Socio-écologie végétale

Socio-écologie végétale

Nous avons évoqué l’évolution des espèces (végétales et animales) dans l’histoire de la terre, mais une autre échelle doit être prise en compte pour comprendre le rôle et la dynamique du monde végétal en un lieu particulier, il s’agit de l’adaptation au biotope, conséquence d’un ensemble de choix permettant un bon fonctionnement de l’écosystème colonisant un espace.

Si la plante prélève dans son environnement des photons (ensoleillement) et du CO2 (air) par ses feuilles, de l’eau, de l’azote et des sels minéraux par ses racines, elle sécrète des exsudats racinaires, qui sont des déchets dont le rôle toxique va permettre de limiter la compétition avec d’autres espèces. Pour certaines espèces au contraire, des sécrétions vont s’avérer favorables: c’est le cas pour les plantes adventives (signifie « poussent avec »), ex.: le Bouleau qui est un auxiliaire de croissance du Sapin, les chardons et les rumex, les hépatiques et le Buis …

Sols   plantes bio-indicatrices

La dynamique des événements est alors à prendre en compte : après la mise à nue d’une terre (incendie, labour des troupeaux ou charrue, fleuve qui divague…), on assiste à une explosion de plantes annuelles (ex.: le Bouillon blanc, le Souci, l’Ortie royale …) qui sont des pionnières. Il s’agit d’une espèce unique qui fait le vide autour d’elle par ses exsudats racinaires qui inhibent la germination des autres espèces.

Ces exsudats vont à la longue intoxiquer la plante elle-même : la seconde année vont apparaître des trous dans les tapis de plantes annuelles, dans lesquelles vont se développer les plantes biannuelles (1er année = rosette de feuilles, puis seconde année = fleurs, ex.: la Digitale, l’Onagre).

Après s’installent les plantes vivaces herbacées (qui repartent tous les ans de leur racines, entre 3 et 10 ans, ex.: l’Arnica, les Chiendents, les Fougères, le Millepertuis …), puis les arbustives (qui vivent entre 10 et 100 ans, ex.: les Ronces, les Bruyères, l’Eglantier, le Fusain …), enfin les arborescentes (qui vivent entre 100 et 500 ans).

 

Ce schéma global doit être précisé, car susceptible d’adaptations propres aux conditions locales :

–> pionnières des sables humides et limons : premières plantes rampantes, ex.: Lindernia gratioloïdes, Limosella aquatica (scrofulariacée) … seconde végétation dressée, ex.: Mentha pulegium, Gratiola off., Pulicaria vulgaris …

–> pionnières des milieux dégradés par l’homme (lisiers, poulaillers, engrais = matière organique non compostée) : les « nitrophiles », ex.: Convolvulus arvensis, Polypodium aviculare, Rumex obtusifolius, Stellaria media (le Mouron blanc),

–> plantes pionnières en forêt : Alnus glutinosa (aulne) si le milieu est humide ou Salix purpurea (saule) si le milieu est inondé. Après apparait Fraxinus exelsior (frène) ou Fagus sylvatica (le hêtre) en altitude, puis Ulmus glutinosa (l’orme), enfin Carpinus (le charme) ou Quescus (le chêne) qui peuvent être associés.

–> pionnières en zone méditerranéenne (sols squelettiques -> forêt basse) : Thymus vulgaris, Satureia mont., Rosmarinus off…, après : Arbutus unedo, Phyllirea latifolia …, puis : Quercus ilex ou suber (le chêne liège), Smilax aspera (la salsepareille) …

–> pionnières en milieu aquatique : Lemna minor (lentille d’eau = flottante), puis : Nuphar lut., Nymphea alba (nénuphars), enfin : Phragnites communis, Arundo donax (roseaux).

 

L’agriculteur défriche la forêt et maintient le sol au stade annuel par ses labours. Au bout de quelques années, il observera l’apparition de plantes bisannuelles, puis vivaces herbacées qui gêneront ses cultures. Un labour trop régulier brule les sols (trop d’oxygène), l’usage intensif des engrais pousse au « feutrage », accumulation de matières organiques en surface qui évoluera vers la tourbière. La solution consiste à ne pas cultiver un sol plus de cinq ans, puis à le laisser reposer dix ans. Cette mise en « prairie multiflore » (sorte de forêt sans arbre) régénèrera la biodiversité.

 

Les plantes 13

 

La phyto-géographie est l’étude de la répartition des végétaux sur le globe. Ces notions sont intéressantes, car la végétation se développe en fonction des différentes aptitudes des végétaux à supporter le froid, la lumière, l’humidité et les variations de la qualité de l’humus :

  1. = Toundra arctique / alpine (hivers rigoureux) —> lichens, mousses.
  2. = Taiga –> forets de conifères.
  3. = Forêt tempérée (alternance chaud/froid) —> feuilles caduques.
  4. = Forêt tropicale (humidité) —> longueur des tiges selon la strate.
  5. = Savanes (pluies intermittentes et feux fréquents) —> herbages (grand nombre d’espèces) + arbustes à feuilles larges.
  6. = Déserts (sécheresse + chaleur) —> feuilles en pointes.

