La latence

La “latence”

De 7 (âge de raison) à 12 ans environ (puberté), l’enfant va apprendre à canaliser ses pulsions (se tenir tranquille !) et optimiser son rapport social (dire “bonjour” à la dame !). C’est l’âge de l’école primaire, de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, des premiers conflits avec ses camarades …

Il (elle) n’est pas encore équipé(e) pour comprendre et gérer les sollicitations sexuelles … qui devront être maintenues au minimum. Dans les situations de conflits, il y aura toujours intérêt à expliquer, faire confiance et responsabiliser l’enfant, par exemple en lui demandant d’exprimer ses émotions et de choisir la solution qui lui semble la meilleure, par exemple sur cette “roue de décisions” :

decisions   “roue de décisions” à proposer à l’enfant …

 

Les maîtres mots de la latence : Moi confronté aux autres mêmes que moi = l’adaptation

L’instauration du surmoi post oedipien = possibilité de symboliser ce à quoi on renonce = les choses et le jeu comme représentation symbolique.

Intériorisation du surmoi = travail d’autonomisation par rapport aux parents.

Etre adapté, c’est être conforme à la norme, agréé, intégré dans un univers de règles communes.

 

La symbolisation secondaire : l’écriture

Problème du surmoi exportable et du surmoi mal foutu

 

Les maître mots de la diathèse de l’adaptation :

Une situation de blocage = incapacité à être adapté, à être conforme, agréé, intégré dans un univers de règles.

Incapacité à développer la fonction symbolisante (ce sont des remèdes de difficultés scolaires).

La difficulté à assurer un sentiment de continuité interne. La difficulté à se réorganiser par rapport à son propre passé.

La difficile intégration de la règle du jeu : gérer, à retenir la pulsion.

La mise à l’épreuve du surmoi post-oedipien : surmoi exportable / surmoi trop particulier.

L’épreuve de l’autonomisation et le travail de transaction pour le mise au point des règles communes, les impératifs sociaux etc…

 

Première caractéristique de cette période de latence

En attendant que notre enfant grandisse, voyons ce qui se passe entre la fin de la crise oedipienne et l’organisation ou le bouleversement – nouvelle crise – que sera l’adolescence. C’est ce qu’on appelle la “période de latence”. L’enfant va donc continuer son travail d’autonomisation. Mais il va le continuer dans un contexte qui sera difficile. Jusqu’à présent, le travail de l’enfant, c’était un travail d’autonomisation au sein de la famille. Même s’il allait à l’école, une large partie, pour ne pas dire la partie dominante de son travail d’autonomisation s’effectuait néanmoins dans la conquête d’une certaine autonomie par rapport à ses parents.

L’identification, l’intériorisation du surmoi, ce sont des systèmes qui, parce qu’ils sont au dedans de l’enfant, témoignent d’un lien d’autonomie. Il n’a plus besoin de papa/maman à côté de lui pour lui dire ce qu’il faut faire, pour lui dire comment il faut traiter les situations.

Il a à sa disposition, ce qu’on a appelé « l’âge de raison », c’est à dire, un principe interne qui va lui permettre, en dehors de sa famille, de traiter toute une sorte de problèmes qu’il rencontre. Donc l’autonomisation au moment de la latence va se poursuivre non plus au sein de la famille, mais par rapport à la famille.

L’école

Un des pivots de cette autonomisation, ce sera l’école (dite “primaire” en France), et ce sera le rapport de l’enfant à l’école. Il faut voir comment l’école et sa structure vont aider l’enfant à consolider et à déployer ses acquisitions.

Une des choses que l’instauration du surmoi post oedipien propose à l’enfant, c’est la capacité de réaliser les choses en symboles. L’école va pousser l’enfant dans cette direction, en lui demandant d’être capable de se passer de la perception, et de restreindre au maximum sa motricité. Elle va stimuler la fonction symbolisante de l’enfant en le confrontant à la nécessité d’abstraction.

 

Mauvais surmoi = grandes difficultés

Il est bien évident que les enfants qui ont un mauvais surmoi post-oedipien sont alors en difficulté.

Parce que ces enfants vont être obligés de continuer à symboliser-choses, avec le jeu, il va falloir rester en place, ne se déplacer qu’à l’intérieur d’eux mêmes, ce qui va lourdement pénaliser ces enfants. On commence par ailleurs, à leur demander aussi à imaginer les choses au delà de la perception, ça veut dire qu’on va pouvoir évoquer quelque chose à partir d’un mot, sans amener l’image de la chose.

La structure de l’enseignement primaire pousse à la réalisation symbolique, à l’aide du surmoi post oedipien. Première confrontation donc de l’enfant avec la nécessité de déploiement de sa fonction symbolisante.

