal (les trois règnes de la nature) peuvent théoriquement servir à préparer un remède homéopathique (après expérimentation significative = sa pathogénésie) :

  • Minéraux … corps simples ou composés (sels),
  • Plantes … racines, tiges, fleurs et fruits,
  • Des « Sarcodes » (AG) = organothérapiques (organes sains)
  • Des « Nosodes » (AG + AC) = biothérapeutiques (organes malades)
  • Des corps synthétiques … nos médicaments allopathiques modernes,
  • Et des produits prélevés sur le malade … Les « isothérapiques »

La Matière médicale utilise donc des remèdes empruntés aux 3 règnes de la nature.

Ces remèdes sont essentiellement de quatre types :

  1. Remèdes toxiques (Arsenic, Mercure, Plomb, Venins …) utilisés en hautes dilutions (pour corriger des hyperfonctions pathologiques)
  2. Remèdes alimentaires (Laitue, Avoine, Artichaut …) utilisés en basses dilutions (pour traiter des insuffisances de la structure)
  3. Composants naturels du corps (Fer, Iode, Sodium …), utilisés en dilutions variables selon l’effet souhaité
  4. Nosodes (complexes antigène-anticorps pathologiques) utilisés pour les troubles chroniques, ou situations de « vide » des régulations d’un pôle organique (maladie chronique grave que tout aggrave !)

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Fig.8 Selon la concentration du remède, différents types d’effets seront prépondérants : chimique, enzymatique ou homéopathique

 

Toutes les formes pharmaceutiques peuvent être utilisées, toutefois, certains remèdes sont particuliers à l’homéopathie : les granules et les doses-globules. (petite quantité de granules destinée à n’être prise qu’une fois).

Pas de « posologie » en homéopathie ! S. Hahnemann préconisait de ne pas répéter la prescription avant la fin de la réaction provoquée par le médicament.

La durée d’action d’un remède variera d’ailleurs en fonction de :

–> sa nature = les sels peuvent agir au-delà de 60 jours, les plantes ont une action plus courte, les venins et produits organiques une efficacité encore plus brève (de quelques heures à quelques jours),

–> son mode de préparation (hahnemannienne ou K) et la hauteur de la dilution utilisée (plus celle-ci est élevée, plus la durée efficace a des chances d’être importante),

–>  la nature de la maladie et l’âge du patient.

 

L’homéopathie a l’avantage d’être parfaitement inoffensive — même si des erreurs de prescription déclenchent parfois des aggravations symptomatiques désagréables ! (voir 1ère section : note sur les effets indésirables extrinsèques). Nous avons à disposition une immense palette d’interventions directes sur l’expression des gènes… peu coûteuse et dénuée de tout risque !

 

§ 2.4 – LES CONTROVERSES

L’homéopathie jouit d’un grand prestige auprès du public dans de nombreux pays, et notamment dans de grands pays comme l’Inde ou le Brésil. Dans le même temps, elle est contestée par la plupart des « classiques » (médecins hospitaliers, universitaires …) et fait l’objet de débats passionnés, voire passionnels et récurrents. Depuis des décennies, l’homéopathie est un terrain de conflit entre les praticiens homéopathes et leurs patients, d’une part, et (paradoxalement) beaucoup de médecins se réclamant de l’« Evidence-Based Medicine » (EBM), en bon français « la médecine fondée sur des données probantes », d’autre part.

L’homéopathie repose pourtant sur un corpus expérimental et clinique sans équivalent (les pathogénésies et la MM). Ironiquement, on peut considérer que l’EBM s’inscrit (mais beaucoup plus tard) dans le droit fil de la démarche homéopathique, laquelle est elle précisément une démarche expérimentale, n’en déplaise aux puristes ou aux « intégristes » de la médecine classique…

En effet, c’est bien Hahnemann qui est à l’origine de cette démarche expérimentale totalement novatrice pour la médecine pour son temps, car il a expérimenté sur lui-même, sur ses proches et ses malades, de nombreuses substances, parmi lesquelles celles utilisées à son époque (par ex. les sels de mercure ou d’arsenic).

