Parasitoses

Les parasitoses

Le « gradient parasitaire » était une donnée méconnue des études médicales en Europe. Or, lors de mes deux années aux Antilles, j’ai été frappé par l’aspect dissemblable des profils biologiques des patients d’origine européenne (les « métros ») et des patients d’origine africaine. Ces derniers avaient des profils hyperfloculants hyper Gamma, l’aspect inverse s’observant chez les patients d’origine européenne. Je cru d’abord que ce phénomène était lié à une adaptation à l’ensoleillement (le soleil étant immuno-suppresseur). Puis rapidement, je me suis rendu compte que ce phénomène se retrouvait dans les populations du globe qui vivent proches de l’équateur : indous, polynésiens, etc … Les pathologies observées avec une grande prévalence dans ces pays (diabète, rhumatismes, HTA …) sont d’ailleurs sous-tendues par cet aspect sérologique.

 

C’est la MTC qui m’a fourni la clef du problème : les climats « humidité + chaleur » sont favorables à une infestation parasitaire. Les populations qui vivent depuis des millénaires sous cette pression parasitaire ont sélectionné les sujets les plus résistants (les hyper-immuns), les autres disparaissant rapidement de maladies endémiques. Nos actuels amis d’origine équatoriale sont porteurs dans leur génome de cette sélection, et donc particulièrement aptes à supporter une éventuelle infestation. Cette défense à un coût : une tendance accrue à la hyalinose, donc au développement précoce de maladies dégénératives.

 

A noter que l’on retrouve ce phénomène avec les populations des hautes montagnes (froid = faible gradient parasitaire) qui tombent malades dès qu’ils descendent dans la plaine. On a aussi de nombreux exemples dans l’histoire d’implantations ratées sur un territoire parasité, à commencer par les difficultés de l’armée d’Alexandre le grand, aux portes de l’Inde, bien avant J.C..

 

Ces dernières décennies, depuis que le monde bénéficie de transports aériens rapides et relativement bon marché, nous avons pu observer l’explosion des maladies parasitaires, celles-ci trouvant dans les populations de touristes « naïves » des loges écologiques où il faisait bon se développer. On citait même l’an dernier une vingtaine de cas de paludisme d’importation (via des moustiques passagers clandestins), autour des aéroports parisiens !

Précautions à prendre lors des voyages « outre-mers » :

http://www.medecine-integree.com/Actualites-patients/actuvoyages.html

La (grande) famille des parasites se compose principalement de :

  1.  Vers ronds (némathelminthes) à tropisme digestif : oxyures, tænia (cestodes), ankylostomes, anguillules, bilharziose urinaire (trématodes), trichinellose, hydatidose hépatique ou alvéolaire (échinococcose)
  2. Vers ronds tissulaires (filaires) : onchocercose, Loa-loa, filaire de Médine
  3. Vers plats (plathelminthes) : douves ou bilharzies
  4. Protozoaires : Plasmodium, leishmaniose, amibes, toxoplasme.

Leshma   Leishmaniose cutanée

 

Le diagnostic des parasitoses n’est pas très difficile à condition d’y penser. Il faut tout d’abord souligner l’importance de l’interrogatoire, qui devra s’attacher à faire préciser les antécédents géographiques : même un bref séjour en région tropicale, parfois oublié ! Ainsi :

  • la maladie du sommeil et la filariose de Loa-Loa sont strictement africaines
  • la bilharziose urinaire n’existe pas aux Antilles, etc …

Si le patient n’a pas quitté l’Europe, on pensera à : une distomatose, un tænia, une ascaridiose, une oxyurose, à la trichocéphalose, à un kyste hydatique, à la trichine (parasite du porc), à une larva migrans viscérale (parasite du chien) …

NB. L’éosinophilie sanguine, élément classique du diagnostic des parasitoses ne s’élève nettement que le vers : helminthiases (oxyures, trichocéphale, tænia, ankylostomes, anguillule, ascaris), les filarioses (Loase, onchocercose, filariose lymphatique), la bilharziose, l’ankylostomiase, l’anguillulose, certains acariens à localisation pulmonaire, la toxoplasmose et des larves d’insectes (Myiases).

 

Nous avons découpé ce survol de la médecine tropicale en plusieurs chapitres :

  1.        Les parasitoses tropicales, traitées ci-dessous
  2.        Les « verminoses européennes » (oxyures, taenia et ascaris) font l’objet du chapitre suivant de cette rubrique,
  3.        Le paludisme, l’amibiase et la dengue, du fait de leur grande fréquence et de leur spécificité, bénéficient chacun d’un chapitre spécifique.

