Soja et phyto-œstrogènes

Le soja

Le soja jaune (Glycina max) est une légumineuse qui appartient à la famille des Fabacées. NB. Le haricot mungo dont les graines servent à la préparation des « germes de soja », n’a absolument rien à voir avec le soja jaune !

— Il existe un Glycina max qui porte une graine noire, « le soja noir », et dont on utilise aussi les feuilles. En médecine Chinoise, ce « soja noir » fait circuler le sang, élimine « le vent » et les toxines (action hépatique).

— Les graines du soja rouge (Phaesolus calcaratus) servent à éliminer l’eau, l’humidité interne, les toxines, et elles font disparaître les abcès.

— Le soja vert (Vigna radiata), prescrit en médecine Chinoise, élimine la chaleur interne et les toxines par ses qualités diurétiques.

— La plante de soja jaune (feuilles, tiges, gousses) est entièrement revêtue de fins poils gris ou bruns (comme les feuilles de la sauge) Les tiges dressées ont une longueur de 30 à 130 cm. Comme le haricot, ses feuilles sont trifoliolées (elles peuvent, dans de rares cas, avoir cinq folioles) et les deux premières feuilles sont entières et opposées. Les feuilles tombent avant que les gousses ne soient arrivées à maturité : toute l’énergie et tous les nutriments sont ainsi détournés au profit de la graine !

Les fleurs, blanches ou pourpres, de petite taille, presque invisibles, groupées en grappes de trois à cinq, apparaissent à l’aisselle des feuilles. Elles sont hermaphrodites et autogames (autofécondation en opposition à l’allogamie : fécondation croisée), bien que la pollinisation croisée soit parfaitement possible. Les fruits sont des gousses velues, et contiennent en général 2 à 4 graines (rarement plus).

Soybeans and Pod

Composition :

Seule la graine est utilisée dans un but thérapeutique. Elle contient des isoflavones (principalement génistéine, daidzéine et glycitéine), du coumestrol, des stérols. Tous ces composants sont des phyto œstrogènes qui agissent fortement sur le système hormonale. Le soja est une graine protéagineuse comme l’arachide. Cette graine est riche en protéines, en matières grasses, en sels minéraux (calcium, magnésium, phosphore, potassium, sodium), en lipides (20 %), en vitamines A, B, E, C, en lécithine (2 %)

Du point de vue nutritionnel, par rapport aux autres légumineuses, le soja est particulièrement riche en protéines (37 %), sa teneur en matières grasses est élevée (20 %), sa teneur en glucides est faible (24 %), ses apports en minéraux sont importants (4.7 %). Notons aussi son importante teneur en lécithine et ses fortes teneurs en vitamines E et A. Le soja possède des saponines qui protégeraient notamment contre le cancer (colon, poumons…)

Historique :

Le soja, déjà connu 4 000 ans avant l’ère chrétienne, est issu d’une plante sauvage (Glycine ussuriensis) qui pousse spontanément en Asie et en Sibérie orientale. À l’origine, les chinois l’appelaient « da Dou » ce qui veut dire « grosse graine ». Par l’intermédiaire du néerlandais, le nom a ensuite dérivé d’un mot mandchou, emprunté lui-même au japonais shoyu (« sauce soja »). La graine n’a été introduite en Europe qu’au XVIIIe siècle et au XXe siècle. Les deux plus gros producteurs de soja sont les U.S.A et le Brésil. Le soja est l’aliment de base pour 2 milliards d’hommes. Les zones à climat subtropical humide sont idéales pour sa culture, qui peut s’étendre aux zones à climat continental à été chaud et humide.

La production a atteint 211 millions de tonnes en 2008-2009, sur une surface d’environ 90 millions d’hectares. En 2009 environ 77 % du soja cultivé est génétiquement modifié soit 69,3 millions d’hectares de soja transgénique, et 20,7 millions d’hectares de soja normal (non transgénique). En Asie, le soja est avant tout réservé à l’alimentation humaine ; dans le monde occidental, il est surtout destiné à l’alimentation du bétail.

INDICATIONS traditionnelles :

Ses propriétés sont indéniables : il régule les taux d’œstrogènes (la prise d’extraits de soja à la dose de 70 mg par jour réduit en moyenne de 45 % les bouffées de chaleur au bout de six semaines de traitement). Chez les femmes qui bénéficient d’une bonne muqueuse intestinale (efficace contre les réactions de glycosylation), le soja régule encore mieux les taux d’œstrogènes.

En Chine, le soja est la référence quand il s’agit d’annuler la toxicité d’autres plantes. On le prépare souvent grillé ou cuit dans d’autres supports : lait, vin, graisse, puis on l’utilise en usage externe sur les érythèmes des bébés, sur les boutons provoqués par une grande chaleur, sur les sueurs excessives, sur les brûlures au 1er et 2e degré (cuire les graines de soja dans une quantité double d’eau que l’on réduit jusqu’à obtenir un jus très épais, on laisse couler doucement ce jus épais sur les brûlures ce qui évitera les cicatrices).

