Pré et probiotiques ?

Les pré et probiotiques 

« Toutes les maladies débutent dans l’intestin » (Hippocrate, 370 avant J.C.)

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Introduction aux notions d’écosystème digestif et de perméabilité intestinale :

Qu’est-ce qu’une flore intestinale en bonne santé ?

La santé de notre intestin détermine notre capacité à résister aux maladies. Organe ignoré, voire méprisé il y a encore quelques décennies, il est aujourd’hui mis en avant dans tous les médias de santé. Et, en effet, depuis quelques années, des études indiscutables sont venues confirmer ce que les pionniers (Dr Catherine Kousmine, Dr Jean Seignalet ou Dr Natasha Campbell) ont observé depuis des années : l’intestin est un organe-clé de la santé.

Ce n’est pas une surprise. Car, à l’instar des bactéries dont nous reparlerons, nous sommes des êtres vivants. Et tous les êtres vivants fonctionnent de la même manière : ils accueillent des éléments pour se régénérer, puis rejettent ceux dont ils n’ont pas besoin.

Notre tube digestif fait 7 ou 8 mètres de long (selon les individus) et est constitué de deux parties : le grêle et le côlon (ou gros intestin). A l’intérieur, la paroi, portée par un muscle, est prolongée par une muqueuse riche en villosités. On dit parfois que la muqueuse intestinale étalée sur un plan en deux dimensions donnerait une surface considérable : 400 m² environ, soit deux terrains de tennis ! Cette image donne une idée de l’espace d’interaction que représente la muqueuse de l’intestin et ses villosités.

Là, se trouvent notamment les cellules de l’immunité intestinale : cellules épithéliales pour l’immunité innée, lymphocytes pour l’immunité adaptative. La première est d’ordre génétique, la deuxième se construit avec le temps dès la naissance. Au coeur de ce système fourmille une armée considérable de corps étrangers : le microbiote !

Ce sont des bactéries, des virus, des levures… tout un ensemble d’êtres vivants, qui vivent leur vie… dans la nôtre ! Etrangers ? Vraiment ? Car chaque personne dispose d’un microbiote personnalisé. Même si l’on retrouve les mêmes fonctions d’une personne à l’autre, les micro-organismes qui peuplent notre intestin nous sont propres. Plus exactement, on note que parmi la flore présente (on devrait dire la faune !), on retrouve de nombreuses sous-espèces “sujet-spécifiques”. Ce sont vos microbes à vous !

De manière générale, ce microbiote remplit 3 grandes fonctions :

  • Métabolique, ce qui comprend notamment la fermentation, la synthèse des vitamines et la production d’énergie. C’est là que se joue la digestion. Après avoir bien été bien mastiqués au niveau de la bouche, les aliments sont cassés par l’estomac et synthétisés par l’intestin. C’est là que sont séparés les éléments utiles à l’organisme (protéines, glucides, lipides, vitamines, minéraux) de ceux qui doivent être éliminés.
  • L’effet barrière : le microbiote défend l’organisme d’agents pathogènes extérieurs et régule en son sein le bon équilibre entre les bactéries.
  • Immunitaire : le microbiote permet le développement et la maturation du système immunitaire.

L’intestin et son microbiote jouent donc un rôle absolument fondamental dans la santé de l’être humain. En prendre soin, c’est s’assurer une meilleure immunité, un meilleur métabolisme (fonctionnement général) et une plus grande stabilité émotionnelle. En clair, la prévention des maladies, le bien-être au quotidien, voire le retour à la santé passe nécessairement par un travail sur l’intestin.

 

Les êtres humains naissent axéniques, c’est à dire dépourvus de germes intestinaux. En deux à trois jours, une flore microbienne se développe et s’organise sous forme de populations en état d’équilibre, le long du tube digestif. Le nombre de germes composant cette flore varie en fonction des segments du tractus digestif :

  1. Estomac         10 puissance 3 ou 4
  2. Jéjunum          10 puissance 4 ou 5
  3. Iléon                10 puissance 3 à 7
  4. Colon              10 puissance 11 ou 12

La flore de fermentation est présente dans la deuxième partie de l’intestin grêle et s’étend jusqu’au colon transversal, avec un maximum d’activité au niveau du caecum. Constituée essentiellement par des ferments lactiques et des bifidobactéries, elle permet la fermentation acide des glucides complexes (polysaccharides, fibres diverses) d’où une libération d’acides organiques (lactiques, acétiques, propioniques …) et de gaz carbonique.