Selon le fondateur de l’EBM, David L. Sackett, “EBM is the integration of best research evidence with clinical expertise and patient values; by patient values we mean the unique preferences, concerns and expectations each patient brings to a clinical encounter and which must be integrated into clinical decision.”

En bon français :

« La médecine fondée sur des données probantes intègre les preuves issues de la meilleure recherche possible et l’expérience clinique ainsi que les valeurs exprimées par le patient : les préférences, les préoccupations et les attentes uniques qu’il exprime lors de la consultation, et qui doivent être intégrées à la décision clinique. »

Ce malentendu et cette querelle sont entretenus par le fait qu’il n’existe pas, à ce jour, comme on l’a vu, d’explication scientifique indiscutable du ou des modes d’action des remèdes homéopathiques.

 

LA PROBLÉMATIQUE DES MÉTA-ANALYSES DU LANCET

Le Lancet (l’une des plus prestigieuses revue internationale de médecine) avait publié en septembre 1997 une méta-analyse (Linde & al.) qui concluait que :

« Les résultats de notre méta-analyse ne sont pas compatibles avec l’hypothèse selon laquelle les effets cliniques de l’homéopathie sont complètement dus à l’effet placebo. »

Traduction en clair : « L’homéopathie, ça marche ! »

En août 2005, Shang & al. publient dans cette même revue une deuxième méta-analyse qui ne reconnaît à l’homéopathie qu’un effet placebo :

« Les effets de l’homéopathie ne sont pas différents de l’effet placebo. »

En clair : « L’homéopathie, ça ne marche pas ! ».

Nous sommes donc en présence de deux méta-analyses qui concluent dans deux sens diamétralement opposés, à quelques années d’intervalle… Ceci conduit évidemment à relativiser la pertinence et l’intérêt des méta-analyses, lesquelles sont encore plus facilement biaisées que les études elles-mêmes !

Les biais peuvent en effet être méthodologiques ou économiques. Nous nous attarderons ici sur les biais méthodologiques, laissant à d’autres la discussion sur les biais économiques (liens et conflits d’intérêts, directs, indirects ou croisés, publics ou occultes… ?!).

 

DISCUSSION DE LA MÉTHODOLOGIE

Les études cliniques actuelles sont en général des études contrôlées, en double-aveugle et contre placebo (ou études dites « randomisées »). Ce type d’étude est le nec plus ultra de la recherche clinique en médecine universitaire occidentale. La méthodologie est adaptée aux caractéristiques propres à cette médecine à thérapeutique chimique qui est pratiquée en fait sur toute la planète.

L’un des paramètres des études randomisées conventionnelles est la nécessité de répartir les patients en groupes nosologiques (diagnostic de maladies) bien définis : par ex. asthme, bronchite chronique obstructive, infarctus du myocarde, etc. selon des critères qui relèvent exclusivement du système étudié, ici la médecine conventionnelle. Or, les critères diffèrent généralement d’un système de médecine à un autre, en particulier pour l’homéopathie. En effet, la classification diagnostique répond ici à une logique différente : si l’on veut réellement évaluer l’homéopathie, les patients ne doivent pas être classés en fonction de leur diagnostic nosologique conventionnel, mais en fonction de leur diagnostic de remède : tel patient (par exemple asthmatique) sera par ex. un Arsenicum album, ou un Kalium carbonicum, ou un Medorrhinum ou un Natrum sulfuricum.

Il est donc contraire aux principes de l’homéopathie d’étudier l’efficacité de tel ou tel remède pour l’« asthme » en général. Ce n’est pas une subtilité, ni une esquive. Imaginez que l’on veuille étudier l’efficacité d’un antibiotique dans l’indication homéopathique « Arsenicum album » (diagnostic de remède)… Cela n’a pas plus de sens que de vouloir évaluer un devoir de mathématiques avec les critères utilisés pour un devoir de français : c’est complètement absurde…

Une grande part des études cliniques consacrées à l’homéopathie souffrent ainsi de ce biais méthodologique : les remèdes sont étudiés pour leur efficacité dans telle ou telle pathologie, ou « maladie ». Autrement dit, les traitements testés ne sont pas personnalisés (adaptés homéopathiquement au patient). Il n’est dès lors pas étonnant que ces études donnent des résultats contradictoires, et ceci vaut d’autant plus pour les méta-analyses qui les reprennent.

