L’intestin grêle et le Colon (Marieb ch.23B)

Anatomie et physiologie du système digestif

De la bouche à l’anus, environ 10 mètres de conduits et de glandes annexes. Un système :

1/ métabolique (absorption, excrétion et biosynthèse, environ 60% des molécules complexes du corps),

2/ immunitaire (le GALT = Gut auxillary lymphoïd tissue, qui filtre les antigènes de l’environnement et les présente au SRE via un riche réseau lymphatique annexé),

3/ le plus grand système endocrinien du corps, en terme de nombre de cellules et de variété d’hormones produites n’est pas l’hypophyse, la surrénale ou la thyroïde, mais le système entéro-endocrinien, c’est à dire les cellules endocrines du système digestif. Les plus connues sont les cellules sécrétant l’insuline et le glucagon dans les îlots de Langerhans pancréatiques, mais il existe d’autres types cellulaires proches dans toutes les parties de l’intestin, de l’estomac au colon (1% des cellules épithéliales).

Plus de quinze familles d’hormones peptidiques sont sécrétées – y compris la sérotonine – dont la plupart sont également synthétisées par le système nerveux avec des fonctions de neurotransmetteurs. Ce sont elles qui interviennent dans le métabolisme du glucose, la libération de la bile et du suc pancréatique.

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L’INTESTIN GRELE

Anatomie et physiologie de l’intestin grêle

Après le duodénum, on a une partie de l’intestin qui remonte: le Jéjunum, puis les anses grêles (ou intestin grêle) qui sont entourées dans le péritoine et son riche réseau lymphatique. Sur le devant de l’abdomen, on trouve le grand épiploon (ou grand omasum): repli chargé de graisse (la fameuse « graisse abdominale » du syndrome métabolique).

C’est le principal organe de la digestion et de l’absorption. Dans celui-ci, les aliments sont finalement préparés pour leur transport vers les cellules de l’organisme. Cela ne peut pas s’accomplir sans les sécrétions du foie (bile) et du pancréas (enzymes digestives).

Sa seule longueur lui donne déjà une très grande surface d’absorption et de plus, des modifications structurales augmentent encore cette surface : les plis circulaires, les villosités intestinales, les microvillosités. À ce niveau, il y a relativement peu de bactéries (au contraire du côlon).

  abdomen plastiné

Pathologie de l’intestin grêle

Vous aurez peut-être l’occasion de voir de vraies « maladie cœliaque » ou intolérance au gluten précoces et définitives, car son diagnostic est pédiatrique et son traitement d’exclusion essentiel.

Les « intolérances au gluten« , mais aussi au lait, au blanc d’oeuf … sont à présent répandues. Elles risque d’évoluer, si on ne met pas en place un régime d’éviction vers des auto-immunités.

Ainsi, vous rencontrerez des « maladies de Crohn ». C’est une maladie inflammatoire chronique (auto-immune) de l’intestin pouvant atteindre tous les segments du tube digestif (de la bouche à l’anus), avec une nette prédilection pour l’iléon terminal. La maladie se déclare préférentiellement entre 20 et 40 ans, elle évolue par poussées entrecoupées de rémissions. Sa symptomatologie est faite de diarrhée chronique (5 à 8 selles par jour), de douleurs abdominales, d’un fébricule et d’une perte de poids.

Le Crohn a des complications infectieuses qui peuvent s’organiser en fistules. En outre il a une répercussion osseuse : l’ostéoporose qui peut survenir même en dehors de toute corticothérapie, et des manifestations articulaires (axiales ou périphériques) qui s’observent dans 30% des cas.

L’interrogatoire et l’examen du patient mettent en relief les signes suivants :

Votre poids a diminué (malgré un appétit normal), symptôme qui doit aussi faire évoquer un trouble endocrinien, exemple : dysthyroïdie (s’accompagnent souvent de troubles du rythme cardiaque.).

Le patient se plaint d’une tension douloureuse au niveau des vertèbres dorsales basses et des côtes correspondantes, de cervicalgies (trajet du méridien).

Il peut se présenter avec un lumbago (psoïtis ?) à la consultation, des douleurs abdominales et un ventre froid à la palpation (cf. circulation mésentérique).

Il se tient penché en avant, avec souvent un bassin dévié latéralement (psoïtis ?).

L’interrogatoire met souvent en évidence un passé de gastro-entérites qu’il contracte facilement (épisodes de diarrhées) avec micro-adhérences du péritoine à l’examen.

