L’isothérapie

L’isothérapie ou auto-nosodes

Définition : procédé thérapeutique qui utilise, à dose atténuée, dans le but de traiter ou de prévenir un état pathologique, la substance même qui est la cause de celui-ci. C’est donc une application particulière de la loi d’identité.

Expérimentation : deux rats sont intoxiqués par l’arsenic (à dose sub-létale). Le premier rat reçoit aussitôt ce même toxique, utilisé en dilutions croissantes, ce qui permet au rat de survivre et relance l’élimination de l’arsenic. Le second rat reçoit un iso-sang (2ème jour 6 ch, 4ème jour 9 ch, 6ème jour 12 ch) qui relance l’élimination presque aussi nettement que pour le premier rat.

Histoire : il faut attendre le début du 19ème siècle pour que l’isothérapie soit systématisée. Quelques grands noms se disputent cette découverte :

-> Guillaume LUX, vétérinaire homéopathe, il utilise dès 1823, pour traiter le bétail contre la morve et le charbon, pour remplacer le similimum qui lui manquait, une goutte de sang de l’animal atteint à la 30 ch. Il écrit en 1833 : « Toutes les maladies contagieuses renferment dans leurs produits mêmes les éléments de leur guérison ».

-> Constantin HERING, médecin homéopathe américain, soutient que les maladies contagieuses offrent des remèdes efficaces dans la matière même de l’infection. Il les utilise pour « lever des obstacles à la cure et rendre la réaction aux remèdes homéopathiques constitutionnels plus durable ».

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Son élève, STAP, recommandait de ne donner au malade que la substance prélevée sur lui-même (auto-isothérapie). Violemment combattue par les écoles homéopathiques, qui commencait à utiliser les nosodes de diathèse et les stock-nosodes en fonction de leur pathogénésie, la méthode est « oubliée ».

-> Le père Denys COLLET, médecin homéopathe français, poussé par la nécessité, redécouvre en 1871, la possibilité de « vaccination », puis de traitement de la variole avec une dose de vaccin dilué (4 et 5 ch). Il insiste sur les isopathiques des sécrétions du malade, mais principalement celles des organes atteints : « Tout remède isopathique est le résumé ou le microcosme pathologique de la personne qui l’a fourni ».

—> La méthode isothérapique, diffusée en France par L. VANNIER et J. ROY et leurs écoles, reste cependant marginale, car les pasteuriens commencent à développer sérums (isothérapie à deux individus) et vaccins.

—> Les écoles allemandes, plus pragmatiques, ont développé sur une grande échelle l’utilisation des stock-nosodes (cf. tests organométriques de Voll). L’auto-hémothérapie (iso-sang total en 1er décimale) est largement pratiquée en mélange avec les stock-nosodes et les isothérapiques (cf. lab. Heel).

Les souches peuvent être de trois sortes :

— souche exogène (AG toxique) -> à rechercher lors de désordres allergiques :

  • allergènes externes, ex: pollens ou solvants,
  • ou médicamenteux, ex: sulfamides ou pénicilline ….

— souche endogène standardisée (AG microbien = Biothérapique) –> syndromes secondaires à une affection infectieuse éloignée et qui répond mal aux médicaments semblant bien indiqués), ex: Staphylococcinum dans la furonculose, iso de vaccins …

— prélèvement issu du malade lui-même (AG-AC = Isopathique), lors des syndromes infectieux aigus, remède préparé extemporanément (ex.: iso de culture sur prélèvement de gorge) et destiné à lui seul.

Posologie : reflet ponctuel de l’interaction de l’homme et du milieu, débloquant ponctuellement la « mémoire immunitaire » (fonction Rate), sa posologie s’éloigne de la pratique de l’homéopathie classique, qu’elle épaulera, lorsque la causalité morbide du moment prend le devant de la scène.

– -> dilution … idéale à notre avis entre la 6 (maladie aiguë, accidentelle) et la 12 K (maladie chronique) pour les isopathiques. Les dilutions supérieures (30 K ou 200K …) seront réservées aux stock- nosodes à utiliser lors des affections éloignées (ex: vaccination ou maladie ancienne …).