En revanche, la flore de putréfaction prédomine dans le colon descendant et sigmoïde. A ce niveau, les protéines subissent un processus de putréfaction et donnent naissance à des corps aromatiques (ammoniac, H2S, indole, scatole …) et à des produits alcalins dont les ptomaïnes, amines toxiques, secondairement inactivées au niveau du foie (par gluco et sulfo-conjugaison), puis éliminées par les urines (Besson et coll. 1993)

Normalement, la flore de fermentation s’oppose à la prolifération de bactéries pathogènes, ainsi qu’au développement de la flore de putréfaction qui, lorsqu’elle est excessive (alimentation carnée, manqué de fibres), devient irritante pour le colon et génère des composes toxiques pour le foie. Ce phénomène se manifeste surtout par un météorisme, des ballonnements et une haleine fétide.

Chaque personne possède une flore intestinale unique, individualisée, composée de plus de 400 variétés différentes de bactéries, elles-mêmes régulées par leurs phages – virus parasites spécifiques. Il est donc logique de fournir à cette flore une alimentation équilibrante, favorisant ses facultés de régénération et d’équilibre.

Les Prébiotiques stimulent de façon sélective la croissance et l’activité de la flore intestinale en respectant l’écosystème propre à chaque individu. Ceux-ci sont principalement constitués par :

  1. des fibres solubles (pectines),
  2. des fructo-oligosaccharides (FOS), glucides d’origine végétale tels que l’Inuline,
  3. des céréales fermentées, qui contiennent des métabolites essentiels libérés par les micro-organismes pendant le processus de fermentation. Celles-ci renforcent l’activité enzymatique digestive.

On les trouve dans de nombreux végétaux (ail, oignon, asperge, raisin, soja) des racines (chicorée, topinambour), dans les céréales (blé) …

La consommation quotidienne de prébiotiques permet d’améliorer le transit intestinal. L’effet barrière de la flore de fermentation contre le développement de certaines bactéries potentiellement pathogènes est renforcé, car :

  • les prébiotiques favorisent la sécrétion d’IgA,
  • la production d’acides gras à courte chaine (à partir de l’inuline) acidifie le colon droit,
  • les antioxydants végétaux (comme les polyphénols) contribuent à diminuer l’inflammation.
  • la glutamine (acide aminé) est la première source d’énergie de l’intestin grêle. Il est indispensable au maintien de la trophicité de son epithelium, car il contribue à limiter l’atrophie villositaire et la perméabilité digestive. Pour le Pr. SEIGNALET, la carence en glutamine est l’un des facteurs pouvant expliquer l’échec au régime ancestral hypotoxique.

Il existe maintenant de nombreuses formules de microfibres et de suppléments qui agissent dans ce but (ex.: poudre « Ceres » du lab. suisse Acepsa = mélange de fibres de céréales et sucres de fruits micronisés, vitamines du groupe B et labiées = Silice). Les effets objectivés après 3 mois de supplémentation sont :

  1. augmentation de l’absorption des minéraux (Ca, Mg, Fer, Cuivre, Zinc …)
  2. diminution de la concentration du cholestérol
  3. rétablissement de l’équilibre hydrique du colon (normalisation du transit, sédation des phénomènes inflammatoire de diverticulose),
  4. relance de la détoxication hépatique, amélioration des dermites et de la fatigabilité.

Mouton   la « bible » de l’écosystème intestinal

Les probiotiques :

En 1907, l’immunologiste russe Ilya Metchnikoff, collaborateur de L. Pasteur et prix Nobel en 1908, fut le premier à suggérer que les défenses de l’organisme pouvaient être renforcées par l’absorption de bactéries fermentescibles.  

