Brassica (crucifères)

Les crucifères sont des plantes herbacées vigoureuses des terrains hostiles (stériles et froids), universellement répandues (sauf tropiques). Elles poussent sans difficulté sur tous les sols ingrats (sorte d’affirmation d’un désir de vivre). La germination est rapide, la croissance accélérée, l’enracinement ferme (rhizome ramifié), le feuillage est touffu, en rosette, au ras du sol, les feuilles sont rondes, gorgées de sève (processus liquide). Les fleurs ont quatre pétales en croix (blanches, jaunes ou orangées). L’ovaire est supère, le nectar abondant. L’inflorescence est en fausse ombelle, le rythme vital est rapide (plantes du printemps ou de début d’été). Les graines sont rondes et oléagineuses.

Elles produisent des huiles non saturées, biologiquement très actives parce que soufrées. Ce “processus soufre” fait que les crucifères, peuvent être soit difficiles à digérer (Chou, Choucroute), soit aider à digérer (Moutarde, Raifort). Ces plantes s’expriment souvent aussi par une abondante production de vitamine C. Polarité d’action principale de la famille : Rein à Foie

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Dans la famille des Crucifères, on observe des tendances différentes :

  1. Racine … Navet (Brassica napus)
  2. Tige … Chou-rave (Brassica gongiloïdes)
  3. Feuilles … Chou d’hiver
  4. Yeux … Chou de Bruxelles (Brassica gemmifera)
  5. Bourgeons … Chou rouge
  6. Inflorescence … Chou fleur (Brassica botritis)
  7. Graines … Colza (Brassica napus oleifera) 

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BRASSICA NAPUS ou Brassica rapa (choux chinois)

NOM FRANÇAIS : Navet (Ang.: Turnip)

PRINCIPES ACTIFS : riche en mucilages, vit. C, calcium, iode, phosphore

INDICATIONS de phytothérapie : diurétique 

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BRASSICA NAPUS OLEIFERA

Le Colza est très à la mode grâce à la quantité d’AGPI oméga 3 qu’il fournit, se combinant bien avec l’huile d’olive (qui la protège de l’oxydation) pour assaisonner nos salades. Autrefois, elle était utilisée comme combustible des lampes à huile, puis pour la lubrification des moteurs, carburant de remplacement pour les tracteurs, enfin à la production de margarines (hydrogénation).

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NOM FRANÇAIS : Colza (Ang.: Rape)

PRINCIPES ACTIFS : Huile grasse (40%), glucoside

HOMEOPATHIE diathésique : le Colza a bénéficié récemment d’une pathogénésie de Jeremy SHERR (Dynamic proving volume 1, 1997) qui évoque furieusement la FIBROMYALGIE :

Psyché : irritabilité, anxiété, dépression, troubles de mémoire, insomnie, sensations vertigineuses …

Soma : asthénie majeure et syndrome tendino-musculaire : myalgies, douleurs péri-articulaires, syndrome de raynaud, syndrome du canal carpien …Digestif : hépatomégalie et splénomégalie, troubles hépatiques avec dysphagie et amaigrissement …Peau : prurit, rash, papules, alopécie, sclérodermie, oedèmes de la face, syndrome sec oculaire et buccal.

Nous conseillons une prescription en 1DH, 30 gouttes par jour, pendant 4 mois au moins.

ACTION BIOLOGIQUE (BNS) :

  • Baisse les tests : Alpha 2 et Bêta précipitines (plénitude du pôle Foie) / Ammonium
  • Augmente les tests : Albumines (insuffisance du pôle Rein) / Alpha 1 / Magnesium
BrassicaNigra   
BRASSICA NIGRA ou Sinapis nigra

NOM FRANÇAIS : Moutarde noire (Ang.: Black Mustard / All.: Schwarzer senf / Esp.: Mostaza negra)

PRINCIPES ACTIFS : 5% HE de moutarde (rubéfiante) et 25 % d’huile grasse

HOMEOPATHIE diathésique : remède du groupe du Soufre (Kollitsch p. 86). Rhume des foins. Key-note : une narine est bouchée et l’autre coule, alternativement. 