 

CONCLUSION – LE DÉBAT RESTE OUVERT…

Iris R. Bell et collègues ont commencé à développer ces notions dans un article paru dans Archives of Internal Medicine en 2002 (déjà signalé dans la première section et dont nous recommandons fortement la lecture : Médecine intégrative et recherche systémique sur les effets thérapeutiques, Arch. Intern. Medicine /Vol. 162, Jan 28, 2002, American Medical Association, pp.133-140 : traduction en français d’un article original en anglais des États-Unis téléchargeable en PDF sur le site de medecine-integree.com ; l’article original est aussi disponible sur le Net 🙂
http://archinte.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=214740

Ces notions que nous venons de discuter ont le mérite de relativiser puissamment la pertinence des conclusions que l’on peut tirer des méta-analyses élaborées à partir des essais cliniques en homéopathie, que ce soit en faveur ou en défaveur de l’homéopathie. Elles peuvent contribuer au débat sur l’homéopathie lequel, de toute évidence, est loin d’être clos, si l’on retient la pertinence de la présente « méta-méta-analyse »…

Ses origines en lien avec l’alchimie, la nature de ses « remèdes » (des « placebos optimisés ») tout ceci fait que l’homéopathie prête facilement le flanc aux critiques et aux sarcasmes de tous ordres… comme on peut s’en convaincre par exemple en consultant les sites de Wikipedia consacrés à l’homéopathie. Ces sites semblent presque entièrement noyautés par les « classiques » qui sont souvent des acharnés et des furieux dont on ne comprend pas bien les motivations, et qui, surtout, n’ont pas toujours la rigueur et les connaissances requises pour prétendre discuter les thèses homéopathiques.

Chacun peut comprendre que le débat sur l’homéopathie est d’ordre essentiellement passionnel : les détracteurs de l’homéopathie sont souvent très violents dans leurs propos… Il faut aussi reconnaître que les promoteurs de l’homéopathie et les expérimentateurs ne sont eux-mêmes pas toujours très rigoureux. Une méthodologie adaptée permettrait cependant de fonder ce débat sur des éléments objectifs et de le ramener vers la raison… Les auteurs du deuxième article du Lancet (Shang & al., août-2005) tempèrent d’ailleurs leur propos en précisant que le contexte joue un rôle spécifique dans le résultat thérapeutique, qu’il faudrait étudier la place de telle ou telle approche non conventionnelle dans le système médical global…

Dans un article publié quelques mois après celui de Shang & al. (The Lancet, Vol 366 December 17/24/31, 2005, pp.2081-82), Linde et une trentaine de cosignataires discutent les conclusions de la méta-analyse de Shang & al. publiée, elle, en août-2005 :

Shang and colleagues simply refuse to believe the results of positive clinical trials of homoeopathy. They also fail to quote emerging basic science evidence for the activity of ultramolecular dilutions, data that have implications for the implausibility of the claims made for homoeopathy.

The accompanying Editorial proclaims the end of homoeopathy. We agree that the time has passed for ‘selective analyses and biased reports’, but find it ironic that this Editorial rides on the back of just such a report.”

En bon français :

« Shang et ses collègues refusent tout simplement de reconnaître la validité des essais cliniques positifs concernant l’homéopathie. Ils omettent également de mentionner les preuves émergentes de l’activité des dilutions ultra moléculaires, résultats qui ne sont pas sans conséquence sur la discussion des effets de l’homéopathie.

L’éditorial de cette publication proclame la fin de l’homéopathie. Nous sommes d’accord pour dire que l’époque n’est plus aux ‘‘analyses sélectives et aux résultats biaisés’’, mais nous trouvons assez ironique le fait que cet éditorial surfe précisément sur de tels résultats. »

Ce qui signifie en clair : Contempteurs de l’homéopathie, balayez d’abord devant votre porte ! Ouvrez les yeux sur les innombrables biais qui faussent les conclusions que vous tirez de la plupart des études cliniques (même en double aveugle et contre placebo), que ce soit dans le domaine de l’homéopathie (qui est un enjeu économique négligeable) ou de la pharmacologie dure (où les enjeux économiques sont autrement plus importants).