– -> fréquence des prises … ne pas répéter trop souvent la prise, en moyenne :

  • 1 fois par jour pour la 6 K
  • 1 fois par semaine pour la 9 K
  • 1 fois par mois pour la 12 K … Eventuellement 30 K

Si une réaction désagréable apparaît, espacez et augmentez la dilution du remède. Dès 1929, Léon Vannier souligne le danger des dilutions trop basses ou trop répétées de l’isothérapie sanguine dans les états précancéreux, d’après lui : « il faut laisser à l’organisme affaibli le temps de réagir ».

– -> durée du traitement …cesser la répétition de la prise dès que le patient va mieux. L’action de l’isopathique s’épuise vite (idem organothérapie, qui nécessite pour agir des dilutions plus basses, de 2 à 4 CH) et doit alors être relayée par les remèdes homéopathiques appropriés qui agissent alors plus précisément.

Préparation :

Petite gaze imprégnée de la sécrétion ou du sang du patient. Macération de 10 minutes dans de l’eau bi-distillée (ou mélange eau-glycérine), puis dilution-dynamisation à l’eau (6, 9 ou 12 K). La dernière dilution se fait dans de l’alcool à 60° pour rendre la solution inaltérable. Des granules peuvent être imprégnés.

Les différents isothérapiques :

* Isothérapique de sang :

  1. Sang veineux total par voie buccale (« Hémadyne » de Roy et Vannier), résultats publiés sur 2700 patients: 865 guérisons complètes, amélioration des organes atteints = 743 cas, amélioration de l’état général seul = 932 cas. Les meilleurs résultats sont obtenus dans les infections, les artérites et arthrites chroniques « poly¬diathésiques ».
  2. Sang menstruel: fragment de serviette (1er jour des régles), remède des syndromes pré-menstruels et des affections (psychiatriques ou allergiques) qui s’exagèrent à l’approche des régies.
  3. L’isothérapie phlycténulaire : sérosité artificielle obtenue sur la région malade.

* Isothérapique urinaire :

  1. Urines totales (souche complexe, à utiliser lorsque les urines ont été prélevées au moment d’une crise) : allergies (migraines ou urticaire d’origine alimentaire, prurigos, eczémas ou dermites séborrhéiques ++), maladies des hormones stéroïdiennes, dans la fièvre de Malte (au déclin des périodes fébriles). Dans le cas des nourrissons, on peut utiliser les urines maternelles.
  2. Culot de centrifugation : intéressant dans les « maladies immuno-génétiques », ex: trisomie 21, épilepsie enfantine, mucoviscidose …
  3. Cultures microbiennes, en cas de suppurations chroniques de l’arbre urinaire.
  4. Calculs urinaires (recueillis si possible dès rémission) chez les lithiasiques récidivants. L’isothérapie permet des débâcles sans douleurs de micro-cristaux à la place de crises paroxystiques.

* Isothérapique de germes :

  1. Isothérapique de pus : souche obtenue par écouvillon stérile ou ponction à l’aiguille, les indications privilégiées en sont les affections ORL et cutanées récidivantes
  2. Isothérapique de fausses membranes : angine diphtérique (cf. travaux du dr. P. Chavanon)
  3. Isothérapique de crachats (cf. Bacillinum)
  4. Isothérapique d’ongle infecté (avant tout traitement) : mycose unguéale au début.
  5. Isothérapique de culture de germes des selles (cf. travaux du lab. Berthet – haute Savoie).

* Isothérapique de sécrétions :

  1. Isothérapiques de larmes (3 à 6 ch) : conjonctivites, kératites, épiphoras …
  2. Isothérapique de salive (remède favori du dr. Collet) : gaze stérile placée dans la bouche. Remède de l’herpès génital récidivant, oxyurose, constipation chronique, tr. menstruels …
  3. Isothérapique de muguet lingual (avant tout traitement) : muguet des nourrissons 
  4. Isothérapique de squames (arrachés à la pince au niveau de la lésion). Remède du psoriasis = squames triturés avec le sang ++
  5. Isothérapique de calcul vésiculaire: recueillis par le chirurgien lors de l’intervention

Bibliographie :

  1. COLLET Denys « L’isopathie » (Vigot 1902)
  2. ROY J. « Les régles de l’isothérapie sanguine » (bulletin SHF, 1929)
  3. DANO G. « L’isopathie dans les troubles mentaux » (H. moderne, 1936)
  4. JANNOT « L’isothérapie sanguine injectable » (SHF, 1957)
  5. PARROT Robert « L’isothérapie dans sa forme individuelle » (Doin, 1967)

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.