 

Le rôle des probiotiques – micro-organismes (bactéries ou levures) non pathogènes et non toxiques – est de garantir un équilibre à la flore intestinale, en favorisant la dégradation et l’absorption des aliments. On distingue 4 principaux groupes de pro-biotiques :

1/ Les ferments lactiques qui produisent de l’acide lactique par fermentation de certains sucres. On les regroupe en deux catégories, en fonction de leur morphologie :

A/ Lactobacillus bulgaris, ferment classique du yaourt. Celui-ci est absent de la flore normale endogène de l’homme. Résistant mal à l’acidité gastrique, il a une faible capacité de survie dans l’intestin (1/100 000) !

B/ Lactobacillus acidophilus, appartenant à la flore normale, ils offrent une bonne résistance à l’acidité gastrique, une forte capacité d’adhérence aux cellules intestinales et s’implantent de façon durable dans le tube digestif.

Eléments importants de la flore de fermentation, les lactobacilles se montent efficaces dans le traitement de nombreux désordres digestifs, tels que diarrhées, flatulences, constipation, infections digestives et troubles inflammatoires. Ces 20 dernières années, les travaux sur les bactéries lactiques se sont multipliés avec l’offre des industriels de l’alimentation. Comme elles ne colonisent pas la flore intestinale, elles doivent être consommées régulièrement. Elles n’ont donc qu’un effet momentané et à l’analyse de selles des patients, ces bactéries ne se retrouvent pas.

Bactéries

2/ Les Coques : Enterococcus et Streptococcus représentent une fraction faible de la flore normale et possèdent une faible résistance aux sucs gastriques. Ils contribuent cependant à la synthèse des vitamines B dans l’intestin.

3/ Les Bifidobactéries : Bifidobacterium lactis et Bifidobacterium bifidum. Elles appartiennent à la flore normale, mais possèdent une faible résistance aux sucs gastriques. Elles contribuent à la synthèse des vitamines B.

4/ Les levures : de type Saccharomyces, elles sont principalement utilisées par l’industrie alimentaire (vin, bière, pain …)

Mode d’action :

Leur mode d’action n’est encore que partiellement élucidé. Malgré tout, plusieurs mécanismes pourraient expliquer leurs effets bénéfiques :

       Par la dégradation de certains sucres (lactose et polysaccharides), les lactobacilles génèrent des acides organiques (les acides acétique et lactique) qui, en abaissant le pH intestinal, limitent la flore de putréfaction dont le développement est favorisé en milieu alcalin et qui génère des amines toxiques (putrécine, cadavérine), des ammoniac et indoles.

       Certaines substances élaborées par les lactobacilles (bactériocines) sont susceptibles de neutraliser in situ les toxines microbiennes et le développement de germes pathogènes comme les colibacilles ou les salmonelles.  

       Elles augmentent l’effet de barrière (répartition des mucines de l’épitélium intestinal), inhibant fortement l’adhérence des bactéries pathogènes (expérience sur Eschericia coli et Salmonella) 

       Ils renforcent les défenses immunitaires naturelle et spécifique, favorisant la production d’IgA sécrétoire dans la lumière intestinale et stimulent l’activation des macrophages et des structures lymphoïdes (expérience de souris, préalablement traitées avec L. Acidophilus, qui survivent à une infestation par Salmonella typhimurium).

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Applications chez l’homme :

       Traitement des diarrhées infectieuses et motrices (colopathies, diarrhée du voyageur, suite d’antibiothérapie), mais aussi inflammatoires (rectocolite, iléite de Crohn)

       Prévention chez l’enfant des phénomènes allergiques et réduction des eczémas atopiques (étude du dr. Kalliomaki Lancet 2001). Amélioration des  troubles ORL chroniques et des diarrhées des nourrissons.

       Amélioration de l’intolérance aux laitages. Lactobacilles rhamosus transforme la caséine du lait en une molécule moins allergisante.

       Normalisation du transit intestinal, réduction de la constipation (effet obtenu uniquement avec les bactéries vivantes).

       Effet anticancérigène. Goldin et Gorbach en 1993, on induit des cancers chez des rats par la DMH, activée dans le colon en composé cancérigène par le Bêta-glucuronidase. A la 20 ème semaine, 77% des rats témoins présentaient une tumeur, contre 40% des rats nourris avec une souche de probiotiques.