 

Le COLON ou gros intestin (Marieb p. 944)

L’iléon arrive dans le colôn droit, dans le Caecum, à travers une valvule, la « valvule iléo-caecale ». Ce caecum a un petit repli lymphoïde : l’appendice. Le chyle, mélange d’aliments, de boissons, de sucs gastriques, biliaires et pancréatiques, coule dans le caecum. Le caecum va distiller le chyle et va séparer la partie sèche (les selles) et la partie liquide (qui va être réabsorbée).

 

colon

 

 

            Anatomie des colons

Le côlon droit est plus écarté de la ligne médiane et moins profond que le côlon gauche, donc plus facile à palper. Ils sont amarrés à la paroi par le fascia de Toldt.

Le côlon droit est un lieu de fermentation (il faut se rappeler qu’il y a 10 fois plus de microbes dans le côlon que de cellules dans le corps). C’est une flore polymorphe, avec une prédominance des lactobacilles. NB. On fabrique 1 à 1,5L de gaz par jour !

Le côlon transverse, relié à la paroi postérieure par le mésocolon transverse, sépare la région de l’épigastre en un étage sus-mésocolique et un étage sous-mésocolique. Ce méso se continue à droite par le ligament phrénico-colique, « berceau » de la rate.

Les angles coliques s’amarrent sous les parties externes des coupoles diaphragmatiques, lesquelles seront impliquées dans les aérocolies par fermeture des angles droit et gauche.

Puis vient le côlon transverse, le côlon descendant, puis le côlon sigmoïde : zone sensible parce qu’il y a souvent des polypes et des diverticules.

Motilité ostéopathique :

–       des côlons = rotation interne et externe autour du fascia de Toldt,

–       du cadre colique = rotation horaire / anti-horaire autour de l’artère mésentérique supérieure.

 

Les matières qui y parviennent contiennent peu de nutriments, mais elles y séjournent 12-24 heures. Malgré tout, il absorbe les vitamines synthétisées par la flore bactérienne et presque toute l’eau résiduelle ainsi que certains électrolytes. Sa fonction primordiale est de pousser les matières fécales vers l’anus.

microbiote

 

Pathologie colique :

Constipation: retard à l’évacuation des selles par séjour trop long du bol alimentaire dans l’intestin.

1/ Constipation de transit : lié à un ralentissement du transit colique qui a 4 causes:

  1. – la sécheresse « comme des crottes de bique » (manque d’eau ou alimentation sans résidu genre macdo ou trouble hormonal (les hormones retiennent l’eau)
  2. – par vide d’énergie : pas assez d’énergie pour pousser le bol alimentaire. Ex: maladie fatigante comme quand on a la grippe
  3. – par spasmes (ou excès de yang en MTC): ça crée un antipéristaltisme (les selles ont tendance à remonter, ça crée même la « selle à ressort », ex. : la constipation du voyage)
  4. – Alternance constipation-diarrhée: une diarrhée glaireuse qui arrive après une constipation.

 

2/ constipation terminale: le bol arrive au niveau du rectum mais trouble de fonctionnement du sphincter anal et de la motricité du rectal. Ça donne une stagnation et donc un fécalome (les selles se durcissent) (ex. maladie de parkinson évoluée).

 

Interrogatoire: combien, ancienneté, aspect (dure, sèche), la couleur, prise de laxatif, alternance éventuel avec des diarrhées, faux besoin, signes associés (amaigrissement, douleurs abdominales),

Recherchez la prise de médicament (valium, somnifère et autres médicaments pour « la tête » (tous les dérivés de l’opium paralysent les intestins), les anesthésies, supplémentation en fer, gels d’albumine pour l’estomac …

Les causes : présence d’un cancer colique ou rectal, troubles alimentaires (anorexie), qualité de ce qu’on mange, somatisation des tensions nerveuses sur le côlon (colopathies) …

 

Diarrhée: l’émission quotidienne de selles trop abondantes, le plus souvent liquides et avec augmentation de la fréquence des selles (6 fois par jour depuis 3 jours). NB. En MTC: les diarrhées sont un symptôme de plénitude rate-pancréas !