 

Deuxième confrontation : les règles communes.

Deuxième confrontation pour l’enfant : avec le groupe d’enfants et la question des règles communes. Si elle était déjà présente à la maternelle, la question de l’intériorisation des règles communes va se poser d’une manière qui va devenir particulièrement aiguë.

 

Troisième élément : le jeu avec le langage.

Troisième élément tout à fait important. Ce qui est stimulé aussi à l’école, c’est l’accès à la symbolisation secondaire. Elle existait déjà avant. Mais là, par l’apprentissage de l’écriture, de la lecture, c’est tout le rapport aux mots qui va se trouve transformé.

Les enfants en période de latence, dans la cour de l’école font des jeux de mots, ils jouent avec le langage, jouent avec les images du langage et ils adorent cela. Les enfants à la fin de la latence, commencent à être sensibles de plus en plus à cette dimension de jeu à travers le langage.

 

Assurer son sentiment de continuité interne.

Tout le travail d’apprentissage du langage au moment de la latence passe par la ré-appropriation et de re-saisie de la symbolisation secondaire. Ce qu’il faut que vous compreniez bien, c’est que l’enfant, à l’intérieur de lui-même, ne va pas cesser de continuer le travail de réorganisation après – coup dont je vous ai déjà parlé à différentes reprises. C’est un travail fondamental pour assurer son sentiment de continuité interne.

 

En tant qu’adulte, on fait ça tout le temps aussi

Il y a un vrai travail interne entre ce qu’on est en train de devenir et ce qu’on était, un travail de constitution, de continuité interne même si, après, on ne se souvient plus de ce qu’on était avant…

Quand on est un enfant de 2, 3 , 4 ou 5 ans, on s’en fiche de qu’on a été précisément à ce moment là ! ce qui nous importe, ce dont on est sûr, c’est qu’on était déjà là… On est sûr en quelque sorte, que, depuis notre naissance, on a tout le temps été là.

 

Ce n’est pas valable pour tout le monde.

Ce n’est pas valable pour tout le monde. Il y a des gens pour qui c’est infiniment plus complexe que ça. Ce travail, ce sentiment de continuité d’être, c’est quelque chose qui nous est donné par le travail permanent que nous faisons à travers des images, des métaphores concernant la ressaisie de ce qui s’est passé à l’intérieur de nous, dans notre histoire… il dépend de la mise en récit de notre histoire, travail que nous avons commencé à l’époque oedipienne et qui se poursuit, sous d’autres formes pendant la latence. Nous faisons ce travail de ressaisie à partir de souvenirs, nous sommes en train de ré-évoquer quelque chose du passé avec nos parents, avec un frère, une sœur ou simplement avec nous-mêmes, de mémoire.

 

Nous nous fabriquons, adulte, en réorganisant notre rapport avec notre propre passé.

Il est absolument fondamental que vous gardiez présent à l’esprit ce travail de ressaisie, de réorganisation. Une partie fondamentale du travail de la latence, c’est aussi la représentation après coup de l’histoire. Nous nous fabriquons adulte, en réorganisant notre rapport avec notre propre passé.

 

Le travail des enfants sur le langage.

Le premier travail des enfants porte sur le langage. A travers le langage, qu’est ce que l’enfant va découvrir ? Il va découvrir que, de la même manière qu’il a inventé les règles du jeu en jouant, il a inventé les règles du langage en parlant. La grammaire ne peut s’apprendre que comme deuxième temps, c’est-à-dire lorsque l’enfant découvre que les règles qu’il croyait avoir inventées, préexistaient, en quelque sorte, à sa propre invention.

Le langage s’apprend aussi dans le « trouvé-crée » : l’enfant a le sentiment de baigner d’abord dans un bain de langage, il apprend les règles, sans savoir qu’elles sont les règles du langage, il les utilise et il a l’impression de les créer lui-même. Au moment de la période de latence, il découvre qu’il y avait des règles. Il découvre, il trouve donc les règles qu’il a crées. Notre rapport au langage, notre capacité d’utiliser créativement le langage, repose sur cette espèce de double temps.

 

La latence = re-saisie dans le temps.

J’insiste sur cet aspect de la période de latence, car vous verrez qu’il correspond à tout un tas de remèdes des difficultés d’adaptation à l’école et de l’échec scolaire (ex.: Baryta carbonica)

Donc, la latence, c’est une re-saisie dans le temps d’avant, du rapport de l’enfant à son langage. C’est aussi le moment, où le mot, grâce à l’écriture, va s’incarner. Le mot va devenir matériel, perceptible, mais dans un sens différent de celui qu’il avait au moment de l’analité.

 

Les traces de l’analité.

