Homéopathie : la chasse aux sorcières ?!

Homéopathie : la chasse aux sorcières ?!

Vice-présidente du SMHF (syndicat des médecins homéopathes français, regroupant la majorité des 5 000 praticiens de l’Hexagone), et par ailleurs secrétaire générale du syndicat des médecins libéraux, Christine Bertin-Belot, médecin homéopathe depuis 35 ans à Besançon? est également fille et petite-fille d’homéopathes. Elle sera ce jeudi à Dijon en tant que plaignante devant le conseil de l’ordre des médecins de Côte d’Or où un docteur de Côte d’Or (le seul en Bourgogne Franche-Comté) doit répondre d’être l’un des 124 signataires des attaques contre l’homéopathie contenues dans une tribune parue dans Le Figaro. Interview.

Christine Bertin-Belot, outre le fait que vous avez grandi dans l’homéopathie, pourquoi avez-vous choisi cette spécialité en tant que médecin ?

« J’y suis venue lorsque j’ai commencé à faire des remplacements. En m’apercevant qu’on soignait nettement plus vite et plus facilement avec un remède homéopathique certaines choses très évidentes. »

Qu’avez-vous ressenti lors de la publication de cette tribune anti-homéopathie parue dans le Figaro en mars dernier ?

« Exactement la même chose que quand on vous insulte. Vous sursautez, vous n’êtes pas content et vous réagissez. Voilà 220 ans que l’homéopathie existe et qu’elle est en butte à des contradicteurs. La dernière fois en France, c’était en 2003 et cela s’est traduit par un déremboursement de 70 à 35 %. À chaque fois qu’on agite ce débat, c’est pour obtenir quelque chose. »

Justement, à quoi attribuez-vous la résurgence de cette querelle et sa virulence ?

« Il faut savoir que les coûts du remboursement de l’homéopathie en France sont inférieurs à 0,8 % des dépenses liées aux médicaments. Le bénéfice pour le gouvernement de dérembourser l’homéopathie serait quasi nul. On peut donc se demander à qui cela pourrait profiter. Sachant qu’un déremboursement complet de l’homéopathie se traduirait par un transfert vers l’allopathie, avec des prescriptions beaucoup plus lourdes, toxiques et chères… »

Les labos pharmaceutiques seraient à la manœuvre ?

« Disons que l’on peut se poser la question. »

Quant aux 124 premiers signataires de la tribune de mars et que vous poursuivez pour manquement à la déontologie, les connaissiez-vous ? 

« Ce sont des quidams ! Au syndicat, nous n’avons pu en identifier que 60 car certains ont courageusement signé par des pseudos et d’autres ne sont pas médecins… »

Combien exercent en Bourgogne Franche-Comté ?

« Il n’y en a qu’un, en Côte d’Or, celui qui passe ce jeudi devant la commission de conciliation. Je ne le connais pas, j’ai déjà oublié son nom, mais je serai là ! »

À quoi attribuez-vous le fait qu’il n’y ait qu’un signataire dans la grande région ?

« Depuis le temps que l’homéopathie est implantée en Franche-Comté, les médecins connaissent ou au moins en ont entendu parler. Et puis, nous avons de très bonnes relations avec nos confrères, hospitaliers et libéraux, et certains n’hésitent pas à consulter pour eux-mêmes ou à nous envoyer des patients. »

Comment ont réagi vos patients face à cette querelle ?

« J’ai repris ce lundi et j’ai reçu de multiples coups de fil de patients : “Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous aider ? Est-ce qu’il y a une pétition ? On veut témoigner…” »

Quant à l’étude que doit mener la Haute autorité de santé sur l’efficacité des médicaments homéopathiques d’ici février prochain ?

« La mission va être ardue. Car si tous les médicaments en France sont étudiés par classe thérapeutique (un médicament : une action), l’homéopathie, qui agit à l’échelle infra-moléculaire, procède par similitude (ainsi l’arnica peut être prescrite en cardiologie, traumatologie, psychiatrie…). Nous espérons seulement que la commission nous entendra et nous écoutera. »

Son efficacité n’est plus à démontrer. Comme l’a révélé l’étude Epi 3, réalisée de 2006 à 2010, l’efficacité de l’homéopathie n’est plus à démontrer », indique Christine Bertin-Belot. « Lancée par les laboratoires Boiron – car le gouvernement français n’a jamais financé la recherche en la matière –, elle a été la plus grande étude française sur la médecine générale. » Et de rappeler que, « réalisée à la demande des autorités de santé et coordonnée par un cabinet indépendant dirigé par le Pr. Lucien Abenhaïm, ancien directeur général de la Santé, et supervisée par un comité scientifique indépendant présidé par le Pr. Bernard Begaud, pharmacologue et membre d’une unité de recherche à l’Inserm, et comprenant des personnalités comme Pr. Jacques Massol, de Besançon, ancien membre de la commission de transparence de l’HAS et donc très loin du monde de l’homéopathie, cette étude a inclus près de 10 000 patients comparables, recensés par 900 médecins généralistes (homéopathes, allopathes et de pratique mixte). »

Quant aux résultats ?