L’allergie au soja

Elle est récente, car il était autrefois consommé de manière marginale. On l’observe en tant qu’allergie croisée aux protéines de lait de vache. Le soja et les produits du soja sont considérés comme des allergènes alimentaires listés par la Directive 2003/89. Le soja est une légumineuse consommée par les personnes ayant un régime alimentaire de type végétarien. De plus en plus, elle est proposée sous forme de boisson ou « lait » de soja, de yaourts, de crèmes dessert et de « steak » de soja. Le soja est de plus en plus employé dans l’industrie agroalimentaire comme substitut à des produits d’origine animale. Il se substitue notamment aux corps gras – permettant ainsi un allégement en matières grasses saturées et une augmentation de la teneur en protéines. Il est également utilisé comme émulsionnant et comme agent de texture. Le soja obtenu par transgénèse possède un gène codant d’une protéine de noix du brésil hautement allergisante !!! De ce fait, le soja OGM est devenu aussi allergisant que la noix du brésil et il est à exclure pour les personnes allergiques à cette noix.

De nombreuses préparations de type « aliment lacté diététique » pour nourrissons sont proposées en remplacement des protéines du lait de vache : c’est dans ce cadre qu’apparaissent alors la plupart des cas d’allergies (8 à 14 % des enfants intolérants aux protéines du lait de vache sont intolérants au soja). L’intolérance au soja peut être diagnostiquée par le dosage des IgE anti-soja. En juillet 2005, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) a émis une mise en garde quant à l’usage de préparations à base de soja avant l’âge de 3 ans.

Le tofou qui contient de 1 à 4 mg de génistéine pour 100 g à une action favorable au maintien de l’équilibre hormonal. Le Tempeh, le Miso, le Natto ont des teneurs en génistéine qui peuvent aller de 1 à 4 mg pour 100 g (jusque 18 mg pour le Natto), ce sont les seules préparations qui ne contiennent pas ou peu d’antinutriments, et qui ne présentent par conséquent aucun risque pour la santé. Il faut remarquer que ces aliments élaborés à partir du soja sont tous fermentés.

Soja et phyto-œstrogènes 

Nous entendons régulièrement des commentaires divers sur la place du soja et des phyto-œstrogènes dans la santé humaine. Certains sont très positifs, d’autres absolument critiques, des médecins allant jusqu’à interdire toute consommation de soja à leurs patientes. Or, il ne faut pas confondre soja et isoflavones, comme il ne faut pas faire d’amalgames des divers phyto-œstrogènes entre eux. Diverses plantes contiennent des phyto-œstrogènes, molécules naturelles, dont le métabolisme est simple, mais dépendant bien sûr de l’état de santé de l’individu. 

Les phyto-œstrogènes sont des molécules qui font partie de la famille des flavonoïdes et ils se répartissent en plusieurs classes :

  1. les isoflavones, les plus connus – retrouvés dans de nombreux aliments, comme le soja,
  2. les coumestanes, présentes dans le trèfle et la luzerne,
  3. les lignanes, présentes dans le lin
  4. les mycotoxines et les stilbènes dont nous ne parlerons pas ici. 

C’est parmi les isoflavones que se trouvent les molécules les plus utilisées aujourd’hui en thérapeutique : génistéine, daïzéine, formononétine, biochanine A.  

D’après les différentes études, l’activité biologique de ces substances est variable en fonction de sa molécule et de ses métabolites, de l’individu et des organes cibles, de la concentration (parfois action différente à dose faible ou élevée), de la sécrétion endogène d’oestradiol (femme ménopausée ou non). 

Puissance oestrogénique des différentes molécules, par rapport à l’oestradiol (à laquelle on attribue une puissance 1 000) :

  • Coumestrol = 2
  • Génistéine = 0,84
  • Equol = 0,61
  • Daïdzeine = 0,13
  • Biochanine et formononétine = 0,06 

Globalement, on peut dire que la puissance oestrogénique des phyto-œstrogènes est de 1 000 fois inférieure à celle de l’Oestradiol. 

Les phyto-œstrogènes sont essentiellement métabolisés au niveau de l’intestin. L’efficacité de leur absorption dépend bien sûr de l’équilibre de la flore (perméabilité intestinale), du sexe (les hommes éliminent deux fois plus vite les phyto-œstrogènes que les femmes) et de l’origine ethnique. Ils sont ensuite métabolisés par le foie et éliminés majoritairement par les urines. Une partie de ces molécules passe dans le cycle entéro-hépatique. 

Chaque phyto-œstrogène a une vitesse d’excrétion différente et des capacités de fixation sur les protéines sériques variable. La puissance d’action d’une molécule dépendra aussi des capacité métaboliques et d’élimination de chaque individu, par exemple : 

  • Glycosides inactifs à Aglycones actifs
  • Génistine à Génistéine
  • Daidzine à Daidzéine à Equol 

Il faut par exemple noter que si certaines personnes synthétisent beaucoup d’Equol, d’autres en sont incapables, pour des raisons génétiques ou métaboliques. 

