Mélancolie

    La MELANCOLIE…

L’angoisse de perte d’objet et la dépression mélancolique sont les dangers immédiats contre lesquels se battent les patients en état limite (tuberculiniques). Toute décompensation touchant cette lignée va conduire à une pathologie où le sujet va s’accuser d’incapacité, d’indignité. Il va adresser des reproches aux autres. Il a besoin d’être aimé, réconforté, il est dans une grande dépendance affective de reconnaissance. Quelque chose vient à manquer et c’est une catastrophe ! Ce sont des personnes qui rejettent toujours sur les autres la responsabilité de leurs échecs et qui n’ont aucun sens de la réalité (Tuberculinum ?). Aménagement pervers : la réussite d’un déni, partie focalisée du réel, va signer l’atteinte de l’instinct de conservation (poumon). A différencier de la perte de la volonté de vivre (rein).

Dans la mélancolie, c’est une dépression de la perte d’objet (poumon)… Elle peut apparaître à tout moment de la vie du patient.

* Forme du tout petit enfant : la blessure narcissique va conduire à un effondrement (par défaut d’étayage) qui survient progressivement chez l’enfant privé de sa mère, après qu’il y a eu avec elle, pendant au moins les six premiers mois de la vie, une relation normale.

Quelques soient les traumatismes subis, la vie de cette personne prend la forme d’une adolescence prolongée (Phosphorus / Silicea). Le Moi de l’état limite est paralysé, il n’est pas mature, pas autonome, il est incapable de vivre seul. La souffrance du dépressif état limite est une sorte de culte voué à un état idéal perdu, il ne peut pas investir d’autres objets (= symptômes lésionnels).

L’objet perdu exerce une tyrannie sur le Moi, qui ne peut se détacher de l’objet. Le travail de deuil est alors impossible. Trois évolutions s’observent :

  1. si le Moi est suffisamment fort, ils trouveront un aménagement pseudo-névrotique (sous la forme phobique)
  2. si le Moi est trop faible, échappement vers la voie psychotique (évolution mélancolique ou maniaco-dépressive)
  3. la voie de la régression psychosomatique sur le mode archaïque : somatisation.

* Forme de l’adulte : le traumatisme du patient tuberculinique, va être d’origine externe, par exemple le mariage : perte de la famille, perte de l’objet. Le mal être, le sentiment d’abandon, va devenir une mélancolie. C’est un traumatisme vécu sur un terrain prédisposé par une conjonction de frustrations. Le Moi n’a pas pu être fort, carence narcissique précoce.

Pour la MTC (SHAN BEI) : l’émotion est un « feu » qui assèche le foyer supérieur = relation Cœur/Poumon = tristesse pathologique :

  • Les Phosphoriques = Phosphorus, Kalium phosphoricum
  • Mais surtout : Phosphoricum acidum … « Le déprimé aux cheveux gras, qui s’en fout » (R. Sananes).
  • et Silicea … têtu + + , phobique (rapport au corps dégradé), asthénique et frileux.

Les Natrums (ambassadeurs du pôle tub. au niveau coeur sur le pentagramme) :

  • Natrum muriaticum … deuil –> épuisement moral et physique + pb. de communication.
  • Natrum carb. … tendance à s’isoler et à fredonner pendant des jours, aggravé par la digestion, la lumière et la chaleur.
  • Natrum sulfur. … doit se retenir pour ne pas se faire du mal
  • Ambra grisea (na) … « perdu dans ses rêves – reste des jours à pleurer » –> loquacité (en coq à l’âne) pour donner le change.
  • Penser aussi à : Staphysagria (na), Thuya occ. (na)

Nosode : Tuberculinum et les autres tuberculines (selon le cas)

NB. Mélancolie et dépression, diagnostic différentiel :

La crise de mélancolie, vécue avec un sentiment de grave douleur morale est caractérisée par le ralentissement et l’inhibition des fonctions psychiques et psychomotrices. Le mélancolique reste assis, immobile, le corps plié, les yeux grands ouverts, regard fixe, les sourcils froncés, le malade accablé ne parle pas, il gémit. Il n’a plus la force de s’habiller. Refus de s’alimenter, désir et recherche de la mort. Bouffées hallucinatoires (à la frontière des états limites et de la psychose).

Les dépressions sont des états névrotiques réactionnels situés à des niveaux de structure plus élevés, où l’expérience de tristesse vécue est à la fois plus intégrée aux évènements actuels et plus reliée à l’histoire conflictuelle du malade. Ces accès dépressifs surviennent généralement après des expériences vécues comme une frustration : déception, deuil, perte d’estime, etc… la frustration engendre l’agressivité, laquelle engendre la culpabilité, la crainte de la perte de l’estime et l’affection d’autrui, finalement l’agressivité se retourne contre lui-même (passage à l’acte et suicide).

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.