Le meilleur exemple d’aveuglement est fourni par la saga de la controverse sur les statines [médicaments hypo-cholestérolémiants] pour lesquelles Michel de LORGERIL, cardiologue, chercheur au CNRS, démontre que l’essentiel des études cliniques qui leur sont consacrées sont biaisées par des conflits d’intérêt majeurs, de sorte que la majorité des médecins et des patients n’ont pas encore réalisé que les traitements qu’ils prescrivent ou qu’ils prennent sont à la fois inutiles et néfastes !

Pour finir, nous proposons aux « sceptiques » le protocole de « proving » suivant :

  • Prendre à jeun, chaque matin, pendant un mois, 3 granules de SULFUR 30CH (laisser fondre sous la langue et attendre 10mn avant de prendre le petit déjeuner) ;
  • Puis relire ces lignes.

N.B. : Les « médicaments » homéopathiques (au-dessus de la 12CH) ne contenant en fait plus aucune molécule de produit actif (ici le soufre), ils sont, comme chacun sait, inoffensifs car dénués de toute activité directe et de toute toxicité intrinsèque… on ne court donc aucun risque à essayer ?!

 

BIBLIOGRAPHIE – OUVRAGES ET ARTICLES À CONSULTER (§ 2.4)

  1. SACKETT DL, STRAUS SE, RICHARDSON WS, ROSENBERG W, HAYNES RB. Evidence-Based Medicine. 2nd edition. London: Churchill Livingstone; 2000
  2. Klaus LINDE et al., The Lancet, sept. 1997, pp.834-843
  3. Aijing SHANG et al., The Lancet, août 2005, pp.726-732
  4. Iris R. BELL et al. Médecine intégrative et recherche systémique sur les effets thérapeutiques : Enjeux de l’émergence d’un nouveau modèle pour les soins primaires, in Arch. Intern. Medicine /Vol. 162, Jan 28, 2002 American Medical Association, pp.133-140
  5. Klaus LINDE et al., The Lancet, Vol 366 December 17/24/31, 2005, pp.2081-82
  6. Voir le site de Michel de LORGERIL, cardiologue, chercheur au CNRS
  7. Voir aussi, par curiosité, les articles de Stephen Barrett…

 

NOTE : Ce qui précède est un support de cours. Le site medecine-integree.com est une base de données en accès libre qui permet à chacun d’approfondir ses connaissances à partir des notions présentées ci-dessus, dans le domaine de la santé et des systèmes de soins intégratifs (c’est-à-dire qui mettent si nécessaire en œuvre, et de façon coordonnée, plusieurs approches thérapeutiques complémentaires).

Chaque module Homéopathie – 1ère année  requiert 20 à 25 heures de travail personnel par session. Il y a six sessions dans l’année réparties d’octobre à juin sur six week-ends espacés de 6 à 8 semaines.

L’internaute qui souhaite valider son travail doit s’inscrire aux sessions (payantes) de tutorat et de travaux pratiques. Il devient alors un « étudiant ». Il bénéficie d’un tutorat en ligne et d’un tutorat direct lors de ces sessions de validation.

Lors de chaque session, les connaissances analytiques du candidat sont évaluées par une séance de QCM (Questions à Choix Multiple) et sa capacité de synthèse par des QRC (Questions Rédactionnelles Courtes).

Un examen de fin d’année (QCM et QRC) sanctionne le travail de l’année et permet de valider le module.

A propos de l'auteur
Jean-Pierre Duboc
le dr. Jean-Pierre Duboc est le rédacteur-coordinateur de cet enseignement d'homéopathie. Mathématicien de formation, il exerce depuis 1994 la médecine intégrative avec l’approche systémique de l’homéopathie (couplage de la Matière Médicale homéopathique avec la biologie et la Médecine Traditionnelle Chinoise) développée par Jean-Yves Henry.