 

Les plantes 14

 

L’étude du cycle des substances minérales (cendres) et de l’azote dans les principaux types de végétations de l’hémisphère nord montre que la biomasse varie considérablement :

  1. – de la toundra = 0,6 kg de matière sèche au m2 par an (pH = 3)
  2. – à la taïga = 20 kg (pH = 4)
  3. – dans les chênaies = 30 kg (pH = 5)
  4. – pour avoir son maximum dans la forêt tropicale = 40 kg (pH = 6)
  5. – et retomber à 4 kg dans les savanes plus sèches (pH = 7).

En règle générale, plus une plante est adaptée à un climat rigoureux, plus son milieu intérieur sera porteur d’un effet thérapeutique important.

 

Les plantes des milieux acides

Les tourbières sont des marécages dont les eaux sont acides. Elles constituent encore un milieu fréquent en régions montagneuses. Les valeurs du pH (entre 4 et 5) font que cette eau n’est pas minéralisée et n’abrite que des micro-organismes non pathogènes, qui contribuent au maintient d’un pH acide.

Les plantes de ces milieux semblent toujours sèches, durcies, resserrées. Bien que poussant dans de l’eau pure, l’herbe des tourbières offre toujours un aspect jaune. Les feuilles sont petites et coriaces, les tiges très fermes. On ne trouve pas de grands organes végétaux mous et étendus. Les plantes des milieux acides sont souvent des Graminées et des Cypéracées (Carex, Sphaignes). Elles sont riches en silice qui se trouve cristallisée dans les cellules épidermiques ou sous forme soluble dans leurs tissus. Ces plantes sont extrêmement sensibles à la pollution. C’est dans ce milieu très particulier que vivent les Drosera, plantes carnivores à feuilles grasses, élargies, pourvues de poils glanduleux, aqueux et collants. Elles compensent l’oligotrophie du milieu par la digestion de proies animales. Leurs poils ne sont autres que des tentacules comportant un piège constitué d’une gouttelette terminale de mucilage riche en acides et en enzymes protéolytiques. Si on applique fortement sur la peau une feuille fraîche de Drosera, on voit apparaître une brûlure, bientôt suivie d’une cloque.

 

Les plantes des milieux sursalés

Végétation poussant dans une vase mouillée, à la limite de la cristallisation saline. L’équilibre des pressions osmotiques du sol et des racines permet le passage de l’eau du sol vers les racines et non l’inverse. En effet, la pression osmotique à l’intérieur des racines est considérable, conférant à la plante des tissus très juteux et très salés. On ne trouve pas de cristaux de silice, alors que cet élément est très abondant dans l’environnement. Par exemple les Salicornes qui sont des végétaux gorgés d’une eau très salée, leurs tissus sont tendres, étalés.

 

Les plantes des milieux désertiques

La végétation discontinue et rare des étendues désertiques est constituée de petits buissons très espacés. Cet espacement est dû à une compétition au niveau des racines. Les eaux de pluies étant très rares (il pleut environ une fois tous les deux ans), les plantes récupèrent les eaux de condensation au moyen de racines superficielles qui circulent à quelques centimètres sous la surface du sol, dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres autour de la plante. Au moment des pluies, l’eau est absorbée par ces racines en attente.

Dans les buissons de Cactées, les feuilles sont très réduites, voire inexistantes. Leurs épines sont plus ou moins développées, les tiges charnues, juteuses, formées de cellules hypertrophiées, qui sont d’énormes réservoirs d’eau. Les Cactées sont très odorantes, colorées, et nectarifères. Dans ces milieux hostiles, ces plantes parviennent quand même à fleurir et à fructifier. Les fleurs ne durent qu’une nuit et ont souvent une taille disproportionnée par rapport à celle du cactus qui les porte.

Les EPINES constituent une arme essentielle dans la lutte contre la sécheresse. En effet, le problème de la transpiration est très important au niveau des feuilles. Les épines au contraire, qui sont en réalité des feuilles extrêmement dures, offrent une surface « transpirante » très faible. La croissance de ces végétaux est très lente, les épines constituent en outre une protection contre des prédateurs comme les herbivores.

 

Permaculture   principes de permaculture

 

Les plantes alimentaires (selon leurs origines géographiques) :

  • La Pomme de terre     Chili (les espagnols l’importèrent en 1580, deux siècles avant que monsieur de Parmentier la fasse admettre comestible pour l’homme).
  • La Tomate                  Pérou
  • Le Maïs                      Mexique
  • Le Salsifis                  Grèce
  • La Betterave              Iran (Perse)
  • L’Aubergine                Inde
  • La Chicorée                « 
  • Le Concombre            « 
  • Le Potiron                   Guinée
  • L’Epinard                    Chine
  • Le Riz                         « 
  • L’Oseille                      « 
  • L’Artichaut                  Maghreb
  • Le Millet                      « 
  • L’Orge                        Europe du nord
  • Le Blé                         bassin méditerranéen
A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.