MTC = BAI JIE ZE … de nature tiède piquante, préparée au vin ou au vinaigre. Elle réchauffe le foyer médian, dissipe le froid et favorise la circulation de l’énergie faisant communiquer les méridiens principaux et secondairesSyndromes de glaires, favorise le Qi, supprime la chaleur et dissipe le froid …

 

alt   BRASSICA OLERACEA

Il est peu de remèdes aussi simples et à la portée de chacun, et nous pouvons affirmer qu’il est peu de remèdes aussi utiles, bienfaisants et efficaces en thérapeutique que notre chou », affirmait l’abbé Neuens, grand spécialiste des plantes.

Avant lui Caton, le célèbre agronome latin, en faisait déjà l’éloge : « Le chou est le premier de tous nos légumes. Si dans un repas vous désirez boire largement et manger avec appétit, mangez auparavant des choux confits dans du vinaigre, et autant que bon vous semblera ; et de même après le repas mangez-en cinq feuilles environ, vous serez comme si vous n’aviez ni bu ni mangé, et vous pourrez de nouveau boire à votre aise. »

Le gros problème du chou, c’est qu’il est en général contaminé par de grandes quantités de pesticides, que ses belles et larges feuilles vertes s’évertuent à capter dans l’environnement. Il est donc particulièrement important de l’acheter bio. En général, c’est un défi pour les jardiniers que de cultiver des choux bio. Aucun légume ne semble attirer autant les chenilles, pucerons, papillons (la fameuse piéride du chou), limaces, teignes, noctuelles et autres « mouches du chou ».

 

NOM FRANÇAIS : le Choux blanc (“brocco” signifie branche en latin) ou Brocolis (Ang.: Cabbage / All.: Weisskohl / Esp.: Berza)

PRINCIPES ACTIFS : mucilages, vitamines A,B,C et K, soufre, calcium, phosphore, iode … exceptionnellement riche en vitamines et minéraux.
Dans cent grammes de choux, il y a 150 mg de calcium contre 125 dans un verre de lait.
Il est aussi très riche en fibres, antioxydants, en protéines, en lutéine et zéaxanthine (bonnes pour les yeux).
De plus, contient 121 mg d’oméga-3 et 92 mg d’oméga-6. Et soutient les fonctions de détoxification au niveau hépatique. 

Le chou, en usage interne, est pectoral, béchique (guérit la toux), antianémique, vermifuge.

  • Pectoral : c’est la haute teneur en soufre du chou qui explique en partie son action bénéfique sur les voies respiratoires. En cas de bronchite, rhume, asthme : décoction avec 60 g de chou cuit 1 h dans 0,5 l d’eau additionnée de 70 g de miel. 2 à 3 tasses par jour.
    On utilise aussi le suc des feuilles broyées et pressées dans un linge. Une bonne méthode consiste à faire bouillir suc frais et miel à parts égales, en écumant jusqu’à disparition complète de l’écume. 3 à 4 cuillerées par jour.
  • Anti-anémique : la chlorophylle du chou permet la remontée du taux d’hémoglobine. Sa forte teneur en vitamines A et C ainsi qu’en substances minérales essentielles en fait un aliment de choix contre l’anémie.
  • Vermifuge : il faut administrer le suc de choux à la dose de 1 cuillerée à 1 cuillerée ½ par jour. Chasse les oxyures et les ascarides.

À l’extérieur, c’est un excellent cicatrisant (brûlures, plaies, piqûre d’insectes), mais aussi un calmant utile d’après l’herboriste Mésségué, en cas d’insomnie notamment. Contre les douleurs des rhumatismes, de la goutte, des points de côté ou de la sciatique, on utilise les feuilles de chou rapidement chauffées sous un fer à repasser, entre deux linges et appliquées directement sur la peau. 

il est aussi riche en “Indole-3-Carbinol” (I-3-C). Ce composé indolé se transforme in vivo en une série de métabolites actifs dans le cancer du sein, avec la faculté, comme de nombreuses études récentes semblent le montrer, de pouvoir compléter et même remplacer l’action du Tamoxifène comme inhibiteur des cellules cancéreuses (ER+) exprimant des récepteurs à oestrogènes.

Cet effet s’est confirmé sur les cultures de cellules cancéreuses prostatiques. Les essais cliniques ont aussi mis en évidence l’action du I-3-C dans les lésions à papillomavirus, bloquant leur expression tumorale (pour une prise moyenne de 400 mg/jour). Bibliographie : “Alternative Medicine Review “, volume 6, n°6, 2001, pages 580 à 589.