       Effet métabolique : diminution du taux de cholestérol sanguin, encore plus net si l’on y associe des fibres qui augmentent l’excrétion des sels biliaires et diminuent l’absorption du cholestérol alimentaire.

 

Diverses associations sont disponibles, avec divers germes et prébiotiques, citons par exemple :

1/ ERGYPHILUS du lab. Nutergia, qui associe Lactobacillus acidophilus, caséi et rhamnosus, avec des bifidobactéries et des fibres prébiotiques. Ce produit sera adjuvé par ERGYPROTECT ensemble de fibres prébiotiques et de nutriments protecteurs comme la Glutamine (aliment des entérocytes) et les polyphénols (anti-oxydants végétaux).

2/ Le laboratoire JUVADIA (Nutramex en Suisse) propose sa spécialité : « EFFI – PRO »  – 6 milliards de lactobacilles par gélules / 4 souches différentes) qui sont à conserver au frais. Le traitement idéal dure deux mois

  • 2 gélules par jour si constipation (demandez des bons de commande au laboratoire)
  • 6 gélules par jour si diarrhée (fonctionne bien dans la maladie de Crohn par exemple).

Autres associations synergiques :

Synergie possible pour obtenir une action anti-rhumatismale = prébiotiques + collagène marin + vitamines ACE (anti-oxydantes) + Oméga 3 (anti-inflammatoires), ex.: « Thalassa » du lab. suisse Acepsa. tel. 021 732 23 73

Synergie possible pour obtenir une action psychotonique optimale (fibromyalgie, THADA, troubles de mémoire) = prébiotiques + cacao (5,6%) + vitamines ACE (anti-oxydantes), ex.: « Euréka » du lab. Acepsa.

En résumé et en pratique, on peut dire que vous devriez préférer :

  • les prébiotiques en cas de constipation
  • les probiotiques en cas de diarrhée

 

Signalons pour mémoire deux autres méthodes utilisées pour normaliser l’écosystème digestif et la perméabilité intestinale :

– L’isothérapique de cultures de selles (souche isolée), méthode du laboratoire Berthet :

Berthet

– L’élimination des aliments et additifs alimentaires allergisants, après dosage des IgG4. La réintroduction des aliments à éviter n’intervenant que petit à petit en observant attentivement toute évolution des symptômes, voir « Autres bilans biologiques« , sur ce site.

Que s’est-il passé durant ce dernier siècle dans notre alimentation ? L’augmentation massive des sucres (quantité x par 6), la réduction des fibres (farineux raffinés), l’introduction de graisses hydrogénées (AG trans), d’additifs alimentaires, la consommation de médicaments irritant le tube digestif (Aspirine, AINS, antibiotiques …)…

Encore mal connu du grand public, le déséquilibre de l’écosystème intestinal (aussi appelée « dysbiose ») atteint pourtant une proportion importante de la population et s’observe par des manifestations variées : constipation chroniques ou alternance de constipation/diarrhée, fermentations intestinales importantes …

Cette dysbiose induit en outre des manifestations plus graves de malabsorption, induisant des carences micro-nutritionnelles et d’hyperperméabilité intestinale (avec ses villosités, le tube digestif représente une surface filtrante d’environ 200 m²), point de départ de nombreux désordres :

  1. métaboliques : fatigue chronique – car les intestins abritent plus de 300 000 neurones, infections récidivantes ou/et allergies de toutes sortes,
  2. de maladies chroniques (acné, syndrome d’hyperactivité :THADA …)
  3. et dégénératives, par activation constante et anormale du système immunitaire (psoriasis, rhumatismes …).

 

Bibliographie :

« Nous avons tous besoin de probiotiques et de prébiotiques  » Daniele Festy (ed. Leduc.S, 2009).

« Les fondamentaux de la pathologie digestive« , CDU/HGE Editions Elsevier-Masson – Octobre 2014 – Chapitre 13

Téléchargez : NOUVEAUX CONCEPTS PREBIOTIQUES 01-2016

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.