Ce qui pose problème en fait, dans beaucoup de pays de l’Afrique sub-saharienne, c’est la multiplicité des menaces, qui conduit plus ou moins rapidement au poly parasitisme, qui épuise l’énergie et les ressources immunitaires et métaboliques de ses sujets. Ci-joint ce petit mail d’une de nos patientes au Congo : « Oui, nous utilisons beaucoup des moustiquaires parce qu’il y a trop de moustiques. Les parasites ici sont souvent: des amibes, les ascaris, la typhoïde, trichocéphales et ankylostomes » !

 

Leurs « symptôme clef » et remèdes (phyto et homéopathiques) sont, selon l’infection :

 

Anguillules … Maladie due à la présence dans l’intestin d’un vers rond : Strongyloïdes stercoralis. Pénétration par voie cutanée et biologie proche de l’Ankylostome. Troubles engendrés : urticaire,  douleurs digestives, alternance constipation/diarrhée. Traitement classique par Thiabendazole.

— phytothérapie = Trichilia Emetica (famille des Méliacées)

 

Ankylostomes (hook worm)… Maladie due à un vers nématode hématophage, spécifiquement humain (Ancylostoma duodenale et Necator americanus), générateur de troubles digestifs discrets et d’anémie hypochrome plus ou moins intense. Elle est fréquente sous les tropiques, mais il existe des foyers dans les régions tempérées (maladie des mineurs).

Les larves pénètrent dans l’organisme à travers la peau (symptômes cutanés : fins sillons rougeâtres, érythèmes), puis après un trajet lymphatique et pulmonaire (symptômes respiratoires : toux quinteuse, crise d’asthme), elles s’installent dans le jéjunum (douleur épigastrique, diarrhée ou constipation) et entraine anémie, leucocytose et éosinophilie. Traitement classique par Didakène ou Alcopar

— phytothérapie = idem

  Extration du « ver de Guiné »

 

Draconculose (Filaire de Médine ou « Ver de Guiné ») — affection généralement bénigne qui touche 120 million de personnes dans le monde !  La contamination se fait – à la différence des autres vers – par ingestion de minuscules crustacés infectés (cyclops). La présence de ce vers dans le tissu sous-cutané des membres inférieurs y détermine des signes locaux (prurit et érythème), des manifestations allergiques (urticaire) et parfois des complications septiques plus ou moins graves.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’éléphantiasis (déformation des membres inférieurs ou du scrotum) est une complication classique des filarioses. Phytothérapie traditionnelle =

  1. Indigofera nigritana … indigo du Niger (Fabacée)
  2. Sesbania pachycarpa (Fabacée)
  3. Cissus quadrangularis (Vitacée)

 

Lambliases  sont des infestations (très fréquentes) de l’intestin grêle par un protozoïre pourvu de 4 paires de flagelles : Giardia intestinalis. Les symptômes sont essentiellement digestifs : nausées, douleurs, selles anormales … Phytothérapie =

  1. Psidium guajava … le Goyavier (famille des myrtacées)
  2. Cymbopogon schoenanthus … graminée proche du Lemongrass

 

Trichocéphales … Parasitose cosmopolite, fréquente, généralement bénigne. Dans les régions tropicales peut se manifester par : douleurs appendiculaires, anémie, appendicite. Phytothérapie =

  1. Combretum micranthum (ph) … le Kinkeliba
  2. Latex de Ficus glabrata … Higueronia

Homéopathie = Cina (cu), Chelidonium … selon la symptomatologie (voir chapitre « Verminoses européennes »)

Cina

Filariose à Loa-Loa (Loase) … affection strictement localisée à certaines régions d’Afrique centrale. L’agent vecteur est une mouche rouge du genre Chrysops, ayant une activité hématophage diurne. Les manifestations sont essentiellement oculaires et cutanées.

Cas clinique (New England Journal of Medicine, septembre 2010) :

Une femme de 21 consulte au « St Thomas hospital » de Londres, car elle a la désagréable impression que quelque chose bouge dans son oeil gauche. En dehors de cela, tout va bien : elle ne présente ni troubles systémiques, ni troubles visuels. A l’interrogatoire, on découvre que cette jeune femme a fait un voyage au Niger six années auparavant. On examine ses yeux et on a la surprise de constater, dans l’espace sous-conjonctival supérieur de son oeil gauche, un ver vivant de 2 cm de long ! Ver que l’on retire et identifie comme étant un LOA LOA mâle.

Les examens sanguins alors pratiqués révèlent la présence de microfilaires. LOA LOA est un vers (nématode) dont les larves sont introduites par piqûres de mouches infectées dans les régions d’Afrique équatoriale de l’Ouest. Au cours d’une période de 3 à 4 ans, les larves se transforment en vers adultes qui peuvent vivre dans le corps du patient pendant plus de 15 ans ! Elles se déplacent à la vitesse de 1 cm par minute dans les tissus sous-cutanés du patient. Bien que des inflammations localisées puissent survenir, les lésions tissulaires graves sont rares.

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.