Pédiatrie homéo

   Pédiatrie homéopathique

« Il est plus facile de traiter dix hommes qu’une seule femme et dix femmes qu’un enfant » proverbe chinois

La pratique de l’homéopathie en pédiatrie donne des résultats particulièrement rapides et spectaculaires quand les remèdes sont bien indiqués, par contre, leur choix n’est pas toujours simple et l’on peut être déçu par les mauvais résultats consécutifs à une prescription inadéquate. Ce problème tient à différentes raisons :

–> Les expérimentations hahnemanniennes n’ont été que rarement été effectuées sur les enfants. De ce fait, les prescriptions se font, chez les enfants, par analogie avec les signes observés chez des adultes. Cliniquement, le comportement des enfants est souvent fort différent de celui des adultes vis à vis de la maladie et ce d’autant plus que l’enfant est plus jeune.

–> La symptomatologie subjective jusqu’à l’âge de 6 ou 7 ans est assez stéréotypée (cf. problématique des stades pulsionnels) : beaucoup des symptômes du caractère et de la psyché mis en avant chez les adultes sont absents.

–> Les désirs et aversions sont limités à un très petit nombre de boissons, d’aliments et il est même exceptionnel qu’un tout jeune puisse manifester sa préférence pour telle ou telle chose. Par contre, dans toutes les maladies aiguës, les douleurs abdominales sont tellement fréquentes et si souvent localisées à l’ombilic, qu’il n’est pas possible non plus d’en tenir compte !

La pratique pédiatrique se rapproche parfois de l’art vétérinaire car il est des cas où il est difficile de décrypter le message de l’enfant. Il faut alors valoriser les manifestations objectives, tant organiques que fonctionnelles. Il faut se contenter de peu de signes, à condition qu’ils soient suffisamment particuliers et précis pour caractériser l’enfant dans son état de maladie. La rapidité et l’intensité d’action du remède chez l’enfant permettent alors d’espérer des résultats inattendus et spectaculaires.

L’interrogatoire de la famille et l’examen de l’enfant sont les deux moments importants de votre consultation :

Causalité … »De quoi s’agit-il ?, quand et comment cela s’est-il passé ?« , recherchez systématiquement :

  1. une poussée dentaire (avant deux ans) / une verminose (après deux ans)
  2. une vaccination mal supportée (BCG / Pentacoq / ROR…) : faites un large usage du CHU « Kalium mur. comp. » !
  3. une contamination microbienne (frère-soeur / parents / camarades d’école…)
  4. des erreurs alimentaires (changement de lait jeune / abus de chocolat après …)

Début… « Comment la maladie a-telle commencée ?« . Tout d’un coup ou progressivement ?

Etat général… « L’enfant est-il calme ou agité ?« . Si on ne le connaît pas à l’avance, il est important de faire préalablement préciser le comportement habituel du petit malade, car souvent l’enfant malade n’est pas très différent de ce qu’il était en bonne santé. Recherchez les peurs, les délires ou des hostilités particulières (pleurs, cris, gémissements, jette des objets…).

Le sommeil… « Comment a-t-il passé la ou les nuits précédentes ?« . Question importante, à condition d’éliminer une influence médicamenteuse. Beaucoup d’enfants sont plus agités la nuit que le jour : faites préciser les heures d’insomnie, les positions pendant le sommeil, les cauchemars …

L’alimentation … « Que réclame-t-il ? que refuse-t-il ? » Il est rare qu’un enfant malade ait un appétit normal. Le plus souvent il refuse toute nourriture et c’est alors tout à fait naturel. Si par hasard, il demande à manger, et plus particulièrement certains aliments inhabituels, cela devient très intéressant.

Les boissons … « A-t-il soif ? » La soif est beaucoup plus difficile à faire préciser, car la tendance naturelle des parents, devant un enfant malade, consiste à lui présenter des boissons que celui-ci n’aime pas forcément, sans pouvoir exprimer nettement sa préférence : il peut ne pas aimer une tisane chaude alors qu’il boirait volontiers un grand verre d’eau fraîche. Les nourrissons malades refusent bien souvent leur biberon sans que les mères pensent à leur présenter une quantité d’eau au moins équivalente. Si l’on vous apprend que le bébé est extrêmement assoiffé, encore faut-il faire préciser la quantité de liquide qui lui a été présentée (un nourrisson malade a besoin impérieusement d’une ration hydrique de 150 grammes par kilogrammes de poids et par jour, et un enfant plus grand peut absorber jusqu’à 2 litres d’eau par 24 heures lorsqu’il a de la fièvre).

L’examen clinique proprement dit apporte ensuite tous les renseignements nécessaires à l’établissement du diagnostic de la maladie, mais aussi un certain nombre de signes plus particuliers :

– le visage de l’enfant peut présenter une coloration particulière : rouge, vultueuse, cyanosée, et même terreuse. La rougeur peut être générale ou localisée à une joue, alors il faut compléter ce renseignement par un autre concernant la chaleur de cette joue rouge, en y appliquant simplement le revers de la main. Il faut également penser à poser la main sur le corps lui-même et sur les extrémités, car une discordance entre rougeur et chaleur, et entre les différents points chauds ou frais prend une grande importance symptomatique. Il faudra bien sûr négliger la rougeur d’une joue d’enfant venant de dormir couché sur ce même côté…!

– l’expression des traits peut également être remarquable chez l’enfant et même chez le nourrisson. On y lit souvent la souffrance, l’hostilité, la violence ou, au contraire, la stupeur, la somnolence.