Interrogatoire: c’est vraiment une diarrhée?, installation brutale ou progressive, évolution continue ou intermittente, état du transit antérieur, laxatif, prise de médicament (les antibiotiques par ex.), caractère: combien de selles par 24h ?, répartition des selles dans la journée, influence des repas, émotion, chaleur, degré d’impétuosité (peut attendre ou pas), aspect (solide ou liquide, fécale ou afécale), retentissement sur l’état général (déshydratation), signes associés (douleurs abdominales, nausées, asthénie…)

 

Faire la différence avec la dysenterie : l’évacuation de selles afécales ( il y a du sang, des glaires ou du pus). Les dysenteries ont pour causes:

– amibiase (germe qui se développe dans l’intestin) et autres parasites intestinaux

– maladies auto-immunes: les Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI) (surtout : rectocolite hémorragique ou la maladie de Crohn). La réglisse calme les inflammations de l’intestin (mais attention ça favorise l’hypertension !)

 

Le méléna : sang noir (digéré) par l’anus qui provient de la partie haute et moyenne du tube digestif) qui peut être la suite d’une hématémèse ou à cause d’un cancer du côlon (polype du côlon): selle liquide, poisseuse, noire, nauséabonde.

Diagnostic différentiel: traitement au charbon, prise de fer … et :

La rectorragie (contraire du méléna): élimination par l’anus de sang rouge non digéré (ça vient de la partie basse). C’est rarement de volume important. Polypes, diverticules ou corps étrangers extra-rectaux !

 

Le RECTUM

Sphincter anal. Sa musculature est double: volontaire ou involontaire

Pathologie: hémorroïdes, polypes, fissures annales.

  • Le polype: muqueuse qui s’épaissit (risque: cancérisation).
  • Le diverticule: hernie de la paroi (risque: douleur et éclatement donc risque infectieux = péritonite)

 

Votre microbiote est-il en bonne santé ?

La santé de notre intestin détermine notre capacité à résister aux maladies. Organe ignoré, voire méprisé il y a encore quelques décennies, il est aujourd’hui mis en avant dans tous les médias de santé. En effet, depuis quelques années, des études indiscutables sont venues confirmer ce que les pionniers (Dr Catherine Kousmine, Dr Jean Seignalet ou Dr Natasha Campbell) ont observé depuis des années : l’intestin est un organe-clé de la santé.

Ce n’est pas une surprise. Car, à l’instar des bactéries dont nous reparlerons, nous sommes des êtres vivants. Et tous les êtres vivants fonctionnent de la même manière : ils accueillent des éléments pour se régénérer, puis rejettent ceux dont ils n’ont pas besoin. Dans le fond, de la bactérie à l’humain, en passant par le pinson, nous sommes tous des tubes !

L’expression est un peu prosaïque, voire réductrice, je vous l’accorde. Car le mystère de la vie est que ce fonctionnement partagé n’enlève rien à l’originalité, pour ne pas dire la bizarrerie, que constitue l’être humain dans la nature. Seul à être pleinement conscient de ce qui l’entoure, il peut s’émerveiller devant les beautés ineffables que lui offre la planète -sa maison- ou bien l’exploiter sans vergogne ni conscience et ainsi se mettre lui-même en péril. Il y a là matière à débat, mais cela nous éloignerait trop de notre sujet !

Revenons à notre tube. Celui qui nous intéresse est digestif. Il fait 7 ou 8 mètres de long (selon les individus) et est constitué de deux parties : le grêle et le côlon (ou gros intestin). A l’intérieur, la paroi, portée par un muscle, est prolongée par une muqueuse riche en villosités. On dit parfois que la muqueuse intestinale étalée sur un plan en deux dimensions donnerait une surface considérable : 400 m² environ, soit deux terrains de tennis ! Cette image donne une idée de l’espace d’interaction que représente la muqueuse de l’intestin et ses villosités [1].

Là, se trouvent notamment les cellules de l’immunité intestinale : cellules épithéliales pour l’immunité innée, lymphocytes pour l’immunité adaptative. La première est d’ordre génétique, la deuxième se construit avec le temps dès la naissance. Au coeur de ce système fourmille une armée considérable de corps étrangers : le microbiote !

Ce sont des bactéries, des virus, des levures… tout un ensemble d’êtres vivants, qui vivent leur vie… dans la nôtre ! Etrangers ? Vraiment ? Car chaque personne dispose d’un microbiote personnalisé. Même si l’on retrouve les mêmes fonctions d’une personne à l’autre, les micro-organismes qui peuplent notre intestin nous sont propres. Plus exactement, on note que parmi la flore présente (on devrait dire la faune !), on retrouve de nombreuses sous-espèces “sujet-spécifiques”. Ce sont vos microbes à vous !