Les organes-cibles : il existe deux récepteurs principaux aux oestrogènes : les récepteurs Alpha (prédominants dans les testicules, les seins, l’utérus, les reins et surrénales) et Bêta (présents surtout au niveau du cerveau, des ovaires, de la vessie, des os, des poumons et du système vasculaire), notés ERA et ERB.  

Les phyto-œstrogènes peuvent se fixer sur les deux types de récepteurs, mais ont surtout une action sur les ERB. Leur action sur les ERA serait plutôt de type compétitif : ils occupent le site sans réellement l’activer tout en empêchant l’action des oestrogènes sécrétés par l’organisme. L’efficacité de ces récepteurs dépend, entre autres, de l’équilibre des acides gras de la membrane cellulaire. 

Plusieurs études suggèrent que les phyto-œstrogènes ont une action diphasique :

  1.  à faible dose, ils seraient plutôt « œstrogène-like »,
  2.  à forte dose, l’action serait plutôt « anti-œstrogène » par effet compétitif au niveau des récepteurs.

En fait, cet effet paradoxal dépendra surtout de la présence d’oestrogènes endogènes. Ainsi, avant la ménopause, les phyto-œstrogènes auraient un effet plutôt antagoniste, alors qu’après le ménopause, ils ont plutôt un effet de stimulation oestrogénique faible. 

Les actions non hormonales du soja et des phyto-œstrogènes :

De nombreuses fonctions ne peuvent être expliquées par l’action hormonale du soja. Il faut faire la différence entre les effets du Soja sous forme alimentaire (avec ses lipides et protéines spécifiques) et les propriétés des phyto-œstrogènes isolés :

* Le soja ne contient pas de cholestérol et a un profil lipidique idéal : rien que sa composition, il permet de réduire le risque cardio-vasculaire. En outre, le soja va augmenter l’excrétion biliaire et favoriser la dégradation du LDL-cholestérol dans les hépatocytes.

* Le soja possède des propriétés anti-oxydantes majeures.

* Le soja  tend à normaliser la tension artérielle (étude de 2002) par vasodilatation (action du protoxyde d’azote – NO)

* Le soja a des propriétés anti-proliférative et anti-angiogenèse. La génistéine va réguler différentes cytokines responsables des phénomènes d’angiogénèse, connus pour favoriser le développement tumoral. Les isoflavones favoriseraient également l’apoptose des cellules anormales.

* Enfin, les phyto-oestrogènes ont montré leur action sur la tirosine-kinase, enzyme fondamentale de la cancérogénèse (effet anti-prolifératif) et des fonctions ostéoclastiques (effet protecteur de l’ostéoporose). 

Résumé des études effectuées (chez l’homme et l’animal) :

1/ Protection cardio-vasculaire … amélioration du profil lipidique, propriétés anti-oxydantes et vaso-dilatatrices 

2/ Prévention de l’ostéoporose … par son apport protéique et par l’action des isoflavones (75 mg./jour suffisent, exemple : 3 gélules d’Ergyflavone® – lab. Nutergia) 

3/ Phyto-œstrogènes et ménopause … bouffées de chaleur, modification de l’humeur et sécheresse vaginale … la réponse clinique est malheureusement aléatoire, car le métabolisme des isoflavones varie beaucoup d’une femme à l’autre. On peut optimiser cette réponse par un traitement équilibrant la flore intestinale et de stimulation du métabolisme hépatique 

4/ Phyto-œstrogènes et cancer … Quand on dit que le soja est bénéfique ou néfaste dans le cancer, de quoi parle-t-on exactement ?

Quand on étudie les populations fortes consommatrices de soja (asiatiques et hawaïens), on observe que le taux de leurs cancers hormonodépendants (sein, utérus et prostate) est fortement diminué … mais il faut aussi tenir compte que ces populations consomment moins de sucre, sont moins gros (l’obésité est un facteur de cancer), consomment moins de produits laitiers, de viandes grillées … 

Les isoflavones du soja, dans les études animales, montent un effet plutôt protecteur (cancer du sein et de l’utérus) 

5/ Cas de la femme ménopausée en bonne santé … Aucun risque carcinogénique n’a été observé avec la prescription de traitement substitutifs naturels d’isoflavones de soja 

6/ Cas d’un cancer hormono-dépendant évolutif ou en rémission … Ce cas de figure est plus délicat, car aucune étude n’est disponible à l’heure actuelle. On peut craindre cependant un effet promoteur des phyto-oestrogènes sur des cellules cancéreuses riches en récepteurs oestrogéniques. 

Dans le cas d’un cancer en rémission, des études récentes laissent penser que l’association de phyto-oestrogènes (une gélule d’ERGYFLAVONE apporte autant d’isoflavones que deux yaouts au soja) avec le Tamoxifène augmente la « latence tumorale », mais les preuves absolues manquent et nous vous conseillons donc de rester prudents.

Ce point des connaissances sur la question a été réalisé d’après la revue de l’Association française de Médecine Orthomoléculaire (n°25), avec son aimable autorisation.

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.