Unicistes – complexistes – pluralistes

Les homéopathes unicistes – complexistes – pluralistes ? 

En homéopathie, le choix thérapeutique proposé est basé sur la similitude des symptômes (du malade avec ceux susceptibles d’être provoqués par le remède), quelque soit la maladie considérée : le remède unique choisi n’est donc pas déterminé par la nature de la maladie, ni par le mécanisme supposé des troubles en cours, mais par les réactions morbides particulières à chaque malade.

Si les confrères « héritiers » d’Hahnemann ont continué l’œuvre du maître durant deux siècles, on peut observer plusieurs périodes et plusieurs directions :

 

 

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Affects / tr. psychologiques   Adapt. neuro-hormonale    Dysfonctions tissulaires                   

       Anglophones                        Francophones                   Germanophones 

  

En pratique, plus on veut traiter la cause (choc primaire), plus on va utiliser un remède unique en haute dilution. A la réflexion, cela semble logique, car avec le temps, dans le corps humain, l’information est diluée (environ 3 litres par jour) et dynamisée par le système vasculaire (au rythme de 1 pulsation par seconde). Si l’on veut atteindre une information ancienne, il faudra donc donner le remède similimum à une dilution / dynamisation équivalente (c’est-à-dire d’autant plus élevée qu’elle est ancienne).


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—  Les « Unicistes » (ou « kentistes »), surtout anglo-saxons, prônent, comme son promoteur J.T. Kent, la répertorisation et l’utilisation d’un remède unique en haute dilution (similimum symptomatique du moment). Son écho se retrouve en France sous la plume de P. Schmidt et de ses élèves : « La maladie possède des causes et une origine plus profondes qu’il ne nous apparaissait à première vue. Le trouble initial provient d’une faute, on peut même dire du péché de l’esprit, donc du péché contre l’esprit, et cette faute façonne l’intérieur de l’homme; elle le rend sensible aux causes morbides. Ensuite, la Force vitale déréglée qui anime le corps physique ne peut plus maintenir l’ordre et l’harmonie et la maladie fait son apparition ». Ce courant insiste aussi sur le refus d’associer l’homéopathie à d’autres thérapeutiques. 

—  Les « Complexistes » (ou « spécifistes »), courant essentiellement germanique (Griesselich), qui utilisent une posologie à dynamisation décimale limitée. S’ils admettent la loi d’analogie et l’expérimentation sur l’homme sain, ils minimisent l’individualisation du malade et les symptômes subjectifs de la matière médicale. C’est le cas de Schuessler (les « sels biochimiques »), deRademacher (le « drainage »). Ce courant s’enrichira dès 1832 de l’isothérapie (W. Lux) : la thérapeutique « aequalia aequalibus » prend rang dans l’arsenal thérapeutique des médecins homéopathes. 

Enfin notons les travaux originaux de H.H. Reckeweg qui développe l’homotoxicologie dès 1955 

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       Les « pluralistes« , médecins francophones pour l’essentiel, qui tentairent de développer une approche diathésique de la pathologie et de la matière médicale. Citons ainsi : L. Vannier(développant l’aspect morpho-psychologique des types sensibles), M. Fortier-BernovilleA. Nebel (le Tuberculinisme), A. RouyH. BernardR. ZissuD. DemarqueO.A. Julian(nouvelles pathogénésies) et bien d’autres… 

 

Les « homéopathes unicistes » insistent pour ne donner – comme Samuel Hahnemann et J.T. Kent – un seul remède (à la fois) et généralement en haute dilution … Ils ont (sur le principe) raison, car la prescription homéopathique nécessite une vision synthétique des évènements et il est souhaitable que le remède donné développe sont action sans interférences. 

Deux problèmes apparaissent alors (ils vont d’ailleurs marquer la vie d’Hahnemann) :  

 

1/ Le phénomène de l’aggravation thérapeutique (accentuation passagère des symptômes après la prise du remède) qui le conduira à codifier plusieurs méthodes de dilutions-dynamisations.Tous les homéopathes unicistes observent ces désagréables « aggravations thérapeutiques » et durant deux siècles, ils vont tenter d’y apporter des solutions :

  1. Samuel Hahnemann, dans la sixième édition de l’Organon, publiée longtemps après sa mort, abandonnait l’idée du remède en dose unique et proposait la méthode des LM, où le remède était pris chaque jour, en augmentant les dilutions de semaine en semaine (à partir de la 3CH environ = 1LM) jusqu’à ce que les symptômes cèdent.
  2. J.T. Kent, mélangeait les dilutions hahnemaniennes et korsakoviennes, méthode des « dilutions kentiennes »
  3. D’autres auteurs (indiens surtout) proposent de diluer le remède dans un peu d’eau pure, puis d’en prendre une cuillerée à café, puis de le rediluer … 

Devant la même difficulté, deux solutions originales ont été trouvées par les auteurs modernes : 

A/ les 30 remèdes « homaccord » (signifie « synergie de puissance ») de H.H. Reckeweg, qui associent deux ou trois remèdes complémentaires dans une association de dilutions (D2/D4 ou D6 puis D10/D30/D200 …). Ces mélanges, qui élargissent renforcent notablement l’effet des remèdes qui les constituent – tout en faisant disparaitre la phase d’aggravation initiale – s’adressent d’abord aux affections chroniques. Ils peuvent être associés en alternance ou en mélange avec des remèdes complexes ou unitaires. La posologie moyenne est de 10 gouttes trois fois par jour.  