– la position de l’enfant est quelquefois instructive : dans le sommeil (si on l’approche dans un moment où il dort) ou dans l’état de veille si cette position traduit une réaction personnelle à la douleur ou à un trouble particulier. Par exemple un enfant atteint d’otite peut se coucher sur l’oreille douloureuse (recherchant probablement une sensation de chaleur) ou au contraire sur l’autre si le contact lui est trop pénible : les remèdes à donner ne seront pas les mêmes !

– le comportement du malade objective le caractère et les réactions psychiques, depuis l’immobilité exagérée jusqu’à l’état convulsif. Là encore, il faudra cependant distinguer, dans les états d’agitation motrice, ce qui est provoqué par la douleur ou l’intolérance à la chaleur ou certaines conditions extérieures, de ce qui est en rapport avec l’état nerveux proprement dit.

– l’ensemble de la musculature des nourrissons peut présenter un état anormal de flaccidité ou de contracture, en tenant compte que le nouveau-né doit normalement être hypertonique pendant les quatre premières semaines de sa vie et qu’il ne tient sa tête volontairement droite qu’à partir de trois mois, si on le tient assis.

– pensez ensuite à observer les yeux et les pupilles, la bouche : son odeur, la couleur de la langue et l’aspect des muqueuses.

– regardez la transpiration, les selles (odeur, couleur, horaire) et les urines.

Chaque signe pathologique devra être précisé du mieux possible : faute de renseignement quant à la nature des sensations et des douleurs, il est tout de même possible de connaître par la famille un certain nombre de modalités symptomatiques intéressantes : les horaires d’aggravation ou d’amélioration, l’influence de la chaleur locale, particulièrement en ce qui concerne les maladies douloureuses (otite, abcès, coliques, etc …), l’influence du mouvement : « Faut-il le bercer ?, le promener ?, ou simplement le porter dans les bras ?, ou encore le laisser dans son berceau ? »

Tétines   Tétines chinoises !

Ainsi conduite, la recherche séméiologique chez l’enfant permet généralement de noter un minimum de signes utilisables pour une bonne prescription homéopathique. Comme chez l’adulte, il est assez rare de découvrir le signe rare et exceptionnel qui donne à coup sûr la clé thérapeutique. Il faut toujours en espérer la découverte, mais ne pas trop y compter et surtout apprendre à s’en passer. Il est donc plus habituel de fonder sa prescription sur des symptômes plus ordinaires, mais dont le faisceau représente un seul et même remède, à condition que les signes cliniques ainsi choisis correspondent bien à des réactions personnelles du petit malade. Comme l’adulte, le nourrisson réagit déjà à la maladie selon son tempérament propre. Si l’on considère par exemple une infection intestinale à colibacilles, survenant en même temps chez trois nourrissons différents, dans la même crèche, il est à peu près certain que le type température ne sera pas le même chez tous, que le nombre de selles et leur aspect seront différents, que leur comportement variera peut-être considérablement, qu’il y aura ou non vomissements, que l’évolution se fera chez l’un dans le sens de la déshydratation et plutôt chez l’autre vers des complications neurologiques.

Il est presque toujours possible de noter (pour la répertorisation) : une ou deux caractéristiques psychiques ou du sommeil, un ou deux signes généraux, en y comprenant la causalité, les types de fièvres, les transpirations, les attitudes, un ou deux symptômes de modalités particulières concernant les horaires de mieux et de plus mal, les effets du mouvement, un désir ou une aversion précise de boisson ou d’aliment, une ou deux caractéristiques symptomatiques originales quant à la toux, aux vomissements, aux selles, aux signes de la bouche, de la gorge ou des yeux … Ainsi , l’on va vraisemblablement trouver le remède qui conviendra le mieux, celui-ci aura une action thérapeutique le plus souvent rapide et excellente. En cas de doute, on pourra toujours passer à l’enfant le remède (parfois évident) du parent que l’accompagne !

En pratique, l’enfant présentera surtout des affections concernant les phases 1 (stagnation), 2 (inflammation aiguë) ou 3 (allergies) de Reckeweg. Ce qui correspond aux axes des pôles Poumon -> Foie et secondairement Cœur (inflammation) et Rate (glaires), plus rarement Rein (atopie). Le problème s’est un peu compliqué ces dernières années par la multiplication des vaccinations groupées (jusqu’à onze la première année : DTCP + Haemophilus + Hépatite B + BCG + ROR + Pneumocoque !) : moins d’affections aiguës franches, plus de syndromes complexes et chroniques.

Plus tard, le grand enfant se verra proposer des vaccins supplémentaires : Méningite C (si contexte épidémique local), Varicelle (après 12 ans pour les enfants qui ne l’ont pas eu), Fièvre jaune (si séjours outre-mers) …

Le praticien utilisera le plus souvent une double approche :

–> Remèdes complexes dans les affections aiguës, parfois en conseil téléphonique,

–> Remède(s) ciblé(s) dans une affection plus chronique, grave ou complexe (parfois après un BNS que l’on peut pratiquer dès l’âge de un an). Si vous souhaitez réaliser un BNS12 ou 24, cliquez sur ce lien : www.mybiobox.com

Attention, les symptômes de l’enfant varient rapidement : dès que les symptômes se modifient, pensez à changer le remède !

Bibliographie :

  • « L’homéopathie pour mes enfants » A. Horviller (Hachette 2002)
  • « Guide de l’homéopathie pour l’enfant » B. Chemousy (O. Jacob)
  • « Homéo bébé » et « Homéo enfant » Th. Joly (Hachette pratique, 2004).
A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.