La grossesse et l’embryon (MARIEB ch.28)

La femme enceinte : grossesse et embryon

Lorsque la femme est enceinte, elle est l’objet de modifications qui vont lui permettre de développer, une fois l’enfant arrivé, la « préoccupation maternelle primaire » : le bébé imaginaire qu’elle porte dans son monde psychique interne ne va devenir un «bébé réel» qu’à travers un stade intermédiaire qui est celui du bébé « imaginé » par sa mère et par son père grâce aux investissements affectifs qu’ils font de cette grossesse. Même s’il s’agit en fait encore d’un fœtus, celui-ci est d’emblée investi comme le bébé qu’il ne deviendra en fait qu’à la naissance. Il reste donc très proche du bébé imaginaire, au tout début, et ce n’est que progressivement qu’il va être investi dans sa réalité et son altérité.

La femme enceinte opère une régression narcissique et réinvestit en elle même une partie importante de sa libido : elle retire un certain nombre de ses investissements du dehors pour les porter en dedans. Elle dort beaucoup, rêve beaucoup et à un moment donné de sa grossesse, les phases du sommeil paradoxal de la mère et du fœtus deviennent synchroniques : s’opère donc pendant la grossesse toute une série de modifications psychiques et physiologiques chez la mère, pour la mettre en phase avec son nourrisson, qu’elle lui soit de plus en plus adaptée.

Les modification hormonales physiologiques liées à l’allaitement créent chez la mère un climat émotionnel favorable à la mise en place de la relation mère-enfant par l’abaissement des niveaux de stress et d’anxiété, et facilitent le comportement maternel de protection et d’attention.

De la fécondation à la huitième semaine, l’oeuf fécondé est appelé “embryon” (environ 22 mm de long), après, on parle de “foetus”. le placenta est un organe temporaire, interface entre la mère et l’embryon : le chorion. Celui-ci développe des villosités qui baignent dans le sang maternel. Il joue aussi un rôle endocrinien : sécrétion d’HCG, puis oestrogènes et progestérone. Si le taux de ces hormones baisse, un avortement survient. L’amnios (ou “poche des eaux”) est une membrane extraembryonnaire qui contient un liquide entourant l’embryon. Le cordon ombilical relie l’embryon au placenta.

Des les premières semaines, l’embryon s’organise en trois feuillets embryonnaires : l’endoderme (d’où évolua les système digestif), l’ectoderme (base du développement de la peau et du système nerveux) et le mésoderme (que structurera le squelette, les muscles, les vaisseaux et le système pro-génital).

Problème à surveiller pendant la grossesse ?

1er trimestre : vomissements gravidiques, risque d’avortement précoce (en évitant les longs trajets en voiture), placenta prévia (implanté bas et risquant de saigner), les maladies risquant de léser l’enfant (rubéoles, toxoplasmose, syphilis)

2ème trimestre : attention à la prise de poids de la maman (peut provoquer un diabète gestationnel), à la croissance du bébé, à l’apparition de vergetures. A 4 mois1/2, le sommet de l’utérus est au niveau de l’ombilic.

3ème trimestre : béance du col (col pas anormalement ouvert, sinon doit faire un cerclage), déclenchement précoce du travail (si contraction indolore= normal si douloureuses = anormale), phénomène de stases (constipation, urine, circulation sanguine des jambes …)

L’enfant prématuré :

Lors d’une naissance prématurée, les parents se sentent incapables, défaillants, impuissants à remplir leur fonction auprès de l’enfant et puis, l’enfant les déçoit dans leur attente ! De l’enfant imaginé pendant la grossesse, il ne reste qu’un être chétif, risquant de ne pas survivre par lui-même, qui restera peut-être handicapé à vie.

L’accompagnement et le soutien des parents après la naissance, qui s’est toujours produite dans l’urgence, est indispensable. Le père est souvent au premier plan, parce que plus disponible que la mère prise dans sa culpabilité, son angoisse, et parfois la question de sa propre survie, ce qui peut laisser des traces dans la dynamique du couple par rapport à l’investissement de l’enfant.

Devenir des enfants prématurés : la grande prématurité peut engendrer des handicaps… Selon une étude récente de l’Inserm, 40 % des anciens grands prématurés présentent des troubles moteurs, sensoriels ou cognitifs à l’âge de 5 ans.
Certes, la gravité des troubles est variable, les taux de déficience sévère, modérée et légère s’élevant respectivement à 5 %, 9 % et 25 %. Ainsi par exemple, 9 % des grands prématurés présentent une paralysie cérébrale se traduisant par des troubles moteurs, 32% ont obtenu un score très moyen de capacités cognitives (équivalent du QI) et 1 % ont une vision inférieure à 3/10 aux deux yeux.

 

L’accouchement ou parturition :

Plusieurs phénomènes et hormones contribuent au déclenchement du travail (augmentation des oestrogènes et du cortisol): l’hypophyse se met à sécréter de l’ocytocyne et le placenta des prostaglandines. Ces deux hormones ont un effet puissant sur les contractions utérines. Celles-ci vont pousser le bébé dans la filière génitale et dilater le col. L’expulsion lui fait suite (1/2 h à 2h de contractions douloureuses). Dans 95% des cas, la présentation du crâne de l’enfant se fait par le sommet et tout se déroule bien.

Dans les autres cas, on parle de dystocie (accouchement difficile) : présentation par le siège, bassin étroit, contactions insuffisantes … qui peuvent nécessiter le recours à une césarienne.

La période de la délivrance du placenta et des membranes foetales suit de 30 minutes environ l’accouchement. La sage-femme vérifie que tous les fragments du placenta ont bien été expulsés (risque de saignement prolongé bet d’infection).

Lors des premières respirations, les dérivations vasculaires du bébé qui ne sont plus nécessaires vont se boucher (le foraine ovale dans le coeur s’obstruera plus progressivement). La persistance du canal artériel ou du foraine ovale constituent une anomalie congénitale qu’il faudra corriger chirurgicalement.

 

L’allaitement :

48 heures après l’accouchement, la sécrétion hypophysaire de Prolactine induit la sécrétion lactée, entretenue ensuite par la succion du mamelon. L’allaitement au sein (ou au biberon) constitue une des modalités essentielles de l’interaction mère-nouveau né. Etat actuel des connaissances :

Motivations et facteurs influençant la décision de l’allaitement (motivations exprimées par les mères)

  • Désir de poursuivre la relation mère-enfant mise en place par la grossesse
  • Caractère adapté du lait maternel aux besoins physiologiques du nourrisson

Principal argument pour justifier l’alimentation artificielle : l’absence de disponibilité par rapport à la reprise de travail.

Toutes les études réalisées sur les enfants prématurés démontrent les aspects positifs de l’allaitement maternel sur le développement cognitif. L’impact traumatique de la prématurité, les distorsions des premières interactions mère-enfant (hauts niveaux d’anxiété et de dépression des mères) sont réduits par les contacts mère-enfant dans la période néonatale (contacts peau à peau).

 

A propos de l'auteur
Jean Yves Henry
Médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il coordonne l'enseignement de confrères de toutes spécialités pour promouvoir l'aspect intégré de ce télé-enseignement médical et para-médical.