B/ l’approche de l’homéopathie diathésique est voisine : elle se base sur l’observation (clinique et biologique) que l’affection à corriger comporte généralement des situations de plénitude et d’insuffisance allant de pair (c’est un peu l’histoire du ballon qui s’envole et de la ficelle coupée qui retombe), la thérapeutique idéale consistera à associer une haute dilution d’un remède toxique et une basse dilution d’un remède alimentaire. Il est d’ailleurs à noter que dans la sixième édition de l’Organon, S. Hahnemann parle du traitement double qui consiste à donner le remède en haute dilution « per os » et à une dilution basse en application externe, ce qui raccourcissait la durée du traitement (dixit).  

Ces deux  façons de faire permettent à tout coup d’éviter l’aggravation thérapeutique initiale, classique inconvénient du traitement homéopathique.  


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Mausolée à la gloire de S. Hahnemann à Washington (USA)

 

2/ La récidive périodique des troubles primitivement soulagés va conduire S. Hahnemann à publier plus tard un second ouvrage « Les maladies chroniques » (œuvre capitale, à notre avis inachevée), préfigurant l’immunologie, dans lequel il passe de l’approche « tactique » développée dans l’Organon à une approche « stratégique » des maladies et des remèdes présentant sa conception naissante des évolutions diathésiques, ainsi que la méthode d’utilisation des remèdes dans ce concept, soutenus par l’utilisation des Nosodes, qui s’adressent plus spécifiquement aux situations bloquées, et dans ce cas se prescrivent en premier. C’est d’ailleurs dans cet ouvrage qu’il présente un début de classification des remèdes par « familles » (anti-psoriques, anti-sycotiques, anti-luétiques) préfigurant les phases de Reckeweg (1/2, 3/4, 5/6).  


Certains des praticiens unicistes, n’ayant qu’une approche diathésique partielle, ont essayé de trouver un ordre interne à la matière médicale à partir du tableau périodique des éléments (cf. travaux de Jan Scholten – tableaux téléchargeables ci-dessous). Si, ponctuellement, cette approche peut s’avérer intéressante, elle est très compliquée et – contrairement à l’homéopathie diathésique – elle n’apporte aucune vision psychologique, biologique ou organique codifiée au praticien, souvent confronté à des pathologies multiples ou à une symptomatologie masquée par des thérapeutiques inappropriées. 

 

 

Si la prescription uniciste était une attitude logique pour S. Hahnemann, qui désirait observer la modification des symptômes sous une contrainte médicamenteuse unique (afin d’enrichir son expérience de pionnier). Elle est à présent dépassée, grâce à la vision dynamique des phénomènes et à l’utilisation des remèdes complémentaires en dilutions adaptées, ce qu’apporte l’homéopathie diathésique (en relation avec les logiques de la MTC).

Les « homéopathes unicistes » se considèrent pourtant comme une sorte d’aristocratie !  Ce sont parfois des virtuoses du répertoire et ils cultivent une attitude assez méprisante vis-à-vis de leurs confrères homéopathes complexistes (mais la méthode des phases de Reckeweg est passionnante) et pluralistes (mais les séquences médicamenteuses se révèlent parfois parfaitement efficaces) !

 

Au sein de ce courant minoritaire, on découvre différentes tendances :

  • — le « Kentisme » qui répertorie en hiérarchisant les symptômes psychiques frappants (bizarres) avant les symptômes généraux et locaux,
  • — le « Masisme », approche à forte connotation religieuse, fondé sur les écrits de saint Thomas d’Aquin, définit la sphère d’action des remèdes selon des grands thèmes archétypaux (peur de la mort, sentiment d’abandon …),
  • — l’école « Promilasone », en provenance d’Inde, imprégnée de considérations spirituelles, ne prescrit quand à elle que sur les symptômes psychiques, qu’elle considère comme des expressions de l’âme.

 

En se privant des phénomènes de synergie médicamenteuse, les « homéopathes unicistes » ne peuvent que rarement fournir les résultats immédiats et puissants que propose à présent l’allopathie. De plus n’ayant pas résolu le problème de l’aggravation thérapeutique, ces doctrinaires s’accrochent à un système dépassé qui conduit malheureusement l’étude de la matière médicale et la prescription hahnemannienne à une impasse (cf. le déclin actuel du nombre des praticiens homéopathes dans le monde). 

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.