Les traces à l’intérieur de la latence de la question de l’analité sont tout le temps très importantes. On a pu dire d’énormes bêtises sur la latence, comme le fait qu’il n’y aurait plus de pulsionnalité, que la latence signifiait un grand moment de calme pulsionnel… je ne pense pas que ce soit le cas… je crois qu’avant la latence, les enfant nous montrent leurs pulsions, et qu’au moment de la latence, ils ne les montrent plus aux adultes. Mais par contre, ils se les montrent entre eux. Quand on les écoute discuter entre eux, vers 7, 8, ou 9, 10 ans, on découvre combien leurs activités ludiques sont chargées d’éléments pulsionnels, en particulier issus de l’analité.

 

Un rapport intense à la scatologie.

Au moment de la latence, le travail du rapport avec le mot comme une chose, va se rejouer autour du mot écrit. C’est là qu’on va voir comment les enfants sont des gribouilles, s’ils sont propres quand ils écrivent ou s’ils font des pâtés. C’est là qu’on va voir, dans leur cahier, parce que c’est dans ce rapport de reprise anale, de ré élaboration de l’analité qui se voit transposer sur la feuille de papier, toutes les traces de la manière dont s’est intégré ou s’est mal intégré l’analité antérieure des enfants. Quand c’est mal intégré, vous avez des enfants qui foutent de l’encre partout, des taches de tous les côtés. Ça bave, ils foutent « la merde » sur leur papier d’écriture (Agaricus). Ça se réapprend, si je peux dire, au niveau de l’apprentissage de l’écriture, de l’apprentissage de cette fonction sphinctérielle déplacée, symbolisée par la main autour du moulage du mot lui-même.

 

Investissement des dessins et de la capacité à « dessiner » les choses.

Une deuxième chose va s’épanouir chez l’enfant à ce moment là. L’enfant qui savait dessiner avant, va investir ses dessins et sa capacité de représenter, en perception visuelle, les choses. Cela n’est rendu possible que parce que l’enfant va investir massivement la symbolisation comme mode de gestion de sa pulsion et de ses mouvements. C’est un autre travail auquel l’enfant va être confronté dans son rapport au savoir, au langage, à l’écriture et au dessin.

 

Départicularisation du surmoi.

Le surmoi de l’enfant à l’orée de la latence, mêle un principe général et des particularités familiales. La latence va produire un travail de dé-particularisation du surmoi.

Qu’est ce que ça veut dire ?… mettre en commun les règles du groupe…

Chaque enfant arrive dans un groupe avec ses propres règles internes ; écoutez bien, car ça on le fait tous les jours dans notre vie relationnelle, c’est le travail d’adaptation, de « transactions » entre ce qu’on a l’habitude « d’être », de faire et les impératifs sociaux et relationnels …. Les remèdes mal adaptés en sont incapables ou le gèrent très mal…

Donc, notre enfant arrive dans un groupe qui a ses propres règles internes. Pour constituer les règles du groupe, les enfants vont devoir mettre en commun ces règles internes. Il va y avoir dans l’organisation des groupes d’enfants latents, tout un travail de transactions pour la mise au point de règles communes. Les groupes d’enfants latents commencent à inventer leurs règles de groupes, ce que ne font pas les enfants avant la latence.

 

« C’est pas du jeu ! »… la règle du jeu = retenir la pulsion

Ces règles de groupe vont contenir quelque chose du principe général de tous les surmois. Mais, ce n’est pas là-dessus que va se jouer la transaction. Les enfants en période de latence, quand ils jouent, si un de leur copain est trop brutal dans le jeu, ils savent tous que ce n’est pas du jeu. Ils savent tous lui dire « tu ne respectes pas la règle du jeu » qui est de retenir la pulsion. Ils ne le disent pas comme ça, mais ils disent « ce n’est pas du jeu ! », c’est ça que ça veut dire…en quelque sorte pour les adultes, c’est la même chose… l’adaptation, c’est de retenir la pulsion, c’est avoir un surmoi exportable.

 

L’adaptation, c’est gérer, retenir les pulsions.

Citation du Vademecum d’homéopathie : « les gens ne choisissent pas dans une situation donnée, la meilleure solution, mais la solution la moins insatisfaisante en fonction de leur degré d’information et de leur capacité réelle d’action », ça veut dire qu’ ils choisissent la solution pulsionnelle, celle qui ne passe pas par la réflexion… »

 

A propos de l'auteur
Françoise HENRY
Auteur de remarquables pages d'homéopathie et de psychologie, alors qu'elle avait commencé sa carrière par le droit, elle nous a quitté en 2013, suite à la complication d'une greffe rénale. Nous lui devons tous beaucoup pour sa lucidité et ses efforts dans le domaine des médecines douces.