Forts de ces notions, nous avons interrogé la base de données des BNS pour objectiver le niveau d’action sérique de Brassica oleracea. Or, l’effet normalisant s’effectue principalement sur :

  1. les Albumines (Rein) et les Bêta précipitines (Foie), donc sur l’axe Rein –> Foie, comme la plupart des autres crucifères.
  2. en outre, elle abaisse le test Cuprum et les Eu-Alpha précipitines (FRE – zone acide) ce qui semble confirmer son effet anti-inflammatoire et anti-tumoral. 

Ce remède n’a pas – pour le moment – de pathogénésie homéopathique, mais, vu son grand intérêt, il a été ajouté ce jour à la grille des plantes des BNS.

INDICATIONS de phytothérapie classique : anti-ulcéreux et cicatrisant (usage interne et externe). 

 

La consommation de pousses de brocolis diminuerait les concentrations de marqueurs de l’inflammation chez des individus en surpoids.

Chez les personnes obèses ou en surpoids, les facteurs inflammatoires circulants sont plus élevés que chez les autres, suggérant l’existence d’une inflammation chronique de bas grade. Celle-ci serait impliquée dans l’apparition des complications métaboliques et cardiovasculaires de l’obésité. Une perte de poids diminue de façon significative les marqueurs de l’inflammation.

Les brocolis (Brassica oleracea) sont riches, comme la majorité des légumes crucifères, en glucosinolates, des composés soufrés. Les glucosinolates, lorsque les brocolis sont hachés, mastiqués ou au contact de la flore bactérienne se transforment en isothiocyanates, notamment en sulforaphane et en 3,3’-diindollyméthane ou 3,3-DIM, des molécules actives dans l’organisme.

Des chercheurs ont évalué les effets de la consommation quotidienne pendant dix semaines de pousses de brocoli sur les marqueurs de l’inflammation chez quarante personnes, hommes et femmes, en surpoids. L’indice de masse corporelle (IMC) des sujets était compris entre 24,9 et 29,9. Ils étaient âgés de 35 à 55 ans et dans les deux mois précédant l’étude n’avaient pris ni médicament, ni compléments alimentaires apportant des vitamines. Chaque semaine, les participants ont reçu des portions de 30 grammes de pousses de brocoli fraiches, en quantité suffisante pour sept jours.

Au cours de l’étude, il n’y a pas eu de modification significative de l’IMC, ni du poids. La masse grasse a subi une légère diminution significative au soixante-dixième jour, mais est revenue à son point de départ vingt jours après pour y rester.

Dans le plasma, la concentration d’IL-6, une cytokine importante de la réaction inflammatoire, a chuté à 38 % de sa valeur de départ à partir du 70ème jour et a continué sa chute pendant vingt jours pour atteindre 19,5 % de sa valeur de départ. Elle n’a commencé à remonter qu’au 120ème jour mais n’est pas remontée à sa valeur initiale. La diminution des concentrations d’IL-6 a été corrélée à l’augmentation de celles du sulforaphane dans les urines de 24 heures. La concentration de la protéine réactive-C, un autre marqueur de l’inflammation a diminué, elle aussi au cours de l’intervention pour atteindre 59,2 % de sa valeur initiale mais elle y est rapidement remontée.

D’autres études devront être réalisées pour valider ces résultats et, surtout, expliciter par quels mécanismes les pousses de brocoli exercent leurs effets bénéfiques.

Référence : Lopez-Chillon Mt et al., Effects of long-term consumption of broccoli sprout on inflammatory markers in overweight subjects. Published online March 13 2018, Clin Nutr doi : 10.1016/j.clnu.2018.03.006

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Une autre étude a également montré que le composé « magique » du chou, le sulforaphane (connu pour sa capacité à inhiber le cancer) « protège le cartilage de la destruction »  !!!

Autre étude : « Nos données montrent par conséquent qu’un régime alimentaire riche en choux peut être une mesure utile pour prévenir ou ralentir la progression de l’arthrose », écrivent les chercheurs.

Personne n’avait cependant réussi à montrer que le sulforaphane passait réellement de votre tube digestif à vos articulations jusqu’à… l’année dernière.

En 2017 en effet, une étude a montré que du sulforaphane d’origine alimentaire avait pu être détecté dans le liquide synovial (articulaire), et que « la consommation de brocoli pouvait affecter les tissus dans les articulations du genou », provoquant des changements épigénétiques dans l’expression des gènes dans l’articulation [https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28611391].

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.