De manière générale, ce microbiote remplit 3 grandes fonctions :

  • Métaboliques, ce qui comprend notamment la fermentation, la synthèse des vitamines et la production d’énergie. C’est là que se joue la digestion. Après avoir bien été bien mastiqués au niveau de la bouche, les aliments sont cassés par l’estomac et synthétisés par l’intestin. C’est là que sont séparés les éléments utiles à l’organisme (protéines, glucides, lipides, vitamines, minéraux) de ceux qui doivent être éliminés.
  • L’effet barrière : le microbiote défend l’organisme d’agents pathogènes extérieurs et régule en son sein le bon équilibre entre les bactéries.
  • Immunitaires : le microbiote permet le développement et la maturation du système immunitaire.

L’intestin et son microbiote jouent donc un rôle absolument fondamental dans la santé de l’être humain. En prendre soin, c’est s’assurer une meilleure immunité, un meilleur métabolisme (fonctionnement général) et une plus grande stabilité émotionnelle. En clair, la prévention des maladies, le bien-être au quotidien, voire le retour à la santé passe nécessairement par un travail sur l’intestin. On appelle cela “travailler son terrain”.

Comment se constitue le microbiote ?

Le tube digestif du nourrisson à la naissance est dépourvu de bactéries. La colonisation microbienne débute à la naissance. La mère fournit l’équipement : ses propres bactéries (fécales, vaginales et cutanées) fournissent la matière première (et vivante !).

Ce principe n’est pas valable en cas de césarienne. Là, ce sont les bactéries de l’hôpital qui viennent occuper l’espace inoccupé du tube digestif. D’où la pratique, chez certaines sages-femmes de mettre le bébé en contact avec la flore microbienne de la mère.

L’allaitement permet de compléter la composition de la flore microbienne. En effet, même collecté de façon aseptique, ce dernier n’est pas stérile ! [2]

Plus tard, le microbiote pourra être détérioré par une mauvaise alimentation (trop de sucre, de conserves, d’alcool …), la prise de médicaments (antibiotiques, pilule, etc.) ou la pollutionC’est la dysbiose.

 

 

Qu’est que la dysbiose intestinale ?

C’est un mot un peu barbare pour désigner un état de déséquilibre de la flore intestinale. Lorsque la proportion entre bactéries et levures (entre autres) n’est plus bonne, l’intestin ne fonctionne plus comme il faut. Certains médecins ou thérapeutes considèrent que la bonne proportion de bactéries doit être de 60 à 80% au moins. Les champignons (levures) occupent une bonne partie de l’espace restant.

Généralement, les troubles digestifs viennent d’une dysbiose. Il est bon dans ce cas de mesurer la qualité de la flore intestinale. En effet, la porosité intestinale, l’hyperperméabilité intestinale mais aussi tout ce qui relève des sensibilités, des intolérances alimentaires est lié à la dysbiose.

Fermentation : ennemi public n°1 !

Dans le monde du microbiote et de l’intestin grêle, l’objectif est de limiter la fermentation au maximum. Or, il est fréquent que les aliments arrivent à l’intestin mal découpés. Les raisons en sont multiples : stress, déficit d’acide chlorhydrique ou d’enzymes, métaux lourds, etc. Ce phénomène déclenche de la fermentation dont résulte une prolifération de mauvaises bactéries (putrescine et cadavérine, par exemple) et une inflammation de l’intestin.

Par ailleurs, sont également sécrétés à cette occasion différents gaz :

  • l’hydrogène (H2),
  • le méthylacétate : le plus acidifiant de tous (sorte de vinaigre), propice, entre autres, aux candidoses,
  • le méthane (isobutylène) : ce composé est directement lié au méthylacétate,
  • l’hydrogène sulfureux : très rare, il indique un état inflammatoire (H2S, putréfaction),
  • le monoxyde d’azote (NO).

Toutefois, leur présence en excès donne de précieux renseignements au thérapeute. Elle indique notamment un niveau de fermentation trop élevé. Il existe encore de nombreux tests (Métabolites organiques urinaires – voir dans la section laboratoire de ce site) qui peuvent être effectués pour savoir où se situe la cause des troubles digestifs.

La tendance actuelle parmi les thérapeutes de santé naturelle est de chercher à mieux comprendre les troubles digestifs afin de parvenir à mieux les soigner. En les identifiant précisément, il est possible de proposer des traitements complémentaires très efficaces et adaptés à la personne.

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry

Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur.
Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il coordonne l’enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l’aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.