« Sur les trois pathologies les plus fréquemment rencontrées en médecine générale, puisqu’elles représentent 50 % des pathologies suivies par les généralistes (douleurs musculo-squelettiques, troubles anxio-dépressifs et du sommeil, infections des voies aériennes supérieures), non seulement un patient suivi par un médecin homéopathe n’a pas plus de risques d’évoluer vers la chronicité et les bénéfices cliniques et l’évolution de la douleur sont comparables dans les trois groupes, mais les patients souffrant de troubles musculo-squelettiques aigus et chroniques suivis par un médecin homéopathe ont une probabilité de consommer des anti-inflammatoires de 48 % inférieure à ceux suivis par des allopathes. Et, cette probabilité est de 60 % inférieure pour les patients souffrant de douleurs chroniques. Conclusion : les résultats cliniques sont similaires, mais avec une moindre consommation de remèdes toxiques – donc d’effets secondaires – pour les patients des homéopathes. »

« Je ne pourrai pas vous donner le nombre de médecins homéopathes en Franche-Comté car, si beaucoup sont partis en retraite, il faudrait aussi compter les généralistes qui prescrivent aussi de l’homéopathie », explique la vice-présidente bisontine du Syndicat national des médecins homéopathes français. « Sachant qu’en tant que syndicat, nous représentons nos adhérents mais, au-delà, l’ensemble des 5 000 médecins homéopathes de France. »

Une véritable chasse aux sorcières

« On nous traite de charlatans, on parle de “fausses thérapies à l’efficacité illusoire”, on réclame de ne plus autoriser à faire état de notre titre de médecin… C’est une véritable chasse aux sorcières ! À écouter nos détracteurs, il n’y a plus qu’à rallumer les bûchers ! », lance Christine Bertin-Belot. Qui poursuit : « C’est peut-être aussi un phénomène lié aux réseaux sociaux qui font la part belle aux propos outranciers, à l’emporte-pièce et non argumentés. On commente avant même de s’informer réellement, de savoir ce dont on parle. Cela montre simplement que les gens qui s’expriment de cette façon ne connaissent rien à l’homéopathie. Ce qui a été mis en évidence dans un article du Généraliste de la semaine dernière où, suite à la convocation de la première médecin par le conseil départemental de l’ordre de, celle-ci a déclaré : “De toute façon, rien ne me fera varier de ma position, je sais ce que je pense et je le penserai toujours.” Comme démarche scientifique, reconnaissez qu’il y a mieux ! »

Depuis 220 ans…

« Dans un rapport de 1998, le Conseil national de l’Ordre des médecins avait préconisé un enseignement obligatoire de l’homéopathie et d’autres thérapeutiques comme l’acuponcture, en première année de médecine, dans toutes les facs de France », se souvient la médecin homéopathe. « Cela n’a jamais été appliqué mais c’est très dommage parce qu’on aboutit à des tribunes diffamatoires telles que celle qui a été publiée en mars dans Le Figaro. C’est très grave car l’Université de Lille, qui faisait partie des facs qui délivraient un diplôme d’homéopathie depuis trente ans, vient de décider de suspendre cet enseignement. Le doyen n’attend même pas la décision de la Haute autorité de santé. Qui plus est, le Collège national des généralistes enseignants a demandé à toutes les facs de France d’arrêter de délivrer les diplômes d’homéopathie. Non seulement tout cela est extrêmement violent mais comment évaluer l’homéopathie si on commence par l’éliminer partout ? Quand on veut donner un avis en se réclamant de la science, on commence par avoir une démarche scientifique ! Il faut savoir qu’il y a 220 ans, un médecin allemand qui avait été chargé d’aller espionner Samuel Hahnemann, l’inventeur de l’homéopathie, et avait intégré son laboratoire de recherche pour le dénigrer et prouver que cela ne tenait pas debout, a finalement été complètement séduit par les méthodes et les résultats ! »

Extrait de L’Est républicain, édition de franche Comté, septembre 2018

Réflexions :

Pourquoi, tout à coup, tant de haine contre l’homéopathie ? C’est sans doute que le corps des médecins homéopathes constitue le dernier bastion d’opposants à la polyvaccination obligatoire (Décret de janvier 2018 – les 11 vaccins). Le groupement parisien “homeoverdose” semble entretenir la charge contre notre belle pratique ! Qui est derrière tout cela …?

On peut aussi malheureusement remarquer que les détracteurs de l’homéopathie ont presque gagné la partie : depuis la disparition du “secteur 2” (honoraires libres), les écoles de formation à l’homéopathie ont fermé rapidement (pourquoi investir tant de temps dans une pratique difficile que l’on ne pourra plus facturer ?) et les “vieux homéopathes” ont pris une retraite bien méritée, les uns après les autres (le chiffre évoqué de 5000 homéopathes français nous semble tout à fait surestimé : il devrait être actuellement plus proche de 500 !) … bientôt, le champ de bataille sera déserté, avant qu’une nouvelle génération de praticiens curieux reprenne le flambeau, comme c’est arrivé de nombreuses fois au cours de l’histoire de l’homéopathie !

C’est aussi le but de ce site, maintenir vivante une pratique moderne de l’homéopathie, accessible au plus grand nombre, à travers des cours gratuits et des exemples cliniques nombreux.

Affiche pétition Homeoendanger

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.